
par Abdelaziz Ghedia
Disons, pour résumer ce que je viens de dire concernant cette période des années 2000, que l'avènement de l'Internet à Bordj-Bou-Arreridj fut très bien accueilli, non seulement par votre interlocuteur, mais sans doute par toute la population, majoritairement jeune et ouverte sur la modernité et la technologie, et l'ensemble des médecins en particulier et de tous les intellectuels de la région de façon générale.
En 2007, j'ai découvert un site Internet qui s'appelle Agora Vox.
En fait, il s'agit d'un média citoyen français créé par Carlo Rivelli et Joël de Rosnay en 2005. Ce site est " alimenté par des rédacteurs volontaires et non professionnels", ce qui me poussa à m'y inscrire et à proposer mon premier article, article qui évoquait l'histoire de deux jeunes frères "condamnés à mort" par le tribunal de Bordj-Bou-Arreridj pour avoir mis le feu sur des matelas, dans leur maison, à la suite d'une dispute entre eux. J'avais trouvé le verdict très sévère d'autant plus que, selon la presse qui avait rapporté ce fait divers, il n'y avait pas eu de blessés ou de mort d'homme lors de ce drame. Il me fallait donc réagir, à chaud, en ma qualité de médecin, contre ce qui m'avait paru, à l'époque, comme une aberration de la justice. Il est vrai de dire que, du fait de sa souveraineté et de son indépendance par rapport au pouvoir politique, les verdicts et les décisions de la justice ne sont pas à commenter. Et encore moins à remettre en cause. Ceci est du ressort des hommes en robe noire, des avocats. Eux seuls sont habilités à juger de la partialité ou de l'impartialité de cette dernière. Mais, là, il m'avait semblé qu'il y avait anguille sous roche. Il m'avait paru que condamner deux jeunes frères pour un délit sans conséquences vraiment graves était, en revanche, un acte judiciaire lourd de conséquences. D'où ma réaction vite fait. Bref, ce n'était qu'un petit article, qui plus est sur un site électronique étranger, qui n'avait pas pour objectif de changer la donne ni quoi que ce soit dans le déroulement du procès judiciaire de ces deux jeunes garçons. Mais, je suppose que le ou les avocats de ces jeunes ont dû travailler durement pour faire pencher la balance de la justice en leur faveur puisque, de toute évidence, la sentence n'a jamais été appliquée.
Ce premier article fut suivi par d'autres. Qui furent également publiés, sans problème. Il faut dire qu'à mes débuts sur ce site, je veillais à la rédaction des textes. Chaque mot était soigneusement choisi et pesé. Les titres que je donnais aux articles reflétaient d'une manière très juste le contenu des dits articles et le narratif utilisé ne laissait pas les lecteurs indifférents. En tout cas, c'est ce qu'il me semblait. J'essayais de faire sérieusement les choses. J'essayais d'être à la hauteur. J'essayais, autant que faire se peut, de ne pas décevoir mes potentiels lecteurs. Et, apparemment, ils étaient nombreux, les lecteurs sur le site Agora Vox au vu des nombreux commentaires que je recevais régulièrement à chaque nouvel article. Et cela quel que soit la nature de l'article.
Et comme "l'appétit vient en mangeant", selon l'adage populaire, l'acte d'écrire (et de soumettre ensuite l'article à ce site) était devenu une routine, une chose banale, un truc de l'ordre naturel des choses. Chaque fois que l'occasion d'écrire un papier, sur un sujet donné, se présentait, je le faisais avec plaisir. C'est ainsi qu'il m'arrivait d'aborder des sujets d'ordre politique, de culture générale ou de littérature. En fait, je sautais du coq à l'âne. Pour ainsi dire, j'étais un "touche à tout", comme le sont d'ailleurs la plupart des intervenants sur Agora Vox et certainement sur d'autres sites encore. Oui, l'actualité est toujours riche en évènements. Que ce soit dans mon pays, l'Algérie, ou ailleurs, dans d'autres contrées du monde. Quand on surfe sur la Toile, force est de dire qu'on est, à chaque instant, submergé d'informations en provenance du monde entier, en temps réel : des élections législatives par-ci, des présidentielles par-là, des "coups d'État" commis par des militaires dans certains pays africains, des guerres fomentées au Moyen-Orient par des puissances liées au Capital et aux complexes militaro-industriels, etc.. Tout cela n'est qu'un exemple qui fait qu'on intervient, qu'on réagit même si on est certain que cela ne servira à strictement rien. Mais, le plus important est de participer aux débats qui agitent la Toile.
Et l'occasion de débattre se présentait régulièrement.
Ceci, évidemment, en ce qui concerne le domaine politique.
