
Par Larry C. Johnson pour Strategic Culture Foundation, le 19 mai 2026
Le jeune garçon qui a inspiré à Ésope son conte "L'enfant qui criait au loup" (également connu sous le nom de "Le jeune berger et le loup") a grandi et occupe aujourd'hui le poste de président des États-Unis. Depuis le 28 février 2026, Donald Trump a publié 11 déclarations suggérant la fin de la guerre contre l'Iran ou l'imminence d'un accord de paix, mais toutes se sont avérées n'être qu'un canular.
Après ces près de trois mois de guerre, un cycle remarquablement constant se dégage : Trump déclare la victoire ou l'imminence d'un accord → l'Iran, ou les faits sur le terrain, le contredisent → Trump durcit le ton → un nouveau cycle de prétendues percées recommence. Les analystes ont souligné que ces contradictions trahissent un désir de victoire "rapide et facile" pour Trump, tandis que Téhéran cherche à gagner du temps pour faire valoir ses propres exigences. Cette divergence d'objectifs a engendré un cycle incessant de déclarations contradictoires. Elles en deviennent même un handicap diplomatique, l'Iran les utilisant à maintes reprises comme preuve de l'incohérence de Washington.
Lors de son dernier revirement, Trump a passé le week-end à publier des images suggérant qu'une attaque contre l'Iran pourrait être imminente, avant d'opérer un autre de ses revirements chaotiques avec ce message sur Truth Social :
"J'ai été invité par l'émir du Qatar, Tamim bin Hamad Al Thani, par le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed bin Salman Al Saud, et par le président des Émirats arabes unis, Mohamed bin Zayed Al Nahyan, à suspendre notre attaque militaire prévue contre la République islamique d'Iran, qui devait avoir lieu demain, car des négociations sérieuses sont actuellement en cours. Selon eux, en tant que grands dirigeants et alliés, un accord tout à fait acceptable pour les États-Unis, ainsi que pour tous les pays du Moyen-Orient et au-delà, va être conclu. Cet accord inclura notamment l'interdiction pour l'Iran de posséder l'arme nucléaire ! Compte tenu du respect que je voue à ces dirigeants, j'ai donné pour instruction au secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, au président du Comité des chefs d'état-major, le général Daniel Caïne, et à l'armée américaine de ne pas mener l'attaque prévue contre l'Iran demain. Toutefois, je leur ai également demandé de se tenir prêts à lancer un assaut d'envergure contre l'Iran à tout moment, si un accord acceptable devait échouer. Merci de votre attention ! Le président Donald J. Trump".
Voilà l'un des schémas les plus frappants de tout ce conflit : un cycle quasi constant de déclarations prématurées suivies de contradictions flagrantes avec la réalité. Voici un compte rendu chronologique des dix dernières déclarations de Trump, d'après les archives documentées :
- Le 6 mars, Trump publie : "Il n'y aura pas d'accord avec l'Iran, sauf une capitulation inconditionnelle !" - présentant la guerre comme étant essentiellement tranchée en faveur des États-Unis. - Gulf News.
- Le 9 mars, il déclare : "La guerre est pratiquement terminée", et affirme faussement que l'armée iranienne a été détruite et que le détroit d'Ormuz a été rouvert. Aucune de ces affirmations n'était vraie. - Gulf News.
- Le 23 mars, Trump prétend que les États-Unis ont été en contact avec un haut responsable iranien et affirme : "Ils ont appelé, pas moi. Ils veulent conclure un accord, et nous y sommes tout à fait disposés". L'agence de presse Fars, affiliée au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGR) iranien, a immédiatement démenti toute négociation, et le ministère iranien des Affaires étrangères a déclaré qu'il se contente d'examiner les propositions transmises par des médiateurs. - Gulf News.
- Le 24 mars, Trump réaffirme que les États-Unis et Israël ont "gagné" la guerre, alors que l'Iran poursuit ses frappes de missiles. - Gulf News.
