11/05/2026 elucid.media  3min #313514

Choc pétrolier d'Ormuz : l'Asie frappée de plein fouet par la guerre d'Iran

Par  Jack Thompson

Le 17 novembre 2011, tandis que Barack Obama dévoile la nouvelle stratégie dite du "pivot" - le grand retour des États-Unis en Asie - un autre basculement s'opère, plus discret, sans fanfare ni trompette. La montée en puissance de l'Asie entraîne un appétit énergétique décuplé. Progressivement, les hydrocarbures du Moyen-Orient se détournent de l'Occident pour se réorienter vers cet eldorado industriel émergent. À partir de 2010-2011, du Pakistan à la Chine en passant par l'ASEAN, c'est désormais l'ensemble du continent asiatique qui absorbe la majorité de l'or noir des pays du Golfe. Les échanges commerciaux entre le Moyen-Orient et l'Asie atteignent  516 milliards de dollars en 2024, soit le double de ceux réalisés avec l'Occident (256 milliards). Plus de 80 % des hydrocarbures transitant par le détroit d'Ormuz sont destinés aux pays asiatiques. Dès lors, la perturbation des flux énergétiques consécutive à la guerre d'Iran frappe de plein fouet des économies particulièrement exposées. Tour d'horizon d'un véritable séisme énergétique.

"Je suis allé à la station-service faire le plein du pick-up ; le générateur est prêt et les deux jerricans sont pleins." Deux jours après le déclenchement des hostilités, Gina, une Philippine, ne cache pas sa fébrilité. "J'en ai acheté un troisième, je ne peux rien faire de plus", ajoute-t-elle. Ses véritables inquiétudes sont ailleurs : son mari est ingénieur sur un porte-conteneurs. Le 28 février, il voguait sur l'océan Indien. "Dieu soit loué, il est en route pour New Delhi ; il sera à Manille après-demain."

Les Philippines au cœur de la tempête

Alors que la crise au Moyen-Orient débute, le prix du litre de diesel grimpe, passant de 50-55 à 68 pesos (1 € = 68 pesos philippins). Il atteint 89 pesos le 13 mars avant de dépasse les 127 pesos 11 jours plus tard. Les étiquettes débordent de leur cadre sur les panneaux d'affichage des stations-service. Et les prix continuent de s'emballer. Le 6 avril, le diesel frôle les  173 pesos : en cinq semaines de conflit, son prix a été multiplié par trois. La trêve instaurée le 8 avril provoque un reflux : il "perd"  21 pesos en quelques jours.

Pourquoi les Philippins sont-ils si brutalement touchés par une guerre se déroulant à plus de 7000 km de leurs côtes ? La réponse tient en un chiffre, 90 % des hydrocarbures de l'archipel proviennent du Moyen-Orient. Les Philippines disposent de  faibles réserves stratégiques estimées entre 50 et 60 jours. En catastrophe, Manille tente de réduire la consommation d'énergie, des offices gouvernementaux passent à la  semaine des quatre jours, la  climatisation est réduite à 24 °C, les  centrales à charbon tournent à plein régime. Manille cherche de nouveaux fournisseurs, un  tanker russe arrive le 23 mars, une première depuis cinq ans. Le président Marcos  déclare "l'État d'urgence énergétique" dès le lendemain.

 elucid.media