
Il n'est pas inutile de rappeler que la gestion actuelle de la dermatose nodulaire bovine, cette affection parfaitement bénigne, semble demeurer à peu près aussi incomprise dans les exploitations agricoles... que dans certains ministères, tant les décisions imposées semblent régulièrement prises à partir de... rien. Hélène Banoun veut aider la profession, ainsi que ses pairs aux commandes. Sera-t-elle audible et lue, au-delà des notes que certains s'échangent confidentiellement et avec effroi ? Bonne lecture.
AIMSIB
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par Hélène Banoun
Introduction
Je me pose souvent cette question lorsque je consulte les documents officiels des autorités de santé : "Qui lit vraiment les publications scientifiques ?". Depuis le début de la crise de la DNC (dermatose nodulaire contagieuse) en été 2025, nous avons pu constater les contradictions entre le discours officiel et l'état de la science (voir les articles que nous avons publiés sur BonSens 1).
Le dernier cafouillage sur la vaccination et la revaccination des veaux (Vaccination des veaux contre la DNC : encore des cafouillages 2) laisse suspecter que les experts n'ont pas toujours consulté rigoureusement la littérature scientifique avant d'adresser leurs recommandations au ministère de l'Agriculture.
Concernant la revaccination et la vaccination des veaux contre la DNC, on peut lire ceci dans une publication du GDS (Groupe de Défense Sanitaire) de la région Auvergne-Rhône-Alpes du 23 avril 2026 3 : "De nouvelles études suggèrent que le système immunitaire des veaux est immature avant l'âge de 3 mois et que le vaccin administré aux jeunes veaux dès 2025 serait inefficace".
De quelles "nouvelles" études s'agit-il ? Seraient-elles parues en 2026 après les décisions prises en 2025 ? Eh bien, non : il s'agit d'études anciennes, comme indiqué dans le rapport de l'ANSES du 20 mars 2026 rendu public seulement en avril (Dermatose nodulaire contagieuse : une maladie virale à surveiller de près, ANSES, 20 avril 2026, consulté le 29 avril 2026, Anses. (2026). Avis relatif à la durée de l'immunité post-vaccinale et la possible interférence immunitaire chez des animaux déjà vaccinés concernant la dermatose nodulaire contagieuse des bovins (DNC). 4, 5, 6
À la fin mars 2026, les éleveurs ont reçu par SMS des alertes des GDS concernant un changement subit d'une règle de vaccination transmise aux vétérinaires : cette note demandait de revacciner les veaux vaccinés à l'automne 2025 et qui avaient moins de 3 mois au jour de leur vaccination. Les responsables des GDS étaient assez mécontents de cette décision de dernière minute prise par le ministère le 24 mars au soir, car elle désorganisait leur plan de vaccination, et ils craignaient de manquer de doses de vaccins en raison de cette nouvelle "cible" vaccinale. Cette nouvelle règle faisait suite au rapport de l'ANSES du 20 mars 2026 : le ministère avait saisi en urgence l'ANSES le 2 mars 2026 sur les modalités de vaccination et la durée de l'immunité post-vaccinale.
Si nous n'avions pas été habitués aux virages à 180° effectués sans vergogne lors de la gestion de la crise Covid, nous nous serions étonnés que le ministère se soucie seulement en mars 2026 des conséquences de ses décisions de juin 2025 !
Immunité effective des veaux, le grand flou
Le désarroi des éleveurs était d'autant plus grand que certains avaient perdu beaucoup de veaux vaccinés à la naissance ou juste après en 2025. J'ai essayé de comprendre les causes de ce revirement et j'ai publié le 26 mars 2026 une note concernant la vaccination des veaux sur le blog de l'AIMSIB. Je n'avais pas connaissance du rapport de l'ANSES qui n'a été publié qu'en avril 2026. La raison de ce retard est inconnue !
- Dans mon texte je citais une étude de 2022 (Bazid) soulignant l'immaturité du système immunitaire des jeunes veaux et l'inefficacité du vaccin DNC administré à de trop jeunes animaux.
- L'ANSES cite dans son rapport une étude de 2001 sur l'immunologie néonatale des bovins 7, qui souligne également l'immaturité du système immunitaire des veaux à la naissance. En particulier, l'immunité cellulaire est absente à la naissance.
"L'ANSES considère donc que les veaux vaccinés à moins de trois mois ne sont pas correctement immunisés et constate l'absence d'étude et d'information quant à la capacité du système immunitaire de veaux âgés de moins de six mois à répondre à une vaccination contre le LSDV".
Pourquoi s'en préoccuper seulement en mars 2026, alors que les préconisations de 2025 étaient de vacciner dès la naissance contre la DNC ? Les experts n'avaient-ils pas lu ces études en 2025 ?