- Le 1er avril, Trump annonce que l'Iran vient de réclamer un cessez-le-feu aux États-Unis, qui l'examineront une fois que le détroit d'Ormuz sera "ouvert, libre et dégagé". Le ministère iranien des Affaires étrangères a qualifié cette affirmation de "fausse et sans fondement", tandis que le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGR) a déclaré que le détroit "ne sera pas ouvert aux ennemis du pays après le pitoyable spectacle donné par le président des États-Unis". - Gulf News.
- Du 7 au 8 avril, Trump affirme sur Truth Social avoir accepté un cessez-le-feu de deux semaines avec l'Iran, qui prévoit l'ouverture immédiate du détroit d'Ormuz et la finalisation d'un accord de paix. Il a qualifié la proposition en dix points de l'Iran de "base viable sur laquelle négocier". Toutefois, le détroit est resté fermé et les deux parties se sont mutuellement accusées de violations du cessez-le-feu. - Gulf News.
- Le 21 avril, il annonce une prolongation du cessez-le-feu avec l'Iran, le qualifiant de "sans limite de durée", et a déclaré avoir "ordonné à nos forces armées de poursuivre le blocus et, à tous autres égards, de rester sur le qui-vive". Il a simultanément donné à l'Iran un délai de 3 à 5 jours pour engager des négociations sérieuses.
- Fin avril, Trump répète à l'envi qu'un accord est proche et que les dirigeants iraniens l'espèrent, tout en menaçant de reprendre les bombardements si les conditions ne sont pas remplies dans les jours à venir.
- Le 10 mai, Trump décrit un cessez-le-feu "sous assistance respiratoire", puis monte d'un cran en parlant d'"assistance respiratoire massive" après avoir rejeté la proposition de l'Iran, qu'il qualifie de "tas de merde" qu'il "ne lira même pas jusqu'au bout". - International Business Times.
- 14-15 mai (sommet de Pékin) : Trump déclare à Fox News que Xi a accepté d'empêcher l'Iran de posséder l'arme nucléaire et que Xi a proposé d'aider à résoudre le conflit, présentant une résolution comme étant désormais à portée de main, tandis que Rubio déclare simultanément sur NBC News que les États-Unis "ne réclament pas l'aide de la Chine pour résoudre le conflit iranien".
L'unique conséquence de ces revirements constants de Trump concernant une attaque contre l'Iran est de permettre à ses amis et à sa famille, informés de ses annonces de "paix", de gagner beaucoup d'argent en vendant à découvert des actions et du pétrole - ce qui est généralement qualifié de "délit d'initié". À part ça, il ne fait que saper sa crédibilité. La fable d'Ésope sur le garçon qui criait au loup enseigne que mentir à répétition érode la confiance, de sorte que face à une véritable crise, on ne croit plus le menteur. C'est d'ailleurs l'origine de l'expression "crier au loup", soit déclencher une fausse alerte. Il semble que Trump, à propos paix, mérite le titre du menteur par excellence.
L'Arabie saoudite et le Qatar décideront cette semaine (ou la semaine prochaine) si les États-Unis lancent ou non une attaque contre l'Iran. Pourquoi ? Parce qu'ils subissent des pressions de la part de la Chine et de la Russie pour adopter une nouvelle stratégie de sécurité dans le golfe Persique en excluant l'armée américaine. Il y a deux semaines, Donald Trump a été contraint d'annuler l'opération "Project Freedom", un plan visant à utiliser la puissance aérienne américaine pour contraindre l'Iran à autoriser la pleine liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz, après que l'Arabie saoudite et le Koweït ont refusé aux États-Unis l'autorisation d'utiliser leurs bases/territoires comme plateformes d'attaque contre l'Iran. Sans les bases saoudiennes, les États-Unis perdent en effet toute capacité à ravitailler les avions de chasse nécessaires à l'attaque de l'Iran avec des missiles Tomahawk et JASSM.
Traduit par Spirit of Free Speech