14/05/2026 reseauinternational.net  11min #313873

Israël, un chef d'œuvre de propagande

par Pr. Djamel Labidi

L'idéologie sioniste historique avait déjà popularisé une image des juifs faite de persécutions, de violences subies, de souffrances, de dangers, de menaces, d'exils, de messianisme. Étrangement, c'est la même image qui va être reprise, reconstruite par la propagande israélienne alors même que cette représentation est supposée n'avoir plus d'objet avec la réalisation du projet sioniste, c'est-à-dire l'existence de l'État juif.

Dans la première partie de ce texte 1 nous avions vu qu'Israël était un paradoxe en cela que son existence dépendait d'autres puissances, principalement des États Unis sur les plans : militaire, économique. Nous avions vu, que le principal argument d'Israël était que ses ennemis voulaient sa destruction et que cet argument, supposé justifier la politique violente d'Israël, révélait en fait la fragilité congénitale de son existence. Et nous avons découvert stupéfaits que son existence morale, son identité ne dépendaient pas d'une histoire dense, matérielle, documentée, physique comme pour toutes les nations, mais qu'elle ne tenait qu'à un fil, celui d'un récit mythique sur ses origines.

De ces caractéristiques, Il va découler que le récit sur Israël, la propagande et la communication vont jouer un rôle essentiel dans sa relation avec le monde et dans la justification de son existence.

Israël est, sous cet angle, aussi une création de la propagande, et même un chef d'œuvre de la propagande.

La violence, élément cardinal de la propagande

Le thème de la violence est très utile pour la propagande israélienne. Il permet pour Israël et ses défenseurs, d'évacuer les causes profondes de ce conflit chronique qui existe au Moyen-Orient depuis l'irruption d'Israël dans la région et de ne le traiter que sous l'aspect de la violence. Le traitement du sujet sous cet angle représente en effet l'avantage de renvoyer dos à dos agresseur et agressé, dominant et dominé, victime et coupable. La violence, par elle-même, n'explique rien en l'absence d'une lecture de ses causes. Elle est, par essence, inhumaine, qu'elle soit utilisée par l'oppresseur ou, par réaction, par l'opprimé. Il y a des causes justes, mais il n'y a pas de morts justes. Chaque mort est un drame total, existentiel du point de vue individuel.

Avec la violence comme seule causalité, il suffira alors de commencer l'histoire chaque fois, au moment où l'on veut, une révolte, un attentat, un acte dit terroriste. C'est ce que fait sans cesse Israël.

Le ghetto et le pogrom

Le 7 octobre 2023, pour parler d'un évènement récent, en est un exemple. Il a été une véritable œuvre d'art de la propagande : il aurait été un "basculement", "un tournant" d'après Israël et ses propagandistes, Tout aurait commencé ce jour-là. Pas un mot de tous les bombardements et massacres faits précédemment à Gaza, pas un mot des quinze massacres 2 de Palestiniens commis par Israël depuis sa création. Pas un mot du ghetto de Gaza, de son isolement du reste de la Palestine, de son blocus permanent, de son bombardement perpétuel. Le soulèvement du 7 Octobre a été même présenté comme... un pogrom contre les Israéliens dans une inversion totale. L'inversion est d'ailleurs un des procédés préférés de la propagande israélienne. Le mot de "pogrom" apparait, utilisé, pour la première fois, à propos du 7 Octobre 2023, par un propagandiste israélien Bernard Henri Lévy. Il est ainsi détourné de son sens étymologique, puisqu'il désigne historiquement les massacres en Europe de juifs sans défense alors qu'ici, à Gaza, c'est une révolte contre l'occupant. Dans les médias mainstream et israéliennes, on va jusqu'à verser des larmes sur les Israéliens qui vivaient en bordure du ghetto palestinien, sur les terres historiques palestiniennes, et qui avaient "l'humanité de faire travailler des palestiniens, et de les nourrir et qui ont été attaqués par eux". Une description qui ressemble à celle d'animaux d'un Zoo. La comparaison n'a pas tardé d'ailleurs à être faite puisque le ministre de la Défense israélien nommera de ce mot les Palestiniens. On sait que le 7 Octobre a été avant tout une attaque contre les unités militaires israéliennes qui encerclaient le Ghetto de Gaza, de l'aveu même des pertes militaires déclarées par Israël, comme on sait qu'il a été un scandale de désinformation. On peut certes s'étonner qu'une propagande aussi absurde et caricaturale ait pu être diffusée non seulement en Israël mais dans tout le système médiatique de pouvoir occidental. En fait, ce terme de pogrom n'est pas seulement une manipulation de la réalité, il fait partie du récit global, celui de l'exploitation du thème de la persécution des juifs. Ce thème devient une sorte de permanence ontologique, et il sert à la légitimation d'une présence qui se trouve en mal de justifications, qu'elles soient historiques ou morales. Cette thèse fondatrice en arrive finalement à se contredire elle-même, puisque ce sont désormais des juifs israéliens qui sont des bourreaux.

