
par Hamid Dabashi
Israël a poussé Trump à entrer en guerre contre l'Iran en s'appuyant sur le même réseau d'informateurs autochtones et d'agents de think tanks qui avait préparé le terrain pour le bourbier irakien.
En juin 2018 déjà, alors qu'une nouvelle euphorie usraélo-saoudienne autour d'un "changement de régime en Iran" flottait dans l'air, j'ai publié un court essai dans lequel je soutenais que l'idée d'un changement de régime en Iran relevait du délire.
Plus tôt encore, en 2010, j'ai publié un livre, Iran, the Green Movement and the USA, dans lequel j'identifiais les luttes endémiques des Iraniens contre les mesures draconiennes de leur gouvernement comme un "mouvement pour les droits civiques" en quête de libertés civiles - et non comme un soulèvement révolutionnaire auquel des sionistes génocidaires israéliens ou usaméricains auraient pu apporter une aide supplémentaire pour détourner l'attention de leurs crimes contre l'humanité en Palestine.
Lors d'un récent entretien avec LBC News au Royaume-Uni, peu après le cessez-le-feu négocié à Islamabad entre les USA et l'Iran, je le suis rappelé cet essai et ce livre, désormais vieux de plus de quinze ans, et je les ai cités à l'animateur qui m'interrogeait.
Il se demandait pourquoi, malgré l'existence de personnes comme moi vivant et écrivant aux USA, les responsables usaméricains commettaient encore de telles folies, dupés par Israël. La réponse simple que j'ai proposée est que les gens comme moi ne sont pas ceux à qui parle la cabale sioniste génocidaire du changement de régime - et je ne leur parlerais pas non plus.
Mais qui parle donc aux sionistes usaméricains en position de pouvoir, assis derrière une immense machine militaire, pour les pousser à bombarder l'Iran, détruire ses collèges et ses universités, viser ses enfants innocents, endommager ses sites du patrimoine culturel et attaquer ses infrastructures civiles - tout cela sur la base de l'hypothèse frauduleuse selon laquelle ils pourraient changer son régime ?
La réponse simple à cette question centrale est que les Israéliens, dirigés par leur voyou poursuivi pour crimes de guerre Benjamin Netanyahou, ont dupé l'égomaniaque Donald Trump et l'ont amené à déchaîner la puissance militaire usaméricaine contre l'Iran.
Mais, ce faisant, ces sionistes mégalomanes ont été aidés et encouragés par une coterie d'Iraniens expatriés, partisans du changement de régime et informateurs autochtones, attisant la guerre contre leur propre patrie depuis leurs refuges dans des think tanks néandertaliens yankees comme la Hoover Institution, ou dans des officines sionistes enracinées comme la Brookings Institution et la Heritage Foundation, avec le New York Times à la tête de la machine de propagande en faveur d'un tel changement de régime.
Les Iraniens connaissent bien ces personnages traîtres.
Il est temps que le monde entier - et en particulier les USAméricains désireux de reprendre leur pays aux lobbies israéliens - les connaisse aussi et leur demande des comptes pour les ravages qu'ils ont causés à leur propre patrie en insistant pour que les USAméricains envoient leurs enfants au danger.
"Quel chemin vers la Perse ?"
Avec une petite recherche sur Internet, on peut tomber sur une pièce à conviction solide intitulée Which Path to Persia ? (2009). Le document a été commandé et financé par une officine réactionnaire notoire, le Saban Centre for Middle East Policy de la Brookings Institution.
Dès la première page, il apparaît clairement que le document a été commandé par la CIA.
Parmi les personnes que les auteurs de ce document - tous des agents connus de think tanks usaméricains - remercient figurent deux frères iraniens expatriés, Abbas et Mohsen Milani.
L'aîné des deux, Abbas, est particulièrement tristement célèbre pour avoir passé sa vie à prôner un changement de régime violent, fomenté par les USA et Israël, dans sa propre patrie, qu'il a fuie il y a des décennies.
Il est aujourd'hui employé dans un think tank néoconservateur réactionnaire, la Hoover Institution, en Californie, où il dirige le soi-disant Iran Democracy Project.
De quoi traite ce document, dans lequel ces frères iraniens expatriés sont remerciés pour leurs contributions fructueuses ?
Il commence par présenter l'existence même de l'Iran comme un problème, une question, une menace, un danger qui doit, d'une manière ou d'une autre, être neutralisé.
Les trois options énoncées dans ce pamphlet pour "traiter avec l'Iran" sont diplomatique, militaire - avec une allusion particulière à Israël comme chef de file de cette option - et, enfin, le changement de régime, qui inclut les options d'une révolution de velours, d'une insurrection et d'un coup d'État. L'ultime option, réticente, est l'endiguement.
Ce document date de 2009, bien avant les événements de 2025-2026, lorsque toutes ces options subversives étaient mises en œuvre, tandis que le New York Times offrait au même belliciste, agent expatrié du changement de régime, et à ses semblables, de nombreuses tribunes successives pour continuer à appeler au changement de régime en Iran.
Le modèle irakien
Dans une récente enquête, même le New York Times a dû reconnaître l'imbécillité absolue des renseignements israéliens vendus à Trump, ceux-là mêmes qui leur faisaient croire qu'ils pouvaient provoquer un changement de régime en Iran.
Réunis dans la Situation Room, Netanyahou et son chef du Mossad, David Barnea, ont convaincu le président usaméricain qu'ils pouvaient démanteler la République islamique en seulement quatre jours.
D'où ces Israéliens tirent-ils leurs renseignements ?
Ils prétendent être omniscients, omnipotents et omniprésents. Ils ne le sont pas.
