
Par Marjorie Cohn, Spécial pour Consortium News, le 19 mai 2026
Le peuple cubain s'est engagé à résister à une nouvelle invasion américaine. Le président cubain Miguel Diaz-Canel a déclaré que la nation est un "État libre et souverain" doté du droit à "l'autodétermination", et ne "se soumettra pas aux ambitions" de Washington.
Depuis la révolution cubaine de 1959, le gouvernement américain cherche à provoquer un changement de régime à Cuba.
En 1961, la CIA a orchestré l'invasion ratée de la Baie des Cochons, lorsque des exilés cubains entraînés par la CIA ont débarqué à Playa Girón, sur la côte sud de Cuba. Ils ont été vaincus en deux jours par les forces militaires cubaines.
Au fil des ans, la CIA a organisé des centaines de tentatives d'assassinat contre le président cubain Fidel Castro et a soutenu une myriade d'actes terroristes contre Cuba.
Aujourd'hui, sous l'impulsion du secrétaire d'État cubano-américain Marco Rubio, le président Donald Trump s'achemine résolument vers un changement de régime à Cuba.
Trump affirme que Cuba sera la
"prochaine étape" après l'Iran. Il a déclaré qu'il "aura l'honneur de s'emparer de Cuba" et "que, qu'il la libère ou s'en empare, il pense pouvoir en faire ce qu'il veut".
Le 1er mai, jour où il a signé un décret renforçant les sanctions contre Cuba, Trump a déclaré que les États-Unis "prendront le contrôle" de Cuba "très rapidement".
Le procureur fédéral du district sud de Floride s'apprêterait à annoncer la mise en accusation de l'ancien président cubain Raúl Castro le 20 mai.
The White House@WhiteHouse "...THERE WILL BE NO MORE OIL OR MONEY GOING TO CUBA - ZERO ! I strongly suggest they make a deal, BEFORE IT IS TOO LATE. Thank you for your attention to this matter."- President Donald J. Trump 1:48 PM · Jan 11, 2026 · 4.37M Vues -- 6.56K Réponses · 25.1K Reposts · 121K Likes
On peut y voir un parallèle avec le prétexte utilisé par les États-Unis pour leur invasion illégale du Venezuela en janvier et l'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro, que les États-Unis ont également inculpé.
Ces dernières semaines, l'armée et les agences de renseignement américaines ont intensifié leurs vols de surveillance près de Cuba et dans les environs. Il s'agit là aussi d'un schéma comparable à celui des vols de reconnaissance américains dans les semaines qui ont précédé l'agression de janvier contre le Venezuela et la capture de Maduro.
Pendant ce temps, Washington prépare un autre prétexte justifiant l'attaque de Cuba. Des responsables cubains ont déclaréque l'administration Trump avance des "accusations de plus en plus invraisemblables" pour tenter de justifier, "sans la moindre légitimité, une attaque militaire contre Cuba". La déclaration cubaine réagissait à un article publié dans Axios, qui cite un responsable anonyme de la Maison Blanche affirmant que le gouvernement cubain "étudie des plans" de lancement de drones contre les États-Unis.
Trump durcit le blocus contre Cuba
Un automobiliste devant une fresque murale à La Havane, sur une photo non datée. "Abajo el bloque", ou "À bas le blocus". (© Desmond Boylan, CC-BY, Flickr)
La politique américaine de renversement de l'État cubain a été consacrée dans un mémorandum secret du Département d'État de 1960 qui recommande
"une stratégie qui, bien qu'aussi habile et discrète que possible, permette de porter un coup maximal en privant Cuba de fonds et de ravitaillement, afin de réduire les salaires monétaires et réels, de provoquer la famine, le désespoir et le renversement du gouvernement".
En réponse à ce mémorandum, le gouvernement américain a imposé un embargo illégal - devenu aujourd'hui un blocus punitif - à Cuba. Il est toujours en vigueur à ce jour.
Les préjudices causés par le blocus dépassent les 170 milliards de dollars, selon le ministère cubain des Affaires étrangères. Rien qu'en 2025, le blocus a coûté à Cuba 7,5 milliards de dollars.
Trump a pris plusieurs mesures pour durcir le blocus contre Cuba. Au cours de son premier mandat, il a annulé certaines mesures mises en place par le président Barack Obama pour assouplir le blocus. Trump a également imposé 243 nouvelles sanctions draconiennes dans le cadre de sa stratégie de "pression maximale" contre Cuba.