L'agresseur et l'agressé

Le thème de la violence présente, ainsi donc, l'énorme l'avantage d'évacuer la question de l'agresseur et de l'agressé, et de les renvoyer dos à dos : au Liban, les quelques roquettes artisanales envoyées par le Hezbollah auront la même valeur que les bombes d'une tonne sur la ville de Beyrouth ou les missiles qui explosent systématiquement les maisons du Sud Liban. "Pourriez-vous accepter d'être bombardé chaque jour par le Hezbollah, par Hamas, Israël a le droit de se défendre". C'est vrai, qui pourrait accepter ? mais faux problème, sophisme, qui permet de masquer le vrai problème, celui de l'occupation de la Palestine, puis inévitablement celle du Liban, ou sa soumission, et tout le reste. Le thème de la violence permet de tout brouiller. Le droit international a décelé cette difficulté et il a tranché en rendant légitime l'une des violences, celle d'un peuple sous occupation, agressé. En un mot, Israël n'a pas le droit de se défendre car c'est un pays occupant. Ce point est soigneusement ignoré par les propagandistes.

Le thème du "droit d'Israël à se défendre" est étroitement lié à un autre thème, important lui aussi de la propagande, celui "des menaces de destruction" qui pèsent sur lui. C'est ainsi qu'Israël, summum de rhétorique sophiste, va se retrouver légitimer non pas par son droit à l'existence mais par les menaces sur son existence Le danger de la destruction d'Israël est un argument clé de la propagande israélienne car il permet de tout justifier. Il fait que même lorsqu'Israël attaque, elle continue de se défendre.

L'antisémitisme

Dans la panoplie de la propagande, il y a bien sûr l'accusation d'antisémitisme.

Il faut faire plusieurs remarques à ce sujet : L'antisémitisme a été un élément central dans le récit de la construction d'Israël et de sa propagande. Le thème de l'antisémitisme est surtout à consommation occidentale, l'accusation d'antisémitisme n'ayant pas d'objet évidemment en Palestine et étant peu mentionnée ou utilisée dans le monde non occidental.

Au départ, historiquement, l'antisémitisme a servi à justifier la création d'Israël comme foyer juif après les persécutions nazies et donc à promouvoir Israël comme une solution à "la question juive" et donc à la fin de l'antisémitisme, Or la propagande pro-israélienne actuelle a fait de la lutte contre l'antisémitisme son thème de propagande préféré, comme si c'était au contraire l'existence d'Israël qui avait renforcé l'antisémitisme. Il y a là une contradiction flagrante. En réalité, le thème de l'antisémitisme a été instrumentalisé proportionnellement au discrédit d'Israël, jusqu'à en arriver, aujourd'hui, à assimiler toute attaque contre le sionisme, et même contre Israël, à de l'antisémitisme. C'est ainsi qu'on est passé de la critique historique, humaniste, de l'antisémitisme, en tant que moyen de discrimination de la communauté juive, à la gestion de d'antisémitisme comme moyen de répression aux mains d'Israël et des États la soutenant.

La propagande et le nucléaire israélien

Avec le génocide de Gaza, puis la guerre contre l'Iran, l'image d'Israël s'est à tel point dégradée que le mur de la propagande pro-israélienne se fissure un peu partout en Occident.

