
par Le Bouc Émissaire
Il y a des moments où la nuance devient une lâcheté. À Gaza, depuis trois ans, une destruction méthodique, documentée et filmée se déroule sous les yeux du monde. On expulse, on bombarde, on affame, on prive d'eau, de soins et d'abri, puis on appelle ça une opération militaire.
Les grandes chaînes évitent les images que les réseaux exposent jusqu'à l'overdose, mais les morts, les disparus, les infirmes, les enfants détruits et les familles anéanties composent une montagne de souffrance imposée aux Palestiniens. Leur voler ce qui leur restait, les chasser, puis exiger leur silence : voilà le niveau atteint.
Pendant ce temps, une large partie de l'humanité ferme les yeux et répète qu'Israël a le droit de se défendre, comme si une population entière pouvait être écrasée par simple nécessité. Ce vocabulaire recouvre le blocus, les infrastructures vitales détruites, l'aide bloquée, les secours pris pour cible et l'effondrement organisé des conditions de vie. À ce stade, il ne faut plus parler seulement d'aveuglement, mais de consentement, de lâcheté et d'habitude.
Ces infamies ne relèvent pas seulement d'une armée brutale ou d'une politique criminelle. Ce qui les pousse dépasse la conquête : une logique de croyance maquillée en nécessité. Elle parle de sécurité, de territoire, de droit, de mémoire, de menace et de survie, mais autorise surtout l'effacement, l'humiliation et la dépossession. On le voit dans les déclarations de Yoav Gallant sur les "animaux humains", dans Netanyahou citant Amalek, dans les appels de Bezalel Smotrich à "raser" des villages entiers, ou dans les propos d'Itamar Ben Gvir, favorable à une colonisation totale de Gaza après en avoir vidé la population.
Le piège commence quand le massacre reçoit un nom acceptable. Dès qu'on l'appelle guerre, riposte ou défense, le prétexte est placé dans le camp d'en face, et ce qui avance sous les yeux de tous peut continuer sans être nommé.
C'est ainsi que le plan avance : le religieux sert de paravent, la sécurité d'alibi, la politique de langue officielle, et la masse préfère une explication propre à une vérité insupportable. Tout le monde le voit, sauf ceux qui prétendent encore qu'Israël n'a atteint aucun objectif, comme si l'on pouvait être lucide et libre-branleur en même temps.
La souffrance, l'humiliation et la mort deviennent une finalité assumée. On ne relance pas depuis des décennies la même machine à malheurs par hasard. À chaque proposition de paix, un incident surgit, le sang revient, et les criminels prétendent y être contraints. Croire au hasard relève d'une insanité intellectuelle que seuls les hypocrites décérébrés peuvent avaler.
Derrière ce que l'on observe à Gaza se dessine autre chose : une vision du monde où la transgression devient méthode, où la destruction se pense comme purification, où le mal cesse d'être un accident pour devenir un instrument. C'est là que l'histoire des hérésies messianiques devient une clé de lecture.
Et ce dogme porte un nom : le sabbatisme et le frankisme. Cette logique change de nom, de visage et de religion quand il le faut. Le sabbatisme donne les Dönme, convertis à l'islam dans l'Empire ottoman, présents ensuite dans certains milieux modernistes, jeune-turcs et unionistes. Le frankisme passe par les conversions au catholicisme, l'intégration sociale et les trajectoires politiques, jusqu'à Moses Dobruška, devenu Junius Frey, cousin de Jacob Frank, franc-maçon, jacobin et acteur de la Révolution française. Là, on parle de courants qui avancent par dissimulation, assimilation et changement d'identité publique.
À partir de là, certaines élites européennes, américaines, ottomanes, turques ou moyen-orientales deviennent difficiles à regarder comme de simples accidents historiques. Derrière les versions officielles apparaissent des continuités, des filiations et des survivances idéologiques. Le fil passe d'une famille à une loge, d'une révolution à une banque ou un État. La méthode demeure : entrer par la porte officielle, puis avancer de l'intérieur.
En Europe, cette logique traverse les marges frankistes et maçonniques, notamment l'Ordre des Frères Asiatiques, fondé vers 1781 à Vienne, où la tradition frankiste pénètre la maçonnerie de haut niveau, avec le landgrave Charles de Hesse-Kassel parmi ses parrains et, selon cette piste, le financement de Mayer Amschel Rothschild.
Après 1848, plusieurs familles frankistes de Prague gagnent les États-Unis. Parmi elles, les Wehle mènent à Louis Brandeis, premier juge juif de la Cour suprême et acteur de la Déclaration Balfour, lien documenté par Gershom Scholem à travers le testament de Gottlieb Wehle. Felix Frankfurter, juge à la Cour suprême, cofondateur de l'ACLU et conseiller de Roosevelt, serait issu du même héritage.
Le fil rejoint Herzl, dont Ben-Sasson affirme que le sionisme politique ne se comprend pas sans le sabbatéisme, puis se prolonge dans l'Empire ottoman avec les Dönme, Mehmet Djavid Bey et Mustafa Kemal, selon Itamar Ben-Avi et Joachim Prinz. La République turque porterait ainsi l'empreinte d'identités publiques construites sur plusieurs générations de dissimulation.
Voilà ce qui relie ces noms, bien plus qu'une conspiration à direction unique : changer d'identité publique, intégrer la structure dominante, puis progresser par le droit, la finance, l'armée, la presse et la politique pour faire avancer de l'intérieur une logique que l'extérieur ne peut ni voir ni nommer.
Car le sabbatéisme et le frankisme, pour rappel, ne relèvent pas d'une simple dissidence religieuse comme il en existe tant d'autres. Leur fond repose sur une inversion radicale : hâter la venue du messie par la transgression, précipiter la rédemption en multipliant le mal, faire de la chute une méthode et du renversement moral une voie sacrée. Mensonge, trahison, corruption, profanation, débauche, inceste, pédophilie, meurtre, souffrance organisée, dissolution de la famille, inversion du pur et de l'impur : l'infamie est un outil. Le monde doit être sali, brisé, retourné, comme si la destruction devenait la condition même de ce qu'ils prétendent attendre.
Et quand on prend le recul nécessaire, une évidence s'impose : ces massacres prolongent une pratique aussi ancienne que l'humanité. La forme a changé, le fond jamais. Des temples aztèques aux sacrifices incas, des autels antiques aux guerres modernes, la logique demeure : nourrir une puissance par la mort, entretenir un pacte entre les hommes de l'ombre et ce qu'ils servent.
Les temples sont devenus des ministères, les autels des salles de commandement, et les victimes ne sont plus livrées une par une, mais par populations entières, famines construites et quartiers rasés. Le paganisme antique a changé d'apparence pour survivre sans être démasqué. Le frankisme et le sabbatéisme en sont les pseudonymes récents.
La mécanique sacrificielle est intacte ; seule l'échelle a changé. Les prêtres ont laissé place aux dirigeants, aux think tanks, aux hauts fonctionnaires et aux stratèges propres sur eux. Les armées servent d'intermédiaires, les soldats de bras armés, et la victime porte désormais le visage du civil innocent, souvent moyen-oriental, si possible musulman. Iblis, l'insensé, premier travesti de l'histoire, conserve toujours son mensonge et son déguisement d'avance.
Rien de nouveau sous le soleil de Satan, finalement.
source : Le Bouc Émissaire