Aujourd'hui, Trump profite de son second mandat pour précipiter la chute du gouvernement cubain par des mesures sans précédent en termes de cruauté à l'égard de Cuba.
Le taux de mortalité infantile à Cuba est passé de 4,0 décès pour 1 000 naissances vivantes en 2018 à 9,9 en 2025. On estime que 1 800 nourrissons cubains sont morts. Ils auraient survécu sans l'intensification des sanctions américaines.
Le 29 janvier, Trump a publié un décret resserrant l'étau américain autour de Cuba. Le décret de Trump a déclaré que Cuba constitue "une menace inhabituelle et extraordinaire", sans citer la moindre preuve, et a averti vouloir imposer des droits de douane punitifs aux États fournissant du carburant à Cuba, qui dépend du pétrole pour 80 % de son électricité.
The White House@WhiteHouse Yesterday, President Trump signed an Executive Order declaring a national emergency and establishing a process to impose tariffs on goods from countries that sell or otherwise provide oil to Cuba. 4:25 PM · Jan 30, 2026 · 491K Vues -- 1.69K Réponses · 2.95K Reposts · 13.7K Likes
L'administration Trump a ensuite mis en place un blocus naval contre Cuba - considéré comme un acte de guerre.
Cuba dépendait du Venezuela et du Mexique pour s'approvisionner en pétrole qu'elle ne peut produire. Cuba n'a pas reçu le moindre baril de pétrole du Venezuela depuis l'invasion et l'enlèvement par les États-Unis. Les livraisons de pétrole en provenance du Mexique ont également cessé en réponse aux menaces de Trump.
Bien que l'administration Trump a autorisé la livraison de 100 000 tonnes de pétrole par la Russie le mois dernier, ce stock est désormais épuisé.
Le 13 mai, Cuba a annoncé être à court de carburant.
Le Bureau des droits de l'homme des Nations unies a averti en février que
"les unités de soins intensifs et les services d'urgence sont menacés, tout comme la production, la livraison et le stockage des vaccins, des dérivés sanguins et d'autres produits médicaux thermosensibles".
Cette déclaration poursuit :
"À Cuba, plus de 80 % des équipements de pompage de l'eau dépendent de l'électricité, et les coupures de courant compromettent l'accès à l'eau potable, à l'assainissement et à l'hygiène. La pénurie de carburant a perturbé le système de rationnement et le panier alimentaire de base réglementé, et a affecté les réseaux de protection sociale - alimentation scolaire, maternités et maisons de retraite -, les groupes les plus vulnérables étant proportionnellement les plus affectés".
En mai, les rapporteurs spéciaux des Nations unies sur le droit au développement, le droit à l'alimentation et les droits humains à l'eau potable et à l'assainissement ont déclaré que le blocus américain sur le carburant à Cuba équivaut à une "privation énergétique" avec de graves conséquences pour les droits humains et le développement global.
Le 1er mai, Trump a publié un autre décret, renforçant et élargissant le cadre existant des mesures coercitives unilatérales illégales (UCM) imposées à Cuba.
Ce décret a considérablement renforcé l'application extraterritoriale des mesures coercitives unilatérales (UCM) aux entités étrangères, aux particuliers et aux institutions financières engagés dans des relations commerciales ou économiques avec le pays. Il a également durci les restrictions sur les transactions financières internationales, le commerce, les voyages et l'accès aux systèmes bancaires et de paiement.
Mise en accusation imminente de Raúl Castro
Le président cubain Miguel Díaz-Canel à la Douma d'État russe, novembre 2022. (duma.gov.ru, Wikimedia Commons)
Depuis 1959, des organisations de droite anti-cubaines basées à Miami ont mené une campagne terroriste contre Cuba en vue de renverser le gouvernement castriste.
Parmi ces groupes terroristes figurent Brothers to the Rescue, Alpha 66, Commandos F4, la Cuban American National Foundation et Independent and Democratic Cuba. Ils ont opéré en toute impunité aux États-Unis - avec la complicité et le soutien du FBI et de la CIA.