À propos du type d'immunité protectrice, j'ajouterai que le fœtus de veau est capable de sécréter des anticorps contre le LSDV qui ne le protègent pas contre la maladie ; ce qui confirme que seule l'immunité cellulaire est protectrice 8. L'ANSES cite à ce propos l'étude Rouby de 2016 9 : Un veau prématuré né de mère ayant été infectée par la DNC décède de la maladie à 36 heures de vie. Pourtant les auteurs ont retrouvé des anticorps contre le LSDV dans le sang du veau ; et ces anticorps ont été sécrétés par le fœtus et ne résultent pas d'un passage transplacentaire. Ils ne sont pas suffisants pour protéger l'animal. En effet, les anticorps sont seulement un témoin de la rencontre avec un pathogène ; mais ils ne préjugent pas d'une immunité conférée.
Le doute s'installe
Là encore, on peut se demander si les experts lisent les études : dans le rapport de l'ANSES, ils citent en effet l'étude de Rouby en 2016 et aussi la méta-analyse de Bianchini en 2023 10. Bianchini se contente de citer Rouby. Pourquoi le citer ? L'étude Rouby n'est pas en accès libre. Les experts l'ont-ils lue ? Si oui, pourquoi citer alors la méta-analyse ? C'est redondant, et cela peut donner l'impression au lecteur que deux études différentes sont arrivées à la même conclusion, alors que ce n'est pas le cas.
Les experts de l'ANSES craignent au printemps 2026 une résurgence de la maladie qui serait liée à plusieurs causes, dont la contamination par des animaux "incomplètement immunisés en 2025 et qui hébergeraient le virus sans signes cliniques". C'est une supposition assez étrange, puisqu'il est dit ensuite que cette persistance du virus peut durer au maximum 6 semaines : si ces animaux ont été vaccinés en 2025, il s'est écoulé bien plus de 6 semaines avant l'arrivée du printemps 2026 ?!
Dans le rapport de mars 2026, l'ANSES continue à affirmer que les animaux asymptomatiques sont contagieux. J'ai déjà publié mes doutes sur cette interprétation des résultats des études de Sohier, Sanz-Bernardo et Haegeman. Revoir "L'essentiel sur les vaccins contre la DNC" (dermatose nodulaire contagieuse des bovins) par Hélène Banoun. 11
Qui contaminerait qui ?
Pour moi, ces études ne montrent pas la contagiosité des animaux asymptomatiques et sont cohérentes avec l'étude de Sanz-Bernardo qui montre l'absence de transmission à partir des animaux sains. Je reprends encore une fois ici mes critiques, car ces études servent de justification scientifique à l'abattage total des troupeaux lorsqu'un seul animal est malade.
Il faut lire de manière attentive cet article de Haegman 12 : l'expérience de laboratoire est très peu convaincante et les auteurs semblent eux-mêmes douter des résultats dans leur conclusion. Mais comme toujours, le titre et le résumé que lisent seulement les journalistes, les experts et les Préfets, affirment que des animaux "subcliniques" peuvent transmettre le virus par l'intermédiaire des mouches d'étable. C'est une expérience sur 13 bœufs inoculés expérimentalement par le LSDV et 13 bœufs receveurs mis en contact avec des mouches ayant piqué les 13 bœufs inoculés considérés comme donneurs. Un seul bœuf ayant été piqué par des mouches infectées par des animaux subcliniques (c'est-à-dire porteurs du virus mais ne développant jamais de symptômes) a été malade.
Aucun animal préclinique (c-à-d pas encore malade au moment les mouches le piquent mais qui développe la maladie ensuite) ne transmet le virus par les mouches. Les auteurs remarquent cette incohérence dans les résultats mais ne l'expliquent pas. En effet, si un animal qui ne développe jamais la maladie est capable de la transmettre, on s'attendrait à ce qu'un animal en incubation la transmette plus facilement.
Le seul animal subclinique donneur qui aurait transmis le virus par les mouches au seul animal receveur malade, a eu une virémie (virus détecté dans le sang) seulement le 14ème jour (et pas après) après inoculation expérimentale du virus (IV et Intradermique). Ce même animal a été positif en sérologie (IPMA qui détecte tous les anticorps contrairement à l'ELISA) seulement à partir du 13ème jour. Les mouches ont été placées sur cet animal 15,16 et 17 jours après inoculation, donc pendant des jours sans virémie et où les anticorps étaient déjà présents (et donc susceptibles de bloquer le virus). Cette contradiction n'est pas discutée par les auteurs :
Comment les mouches peuvent-elles transmettre le virus si lorsqu'elles piquent l'animal celui-ci n'a pas de virémie détectable ni de nodules ?
Subcliniques, précliniques, asymptomatiques...
