Le rapport public qui détaille l'ingérence d'une boîte israélienne contre les candidats insoumis aux municipales a été caviardé et remisé dans un tiroir, révèle "Le Canard Enchaîné dans sa dernière édition. Ni les services de renseignement ni la justice ne cherchent à enquêter sur les auteurs de cette campagne de désinformation.
Le 5 mai, les membres du "Réseau de coordination et de protection des élections" une structure mise en place spécifiquement pour lutter contre les ingérences numériques étrangères, devait valider son premier rapport public.
Sauf que cela n'a pas été le cas.

L'un des membres de ce réseau, Christian Charpy, Président de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques, a exigé que des passages entiers soient caviardés, "pour que cela ne serve pas de tremplin à LFI !", écrit l'hebdomadaire. Et le rapport a été remisé.
La moitié du document était en effet consacrée aux manips ayant visé trois têtes de liste Insoumises, à Marseille (Sébastien Delogu), à Toulouse (François Piquemal) et à Roubaix (David Guiraud).
Comme l'avait déjà révélé "Le Canard", une officine israélienne est impliquée dans cette barbouzerie numérique. De faux sites Web, associés à des dizaines de comptes Facebook, avaient sali la réputation des trois candidats LFI en les accusant de toutes sortes de méfaits ("dérive islamiste", "pédocriminalité", "viols", etc.)
La société israélienne s'appelle (ou plutôt s'appelait car son site a été fermé) BlackCore, qui vantait ses talents pour contaminer internet.
C'est Viginum, un service créé par le gouvernement en 2021 pour repérer les intox numériques étrangères, qui a débusqué la mystérieuse boîte israélienne au cœur de la manip anti-LFI.
Plusieurs profils israéliens très intéressants ont été identifiés par Viginum, dont celui d'Yigal Unna, ex-patron de l'agence israélienne de cybersécurité et proche de Netanyahou, et celui de Nir Benita, ancien responsable au sein de l'unité d'espionnage 8200 de l'armée génocidaire.
Après que son rapport a été retoqué par le Réseau de coordination et de protection des élections, Viginum s'est empressé de remettre un doc encore plus fourni aux espions et contre-espions tricolores. Le 13 mai, selon les informations du "Canard", tout ce petit monde était réuni pour un comité opérationnel de lutte contre les manipulations de l'information. A charge, désormais, pour la DGSE (renseignement extérieur) et la DGSI (renseignement intérieur) de démasquer le ou les commanditaires se cachant derrière BlackCore.
Mais jusqu'à présent, les flics du contre-espionnage sont restés à la traîne sur le sujet. A Marseille, où la DGSI dispose d'une très grosse antenne, ses agents n'ont rien repéré de louche. A la mi-février, pourtant, un mois avant le premier tour des municipales, étaient placardées dans les rues des affichettes où figurait un QR Code renvoyant à un faux "Blog de Sophie" accusant Sébastien Delogu de violences sexuelles. Début avril, alors que Viginum avait déjà détecté BlackCore, la DGSI s'entêtait à clamer que l'affaire n'était pas "suffisamment caractérisée pour évoquer une immixtion étrangère".
Même manque d'entrain du côté de la justice. D'après les informations du "Canard", le procureur de Marseille a sollicité en vain, à la mi-avril, le Pôle national de lutte contre la haine en ligne, compétent en matière d'ingérence, pour que soient réunies dans une même enquête les affaires des trois candidats Insoumis. Trois mois après la campagne anti-LFI aux municipales, la justice n'a toujours pas cru bon d'ouvrir une enquête sur l'étrange boîte israélienne ayant orchestré la déstabilisation.
CAPJPO-EuroPalestine