Parmi leurs actes terroristes figure l'attentat à la bombe contre un avion de la Cubana au large des côtes de la Barbade en 1976, qui a coûté la vie aux 73 personnes à bord. Bien que la CIA ait su que des exilés cubains prévoyaient de faire exploser un avion de la Cubana, elle n'en a pas averti les autorités cubaines.
L'administration Trump serait en train de préparer une mise en accusation contre Raúl Castro pour avoir prétendument ordonné, en 1996, l'abattage de deux petits avions pilotés par Brothers to the Rescue (BTTR), qui ont coûté la vie à quatre personnes. Castro était alors ministre des Forces armées de Cuba.
En 1995, l'Administration fédérale de l'aviation américaine a déclaré enquêter sur BTTR (qui s'était livrée à une campagne de largage de tracts antigouvernementaux au-dessus de Cuba) pour violation de l'espace aérien cubain.
Le pilote José Basulto, ancien agent de la CIA et vétéran de l'invasion ratée de la Baie des Cochons, a fondé BTTR. Au cours des années 1990, BTTR a fait partie d'un réseau qui a perpétré des attentats à la bombe contre des cibles touristiques cubaines, des complots d'assassinat et des opérations paramilitaires contre Cuba.
Cuba avait averti Basulto de ne pas franchir le 24e parallèle, une ligne située à environ 40 à 60 miles au nord de la côte cubaine. Bien qu'elle fasse partie des eaux et de l'espace aérien internationaux, Cuba considère la zone s'étendant jusqu'à cette ligne comme son espace d'exclusivité sécuritaire. L'espace aérien cubain s'étend jusqu'à 12 miles au large de ses côtes.
Le 26 février 1996, Basulto a informé le contrôle aérien de La Havane qu'il allait franchir le 24e parallèle et voler au nord de La Havane. Le contrôle aérien cubain a répondu :
"Nous vous informons que l'espace aérien au nord de La Havane est verrouillé. Vous prenez un risque en pilotant au sud du 24e parallèle".
Basulto a répondu :
"Nous savons que nous courons un danger chaque fois que nous survolons la zone au sud du 24e parallèle, mais nous sommes prêts à le faire en tant que Cubains libres"."Selon les pilotes cubains et le commandement aérien, deux des avions pirates se trouvaient à une distance de cinq à huit milles des côtes cubaines",
a déclaré Roberto Robaina González, alors ministre des Affaires étrangères de Cuba, dans une déclaration devant l'Assemblée générale des Nations unies.
Les avions du BTTR ont été abattus par des chasseurs MiG cubains. Quatre personnes, sans compter Basulto, ont été tuées.
"[Le BTTR] a commis des actes délibérés, qui n'étaient pas de nature civile et ont violé à la fois le droit international et la souveraineté de Cuba",
a déclaré l'ancien ministre cubain des Affaires étrangères Ricardo Alarcón à l'ONU peu après la destruction des avions.
"Ils étaient également liés à des crimes particulièrement graves contre le peuple cubain".
Les Cinq Cubains
Raúl Castro Ruz, alors président de Cuba, s'adressant à une assemblée des Nations unies à Rio de Janeiro en 2012. (Photo © ONU)
Face au terrorisme anti-cubain, cinq hommes - connus sous le nom des Cinq Cubains - se sont rendus à Miami depuis Cuba pour recueillir des renseignements afin de prévenir de futurs actes terroristes contre Cuba. Ils ont infiltré pacifiquement des groupes criminels d'exilés, puis ont remis les résultats de leur enquête au FBI. Mais au lieu de coopérer avec Cuba pour mettre fin au terrorisme dont elle était victime, le gouvernement américain a arrêté ces cinq hommes.
Les Cinq Cubains - Gerardo Hernández, Fernando González, René González, Ramon Labañino et Antonio Guerrero - ont été reconnus coupables en 2001 de chefs d'accusation criminels, notamment de complot en vue de commettre des actes d'espionnage et de complot avec intention de commettre un meurtre, lors d'un procès devant le tribunal fédéral de district de Miami. Ils ont été condamnés à quatre peines de prison à perpétuité et à 75 ans de prison au total.
Hernández a été reconnu coupable de complot en vue de commettre un meurtre en lien avec la destruction en vol de l'avion de la BTTR en 1996.
En 2005, un panel de trois juges de la Cour d'appel du 11e circuit des États-Unis a annulé à l'unanimité les condamnations des Cinq Cubains. Mais les condamnations ont été rétablies par une décision de l'ensemble des juges de la Cour d'appel du 11e district.