Et comme le disait l'historien grec Thucydide, "un homme ne se mêlant pas de politique mérite de passer, non pour un citoyen paisible, mais pour un citoyen inutile". J'avais fait de cette citation mon sacerdoce en quelque sorte. Au même titre que la chirurgie d'ailleurs. Je devais donc souvent réagir à des informations ou à des situations qui relevaient de mon centre d'intérêts et cela particulièrement depuis mon adhésion, en tant que membre fondateur, à un parti politique algérien.
Ainsi la période 2007-2010 fut riche en évènements et me permit d'intervenir régulièrement par l'intermédiaire de ce média citoyen français.
Sur ma page, j'avais choisi comme profil ce petit texto pour me présenter : "Qui suis-je ? Disons tout simplement un"Chirurgien algérien qui essaie, entre deux interventions chirurgicales, de gribouiller quelques notes à propos de tout et de rien"", de telle sorte que tout un chacun puisse savoir à qui il a affaire. C'était clair et net. Je ne me cachais pas derrière un pseudonyme. Pour être honnête, je n'aime pas l'anonymat. Je trouve cela comme une sorte de lâcheté. Je suis plutôt de ceux qui pensent que même derrière un écran, il faut assumer. Assumer et être responsable de ses écrits.
En 2010, en France, le président Nicolas Sarkozy (qui est actuellement en butte avec la justice son pays) eut l'idée, pour commémorer le cinquantième anniversaire de la disparition de l'écrivain (dans un accident de la route) de mettre dans le Panthéon les restes d'Albert Camus. En tant que telle, l'idée n'était ni saugrenue ni "absurde" (un clin d'œil à Camus).
À rappeler que le Panthéon est une institution, une structure, une sorte de musée sur le fronton duquel est inscrit, noir sur blanc, cette devise "La France est reconnaissante aux grands hommes". Albert Camus répondait parfaitement à la définition de "grand homme". N'oublions pas qu'il a eu le prix Nobel de littérature en 1957. Il méritait donc largement cette proposition présidentielle.
L'occasion était trop belle. Je n'avais pas le droit, moralement évidemment, de la rater. Ma réaction fut immédiate. En tant qu'ancien "fan" de cet écrivain, de ce français d'Algérie que je considérais personnellement comme Algérien à part entière, je rédigeai un article dans lequel je faisais tout à fait une contre-proposition en quelque sorte. Mes arguments étaient que, primo, de son vivant, Camus aimait beaucoup l'Algérie et le soleil de l'Algérie et que, secundo, s'il devait y avoir un lieu où il devrait reposer pour l'éternité cela ne pourrait être que dans un cimetière chrétien en Algérie. Le Panthéon est un endroit froid où le soleil ne pénètre presque pas. Il est vrai que la symbolique du Panthéon est grande mais celle du soleil l'est encore plus. Ce dernier argument avait, me semblait-il, convaincu la plupart des lecteurs de mon article. Ils adhérèrent à mon idée.
Je reproduis, ici, un paragraphe de mon premier article sur Agora Vox où j'évoquais, pour la première fois Albert Camus. En fait, le titre de l'article, c'était "Nos ancêtres les Gaulois".
"Quant à la deuxième polémique qui fait actuellement rage en France, particulièrement au sein du milieu intellectuel, c'est le sort qui devrait être réservé aux restes, s'il en reste encore, des restes, d'Albert Camus : les laisser pour l'éternité là où le Nobel est enterré ou les mettre dans ce triste Panthéon sur le fronton duquel est écrit"aux grands hommes, la patrie reconnaissante". Cette initiative est de Nicolas Sarkozy. C'est pour cela qu'elle rencontre autant de réticences. Pourquoi ? Essayons d'expliquer. Mais brièvement car nous n'avons pas l'intention de participer à ces débats ; ils ne nous concernent pas vraiment. Comme vous le savez, Nicolas Sarkozy et le parti politique, l'UMP, qui l'a porté au pouvoir incarnent la droite. Or, Albert Camus, né en Algérie (Annaba) et ayant grandi dans un quartier populaire d'Alger (Belcourt), était un intellectuel plutôt de gauche. Alors ? N'est-il pas aisé d'imaginer que lorsque la droite chasse sur (ou dans) les plates-bandes de la gauche c'est louche ? C'est ce que, en gros, on reproche à Nicolas Sarkozy. On lui reproche le fait de faire de la politique politicienne, démagogique, tout en ayant les yeux rivés sur un horizon pas très lointain : une campagne électorale ça se prépare plusieurs mois à l'avance même si on occupe déjà l'Élysée. Il y a même des plumes du monde politico médiatique parisien qui ont proposé, dans la foulée, à Sarkozy de devenir"Camusien"".
1 - Essai sur Albert Camus
2 - Ma rencontre avec Albert Camus (suite)
3 - Ma rencontre avec Albert Camus (suite)