C'est spectaculairement le cas pour ce qui constituait un véritable tabou : le nucléaire israélien. Dans les grands médias occidentaux, on pouvait parler pendant des heures du nucléaire iranien, l'idée du nucléaire israélien était d'évidence dans tous les esprits, mais personne ne disait mot, tant la peur rendait prudent et le contrôle des plateaux par "les amis d'Israël" était grand. Et cela a duré des décennies. Un Israélien, Mordechai Vanunu, avait eu le courage de révéler qu'Israël possédait l'arme nucléaire. Il avait été obligé de s'enfuir, puis il a été kidnappé à Rome, ramené en Israël et condamné à 18 ans de prison. Rien ne peut peut-être mieux résumer le deux poids deux mesures que ce sujet, rien ne peut dire mieux l'incroyable déraison dans lesquels on fait vivre le monde que ce sujet : l'Iran est agressé, sanctionné, harcelé pendant des dizaines d'années sous le prétexte qu'elle aurait le projet d'avoir l'arme nucléaire, alors qu'Israël, lui, la possède depuis les années 60. Mais la superbe arrogance avec laquelle les États Unis et Israël ont voulu faire du nucléaire iranien le sujet de cette dernière guerre contre l'Iran, ont abouti au final à l'effet inverse grâce à la résistance victorieuse iranienne et désormais les langues se délient. Au Congrès des États Unis, des élus démocrates ont interpellé le président Trump exigeant qu'Israël dise tout au sujet de son armement nucléaire et soit soumise, lui aussi, à des inspections. En France des généraux souverainistes, aux reflexes gaullistes, comme le General Yakovleff et d'autres, fatigués d'être contraints au silence par la pression israélienne, sur ce sujet et d'autres, ont abordé au grand jour la question du nucléaire israélien sur les chaines de télévision, sous l'angle d'un deux poids deux mesures flagrant. Ils ont rappelé que l'arme nucléaire ne peut être une arme de dissuasion pour les uns sans l'être pour les autres, et que la dissuasion nucléaire serait ici, comme ailleurs la meilleure solution, en tranquillisant, protégeant l'Iran autant qu'Israël. Et pourquoi pas, d'ailleurs la dénucléarisation du Proche orient, Solution toute simple, toute logique, mais sur laquelle la propagande israélo-occidentale a fait l'impasse, étant donné que le but réel est qu'Israël ait le monopole de l'arme nucléaire pour assurer sa domination sur la région. Le contrôle d'Israël sur l'information autour de ce point crucial s'est donc effondré spectaculairement.

La propagande israélienne et l'information

Les efforts de plus en plus grands d'Israël pour contrôler l'information occidentale témoigne de son isolement grandissant. Ce qui se passe dans le système médiatique en France en est un bon exemple. Cela confine à la caricature. On ne se contentera plus, comme naguère, d'avoir des "amis d'Israël", des vecteurs d'opinion puisés dans l'intelligentsia juive qui se reconnait en Israël, ou des journalistes de la presse pro-israélienne. Des "éléments sûrs" siègeront sur les plateaux d'information : franco-israéliens surtout préoccupés par Israël, correspondants de journaux israéliens, et même portes -parole de l'armée israélienne et agents du Mossad déclarés. On a la forte impression que les plateaux de télé sont en quelque sorte encadrés par une, voire deux personnes aux ordres dès qu'il s'agit d'Israël. L'information devient purement et simplement de la propagande, un discours idéologique et politique aligné sur Israël, jusqu'à la justification des pires de ses crimes.

La surreprésentation du personnel d'origine juive dans les chaines d'information est évidente. On n'essaie même pas de la cacher. Ils ne sont pas choisis parce qu'ils sont juifs mais parce qu'ils sont juifs pro-israéliens. Le sionisme adore cet amalgame et le revendique car il permet de développer le sectarisme d'appartenance à un pôle comme à l'autre. Il en résulte, phénomène nouveau, de plus en plus souvent, sur les plateaux d'information des affrontements à fleuret moucheté mais parfois vifs contre la dictature du point de vue pro-israélien, et de la pensée unique concernant Israël.

En même temps tout un dispositif juridique, extrêmement répressif, est mis en place pour réprimer toute observation à ce sujet, pour rendre les gens muets ou aveugles sur les crimes israéliens, sous peine d'accusation d'antisémitisme. C'est le cas des États Unis, de la France et dernièrement de l'Ukraine où huit ans de prison sont prévus dans ce cas. La critique d'Israël et du sionisme devient blasphématoire, véritable inquisition.

Mais cela n'empêche pas le recul manifeste du discours pro-israélien. C'était déjà le cas dans le système d'information alternatif mais cela devient le cas y compris dans le système médiatique conformiste. Cela est manifeste aux États Unis où la confrontation devient de plus en plus intense nourrie par l'opposition la guerre israélo-américaine et au président Trump.

Le récit israélien est techniquement un chef d'œuvre de propagande et Israël en est le résultat. Tous les éléments, tous les thèmes de cette propagande, violences, persécutions, menaces de destruction d'Israël, antisémitisme, se renvoient l'un l'autre, interagissent les uns avec les autres, se justifient l'un l'autre pour former un tissu idéologique terriblement convaincant si on en accepte les prémisses. Mais pourtant ce récit s'est "cassé les dents" sur le mur obstiné de la réalité. Ce qui prouve une nouvelle fois que la propagande et ses vecteurs médiatiques, ne sont pas tout puissants sur l'opinion publique et que vient toujours le moment de vérité. C'est un grand motif d'optimisme en ces temps si durs.

 Professeur Djamel Labidi

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