La juge Phyllis Kravitch a écrit dans son opinion dissidente que le gouvernement n'a pas présenté de preuves suffisantes pour établir hors de tout doute raisonnable que Hernández avait accepté de participer à un complot visant à abattre des avions dans l'espace aérien international, entraînant la mort de quatre membres de Brothers to the Rescue.
Les cinq hommes ont ensuite été libérés en 2011 et 2014.
En 2015, alors que Barack Obama œuvrait à la normalisation des relations entre les États-Unis et Cuba, je suis allée à Cuba où j'ai rencontré René González et Antonio Guerrero.
"Nous avons été envahis par les troupes américaines en 1898. Puis nous sommes devenus les sujets du gouvernement américain et surtout des grandes entreprises américaines. Puis vint la Révolution, qui a tenté de rétablir l'équilibre", m'a confié González. "Puis une nouvelle étape a débuté, marquée par les agressions, le blocus et les politiques hostiles à Cuba, qui durent depuis plus de 56 ans. On ne peut pas s'attendre à ce qu'une première de la normalisation des relations de l'histoire soit un processus facile".
La normalisation, a poursuivi González, exigera
"le démantèlement de tout le système d'agression contre Cuba, en particulier le blocus. Tout le monde sait à quel point il a été préjudiciable au peuple cubain. Cuba est une petite île. Depuis 50 ans, elle est asphyxiée par la plus grande puissance du monde. Le coût a été lourd pour le peuple cubain et pour son économie"." Depuis 1959, Washington poursuit son obsession singulière, quasi fanatique, de renverser la Révolution cubaine et de rétablir les carcans néocoloniaux qu'il a autrefois imposés à l'île",
a écrit Eric Ross dans un article republié aujourd'hui par Consortium News.
"Son objectif a été non seulement de saper la transition sociale et les engagements internationalistes de Cuba, mais aussi d'anéantir le message véhiculé par la révolution, à savoir qu'une alternative à l' hégémonie américaine et au sous-développement capitaliste existait bel et bien".
Le peuple cubain a juré de résister à une nouvelle invasion américaine. Le président cubain Miguel Diaz-Canel a déclaré que Cuba est un
"État libre et souverain" jouissant du droit à "l'autodétermination", et qu'il ne "se soumettra pas aux ambitions américaines".
Lundi, Diaz-Canel a déclaré que
"Cuba, qui subit déjà une agression multiforme de la part des États-Unis, dispose du droit absolu et légitime de se défendre contre une offensive militaire, qui ne peut logiquement ni honnêtement servir de prétexte pour imposer une guerre au courageux peuple cubain."Cuba ne représente aucune menace et ne nourrit aucun plan ni aucune intention agressive vis-à-vis d'aucun pays. L'île a toujours été exempte de tels desseins envers les États-Unis, ce que leur gouvernement sait pertinemment, en particulier ses agences de défense et de sécurité nationale".
Il a averti qu'une attaque militaire américaine contre Cuba pourrait avoir des conséquences dévastatrices pour les États-Unis, Cuba et la région.
"Si elle se concrétise, elle déclenchera un bain de sang aux conséquences irréversibles, sans compter l'impact destructeur sur la paix et la stabilité régionales", a-t-il ajouté."Rien ne leur permet de résister efficacement à une invasion ou à une attaque américaine si elle se produit",
a déclaré William LeoGrande, expert de Cuba et professeur à l'American University, au Wall Street Journal. Mais le gouvernement cubain prévoit de mener une guérilla si les États-Unis occupent Cuba.
"Pas besoin de grand monde pour vraiment mettre des bâtons dans les roues à un occupant".
Traduit par Spirit of Free Speech
* Marjorie Cohn est professeure émérite à la Thomas Jefferson School of Law, doyenne de la People's Academy of International Law et ancienne présidente du National Lawyers Guild. Elle siège aux comités consultatifs nationaux de Veterans For Peace et d'Assange Defense, est membre du bureau de l'Association internationale des avocats démocrates et représente les États-Unis au conseil consultatif continental de l'Association des juristes américains. Elle est l'auteure, entre autres, de Drones and Targeted Killing: Legal, Moral and Geopolitical Issues.

