Par David Cronin
La chef de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, confond oppresseur et opprimé. (Union européenne)
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Personne n'a dansé de joie dans les rues lorsque l'Union européenne a annoncé cette semaine qu'elle allait imposer des sanctions à ceux que la presse qualifie de " colons israéliens violents".
Les plus optimistes y voient un pas potentiel, bien que minime, vers un mécanisme pour obliger à rendre des comptes.
Si ces annonces sont suivies d'actions concrètes - et c'est un très grand "si" -, alors l'UE fera enfin payer à Israël le prix de son mépris des principes fondamentaux du droit international.
La colère avec laquelle le Premier ministre Benjamin Netanyahu et ses collègues de la coalition ont réagi à la décision de lundi reflète sans aucun doute la crainte des Israéliens de se retrouver isolés.
La manière dont ces sanctions sont présentées par l'UE est néanmoins très problématique.
Mettre l'accent sur les colons "violents" donne la fausse impression que la plupart des Israéliens vivant en Cisjordanie occupée sont pacifiques et respectueux des lois.
Se concentrer sur quelques organisations et individus parmi les colons - comme l'a fait l'UE - revient à ignorer le caractère intrinsèquement violent du projet colonial israélien ans son ensemble.
Dans une tentative d'apparaître "équilibrée", l'UE a assorti ses sanctions contre les colons "violents" de nouvelles mesures visant les "figures de proue du Hamas".
La réalité est ainsi déformée. Les attaques menées par des Israéliens contre des Palestiniens vivant sous occupation et la résistance armée des Palestiniens cherchant à mettre fin à l'occupation sont traitées comme s'il s'agissait de la même chose.
Kaja Kallas, la chef de la diplomatie européenne, se rend coupable d'amalgamer l'oppresseur et l'opprimé lorsqu'elle met en garde, lundi, contre les "conséquences" de l'extrémisme - en évoquant à la fois le Hamas et la "violence contre les Palestiniens" perpétrée par les colons israéliens.
Grâce à cette décision, a-t-elle affirmé, l'UE est passée "de l'impasse à l'action".
Cette remarque visait très certainement la Hongrie.
Avant sa récente défaite électorale, Viktor Orbán avait bloqué l'approbation par l'UE des sanctions qui ont finalement été entérinées cette semaine. Maintenant que Péter Magyar a remplacé Orbán au poste de Premier ministre, la Hongrie pourrait ne plus être un cas à part, mais se rapprocher du courant dominant de l'UE.
L'avenir nous dira si la position dominante consistera à s'opposer à la violence d'État d'Israël - et pas seulement à la violence des colons - par des actes, et pas seulement par des mots.
L'Allemagne et l'Italie ont jusqu'à présent contrecarré les initiatives d'autres gouvernements de l'UE visant à supprimer les privilèges commerciaux accordés à Israël et à suspendre la coopération avec ce pays.
Une vache à lait
Tant que cette coopération ne prendra pas fin, l'UE continuera d'être une vache à lait pour les "innovateurs" israéliens, dont la plupart, sinon tous, entretiennent des liens étroits avec l'armée qui occupe la Cisjordanie et Gaza.
La société CyberRidge, basée à Tel-Aviv, s'est par exemple récemment vu octroyer une subvention de recherche scientifique de l'UE d'une valeur de près de 3 millions de dollars.
Selon son propre site web, CyberRidge allie "des décennies de recherche universitaire à une expérience de terrain en matière de renseignement" et protège "les données les plus sensibles au monde contre l'interception, la surveillance et le décryptage à l'ère quantique".
La société bénéficie en outre du soutien d'"une coalition diversifiée d'investisseurs axés sur les technologies de pointe, la défense et l'impact commercial" - le terme "défense" étant un euphémisme pour tout ce qui touche aux armes et à la guerre.
Pour en savoir plus sur l'"expérience du renseignement" de CyberRidge, il suffit de regarder comment ses principaux acteurs ont construit leur carrière.
Shira Kaplan a récemment exprimé sa joie de rejoindre CyberRidge en tant que "conseillère exécutive" afin de promouvoir ses produits en Allemagne, en Autriche et en Suisse.
Bien qu'elle travaille désormais depuis Zurich, Kaplan est une fière diplômée de l' Unité 8200, une division de l'armée israélienne chargée d'espionner les Palestiniens.
Elle n'est pas la seule représentante de CyberRidge à avoir un tel parcours. Yaron Ben-Schlusch, vice-président des ventes de l'entreprise, est un autre ancien de l'Unité 8200.
En accordant une subvention à CyberRidge, l'UE aide une entreprise qui embauche des espions formés par Israël à se présenter comme une entreprise à qui on peut faire confiance pour protéger les "données les plus sensibles au monde".
L'Institut israélien de technologie, Technion, quant à lui, continue de tirer profit du programme de recherche de l'UE.
Depuis mars, Technion a lancé au moins quatre projets financés par l'UE, d'une valeur totale dépassant les 9 millions de dollars.
Officiellement une université publique, Technion a démontré une fois de plus cette semaine ses liens étroits avec l'industrie de l'armement lorsque la société Rafael a parrainé un événement sur son campus. On a promis aux participants une "conférence enrichissante" et l'occasion d'"avoir un aperçu de notre travail fascinant".
Le "travail fascinant" de Rafael consiste notamment à être le principal contributeur au système Dôme de fer.
le Dôme de fer aurait dû s'appeler Main de fer. L'objectif réel du projet est de maintenir l'emprise d'Israël sur Gaza, tout en interceptant les missiles tirés depuis cette région.
Les responsables bruxellois ne peuvent pas ignorer que Technion héberge des laboratoires pour des fabricants d'armes qui tirent profit de crimes massifs, voire d'un génocide. En continuant de soutenir Technion, L'UE ouvre la voie à de futurs crimes contre l'humanité.
Sanctionner quelques "colons violents" ne mettra absolument pas fin aux crimes d'Israël.
David Cronin
Article original en anglais : Sanctioning "violent settlers," EU gives $3 million to firm hiring Israel's spies, The electronic Intifada, le 13 mai 2026.
Traduction : Dominique Muselet pour Chronique de Palestine
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David Cronin est le correspondant de l'agence de presse Inter Press Service. Né à Dublin en 1971, il a écrit pour diverses publications irlandaises avant de commencer à travailler à Bruxelles en 1995. Son dernier livre, " Corporate Europe : How Big Business Sets Policies on Food, Climate and War" est publié chez Pluto Press.
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La source originale de cet article est Electronic Intifada
Copyright © David Cronin, Electronic Intifada, 2026
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