17/05/2026 journal-neo.su  6min #314151

La Farce Grotesque de l'Ue : Sanctionner quelques colons israéliens en Cisjordanie

 Ricardo Martins,

La diplomatie européenne ploie sous le poids de la critique mondiale, accusée d'appliquer le droit international et ses propres valeurs à géométrie variable, et d'être complice du génocide et du colonialisme brutal menés en Cisjordanie et en Israël.

Pour tenter d'apaiser la colère mondiale, l'UE a approuvé des sanctions à l'encontre d'individus colons - mais elles n'ont pas encore été adoptées. Pourtant, les principaux responsables de ces exactions violentes-des ministres israéliens comme Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich-ont été retirés de la liste sous la pression d'Israël, selon  Politico Brussels Playbook.

D'après  Haaretz, quatre entités de colons israéliens (Amana, Nachala, Hashomer Yosh et Regavim) et trois individus liés (Daniella Weiss, Avichai Suissa et Meir Deutsch)  seront soumis à une interdiction de visa et à un gel de leurs avoirs par l'UE.

Pourquoi est-ce une farce ?

Il s'agit essentiellement de donner l'impression d'agir sur un enjeu colossal, pour sauver les apparences. Les diplomates européens savent pertinemment que ce qui se passe en Cisjordanie n'est pas le fruit d'initiatives individuelles, mais bien d'une politique d'État.

Itamar Ben-Gvir, Bezalel Smotrich et l'armée israélienne (Tsahal) participent activement à l'incitation de ces actions et défendent, en tant que  milices personnelles, les colons criminels qui perpétuent leurs actes en toute impunité, comme le  documentent des centaines de rapports et d'images. Ces deux figures politiques d'extrême droite sont considérées comme les cerveaux derrière ces crimes.

Quel est le crime des colons ?

Foucault nous a appris que les mots ont du poids et donc de l'importance. Les dirigeants de l'UE-et ceux de ses États membres-ont qualifié ces crimes de termes divers : "attaques contre des Palestiniens" (Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne), "colonisation extrémiste et violente de la Cisjordanie", ou encore "ces actes les plus graves et intolérables doivent cesser immédiatement" (Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères). Ou, de façon plus feutrée, par la ministre finlandaise Elina Valtonen : "La situation à Gaza, comme en Cisjordanie, est très préoccupante depuis plusieurs mois."

Le crime des colons ? Rien qu'un exemple du week-end dernier (vendredi et samedi, 8-9 mai 2026) :  Haaretz rapporte que plusieurs Palestiniens ont été blessés lors de 20 attaques de colons israéliens en Cisjordanie, incluant des invasions de domiciles, des incendies criminels, des jets de pierres et des destructions de culture. Aucun geste de l'armée.

Diverses organisations dénoncent les atrocités en Cisjordanie, comme  Amnesty International ou  Middle East Eye, mais elles reçoivent peu d'attention. Selon  Le Monde, la violence demeure la principale tactique des colons israéliens pour annexer les terres palestiniennes.

 L'incendie criminel est le mode opératoire préféré des colons : ils incendient des plantations palestiniennes-y compris des oliviers centenaires-du bétail, des voitures,  des maisons, voire des villages entiers, des Palestiniens piétons sont  délibérément renversés par une voiture,  agressent des agriculteurs,  envahissent des écoles, ou encore  ouvrent le feu sur une école palestinienne où deux garçons ont trouvé la mort. Des témoins affirment avoir vu des colons, certains en uniforme militaire, accompagnés de soldats, tirer à balles réelles sur les élèves et les habitants du village d'al-Mughayyir.

D'autres actes consistent à empêcher les enfants palestiniens d'aller à l'école,  de jouer au football, de bloquer les routes et les passages,  d'assiéger des villages entiers, de détruire des commerces palestiniens ou de laisser les Palestiniens  privés de leur source d'eau. Pendant ce temps, des garçons israéliens  sont formés pour devenir les futurs colons par la violence.

 Barry Andrews, eurodéputé de premier plan ayant visité la Cisjordanie la semaine dernière, a déclaré : "Accaparements de terres, nettoyage ethnique et assassinats se sont intensifiés. L'UE ne peut pas rester les bras croisés. [...] Les ministres européens des Affaires étrangères doivent, au minimum, s'entendre sur de nouvelles sanctions contre les colons. Mais au fond, seule une révision de l'Accord d'association UE-Israël aurait un impact."

Le commerce avec les colonies et l'Accord d'association UE-Israël restent intacts-business as usual, comme si aucun génocide, apartheid ou colonialisme brutal n'avait eu lieu ni ne se poursuivait. Après tout, interdire le commerce, c'est couper la bouée de sauvetage des colonies. Cela ne semble pas être l'intention de l'UE, car Netanyahu, Ben-Gvir et Smotrich ne seraient pas contents. Pendant ce temps, comme le rapporte  Mondoweiss, "Israël s'empresse d'étendre les colonies en Cisjordanie avant que de nouvelles réalités politiques ne mettent fin à son ère d'impunité."

Ricardo Martins - Docteur en sociologie, spécialiste des politiques européennes et internationales ainsi que de la géopolitique

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