Ils obtiennent en réalité leurs renseignements pourris auprès des think tanks usaméricains que le New York Times met bruyamment et clairement en avant. Ils les obtiennent des "experts de l'Iran" qu'ils fabriquent dans les think tanks usaméricains des deux côtes.
Il suffit de regarder les tribunes du New York Times et de remonter de ceux qu'il publie aux think tanks d'où ils viennent. C'est là que naît ce renseignement pourri. Il existe un schéma très simple et usé jusqu'à la corde de la trahison.
En se souvenant du prélude à l'invasion usaméricaine de l'Irak en mars 2003, deux figures clés viennent à l'esprit : Ahmed Chalabi (1945-2015) et Kanan Makiya.
Chalabi était un fraudeur irakien condamné, qui a diffusé la fausse information selon laquelle l'Irak possédait des armes de destruction massive, information que la journaliste sioniste usaméricaine Judith Miller a ensuite publiée dans le New York Times afin de préparer le terrain à l'invasion usaméricaine de l'Irak.
Kanan Makiya est un dissident irakien qui a été largement mis en avant dans les médias usaméricains comme la voix critique des Irakiens expatriés, disant au monde quel homme horrible était Saddam Hussein.
Le temps a fini par prouver que ces informateurs autochtones avaient été agressivement promus par les médias US dans leurs efforts concertés pour diaboliser l'Irak et les Irakiens, et ouvrir la voie à l'invasion de l'Irak sur la base d'armes de destruction massive inexistantes.
Un vieux scénario, de nouveaux personnages
Avançons de quelques décennies et, ô surprise, nous retrouvons exactement les mêmes figures fabriquées dans les phases préparatoires de l'invasion usraélienne de l'Iran, instiguée par les sionistes génocidaires.
Le personnage clé de ce scénario redondant serait Reza Pahlavi, obtus et indolent, qui veut revenir régner sur un Iran qu'il a quitté adolescent et qu'il ne comprend tout simplement pas.
Rien de nouveau sous le soleil, juste un emballage différent.
Nous pouvons, bien sûr, creuser un peu plus. Cet épisode a commencé par la propagande israélienne se dupant elle-même en produisant une version cinématographique du tristement célèbre canular d'Azar Nafisi, Reading Lolita in Tehran. Ce fut la première salve dans la diabolisation de l'Iran en prévision d'un changement de régime.
Dans au moins deux de mes livres, Post-Orientalism (2009) et Brown Skin, White Masks (2011), inspiré de Peau noire, masques blancs de Fanon, j'ai déjà démontré comment, lorsque l'orientalisme comme mode de production du savoir impérial a cédé la place aux think tanks d'area studies (études régionales), le projet a commencé à s'appuyer sur des informateurs autochtones disant aux stratèges usaméricains ce qu'ils voulaient entendre plutôt que ce qu'ils avaient besoin de savoir.
Retournez maintenant lire les pages d'opinion du New York Times et d'autres médias usaméricains, avec leur succession sans fin de propagande de mauvaise foi, et comptez le nombre d'articles que ces agents iraniens expatriés de think tanks ont publiés pour diaboliser systématiquement l'Iran et prédire faussement sa chute imminente.
Ces tribunes sont les panneaux indicateurs des sources de mauvais renseignements que ces Iraniens expatriés traîtres fournissent à leurs employeurs, lesquels devraient maintenant reconsidérer les conditions d'emploi de ces agents et demander à être remboursés.
Ils ne devraient jamais acheter ces informateurs autochtones sans garantie de remboursement.
Le régime de savoir du changement de régime
L'ère des area studies est terminée, tout comme l'orientalisme l'a été.
La production du savoir s'est désormais déplacée vers des think tanks discrédités et profondément mal informés, de la Hoover Institution à la Heritage Foundation en passant par l'American Enterprise Institute.
Ces think tanks sont profondément investis dans leur ignorance sanctionnée, leurs chimères et leur stupéfiante stupidité.
Le contingent iranien expatrié de ces think tanks, tous traîtres sans honte à la décence commune, porte la responsabilité d'avoir participé à la machination israélienne qui a poussé Trump à cette guerre.
Non seulement plus de 90 millions d'Iraniens, mais aussi plus de 300 millions d'USAméricains qui souhaitent libérer leur pays de guerres sans fin et sans objet, observent ces informateurs autochtones compradores, sans âme, sans courage, mercenaires à gages.
La question que les USAméricains doivent se poser est très simple : comment une bande de traîtres expatriés, partisans du changement de régime, qui mobilisent les armées israélienne et usaméricaine pour envahir leur propre patrie, pourrait-il être loyal envers leur pays d'adoption ?
S'ils sont prêts à contribuer à ravager le pays où ils sont nés et ont grandi, quel est leur sens de la loyauté envers le pays qu'ils utilisent et abusent comme une vache à lait pour gagner confortablement leur vie ?
Des masses d'USAméricains se mobilisent pour s'opposer à la corruption et à la décadence de leur propre gouvernement, protéger et sauver leurs libertés civiles d'une présidence impériale, et, une fois pour toutes, couper le courant sous une machine à tuer israélienne qu'ils financent depuis des générations.
Ces agents iraniens expatriés sont aussi anti-usaméricains qu'ils sont anti-iraniens, jusqu'au cœur de leur existence diasporique, sans la moindre parcelle d'investissement dans un avenir libéré pour l'un ou l'autre pays.
Quelqu'un doit leur demander des comptes pour des années de diffusion de mensonges dangereux qui ont mis en danger à la fois les Iraniens et les USAméricains.
source : Middle East Eye via Fausto Giudice