Il se peut très bien que ce seul cas de transmission par un animal subclinique soit un artéfact de laboratoire. L'essai a été mené dans une installation de niveau de sécurité P3 et non P4 qui a très bien pu laisser passer des mouches d'un animal à l'autre : cela aurait dû être discuté ! Cet essai ne prouve pas la transmission par des animaux précliniques ou subcliniques. Et pourtant il est utilisé par les autorités pour justifier l'abattage total. Il faut noter que les conclusions de cet article qui infirme celles des deux articles plus anciens ont été publiées en 2023, l'année de la modification du règlement européen qui rend l'abattage total obligatoire en cas de détection d'un foyer de DNC.
L'étude de Sohier en 2019 13 ne montrait d'aucune manière le danger des animaux asymptomatiques. En effet, les auteurs ont infecté expérimentalement des animaux puis ont fait se nourrir des insectes du sang de ces animaux et ont permis aux mêmes insectes d'aller ensuite piquer des animaux sains (avec une méthodologie légèrement différente de l'essai de Haegeman). Mais les animaux étaient placés dans le même box, et il n'est pas possible de savoir si les mouches qui ont transmis le virus ont piqué un animal donneur subclinique (asymptomatique ne développant jamais la maladie même plus tard) ou un animal clinique (ayant des symptômes).
Enfin l'étude de Sanz-Bernardo et al. en 2021 14 (effectuée au Royaume-Uni sur des veaux, encore plus sensibles à la maladie que les bœufs des deux études belges précédentes), conclut à une probabilité nulle que les animaux asymptomatiques puissent transmettre la maladie (figure 2). C'est bien ce que dit le titre assez indigeste de l'article : "La quantification et la modélisation de l'acquisition et de la rétention du virus de la dermatose nodulaire contagieuse par les insectes hématophages révèlent que les bovins cliniquement atteints, mais non ceux présentant des signes subcliniques, favorisent la transmission virale et constituent des cibles clés pour la lutte contre les épidémies". Il serait donc judicieux que les autorités fournissent enfin une véritable justification à cette affirmation récurrente que les animaux asymptomatiques présentent un danger.
Conclusion
Les experts ont bien rectifié le tir en ce qui concerne la vaccination des jeunes veaux ; mais il est à craindre qu'ils continuent à soutenir l'abattage total des troupeaux en prétendant que les animaux asymptomatiques présentent un danger. Il est maintenant devenu impossible de désavouer les décisions du gouvernement après l'abattage de plusieurs milliers de bovins.
Concernant la gestion de la COVID-19, nous avons compris aussi que l'efficacité des traitements précoces ambulatoires contre l'infection par le SARS-CoV-2 ne sera jamais admise, car cela ferait sauter la justification des autorisations d'urgence accordées aux produits géniques expérimentaux à ARNm, qui se sont révélés inefficaces et toxiques.
Hélène Banoun
Mai 2026
source : AIMSIB
- bonsens.info
- aimsib.org
- frgdsaura.fr
- anses.fr
- web.archive.org
- Saisine 2026-SA-0043. Maisons-Alfort : Anses, 22 p, 20 mars 2026, SABA-2026-SA-0043.pdf
- Barrington GM, Parish SM. Bovine neonatal immunology. Vet Clin North Am Food Anim Pract. 2001 Nov;17(3):463-76. doi: 10.1016/s0749-0720(15)30001-3. PMID: 11692503; PMCID: PMC7135619.
- Code terrestre WOAH, 2024, aphis.usda.gov
- Rouby S, Aboulsoud E. Evidence of intrauterine transmission of lumpy skin disease virus. Vet J. 2016 Mar;209:193-5. doi: 10.1016/j.tvjl.2015.11.010. Epub 2015 Dec 2. PMID: 26831170. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov
- Bianchini, J.; Simons, X.; Humblet, M.-F.; Saegerman, C. Lumpy Skin Disease: A Systematic Review of Mode of Transmission, Risk of Emergence and Risk Entry Pathway. Viruses 2023, 15, 1622. doi.org
- bonsens.info
- Haegeman A, Sohier C, Mostin L, De Leeuw I, Van Campe W, Philips W, De Regge N, De Clercq K. Evidence of Lumpy Skin Disease Virus Transmission from Subclinically Infected Cattle by Stomoxys calcitrans. Viruses. 2023 May 30;15(6):1285. doi: 10.3390/v15061285. PMID: 37376585; PMCID: PMC10301266. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov
- Sohier C et al. (2019) - Experimental Evidence of Mechanical Lumpy Skin Disease Virus Transmission by Stomoxys calcitrans Biting Flies and Haematopota spp. Horseflies pubmed.ncbi.nlm.nih.gov
- Sanz-Bernardo B et al. Quantifying and Modeling the Acquisition and Retention of Lumpy Skin Disease Virus by Hematophagus Insects Reveals Clinically but Not Subclinically Affected Cattle Are Promoters of Viral Transmission and Key Targets for Control of Disease Outbreaks pubmed.ncbi.nlm.nih.gov