Par Davy Hoyau
Essai sur la détermination d'indicateurs du capital humain et du capital naturel
Résumé
Cet essai vise à répondre à la question : Comment mesurer le facteur humain et le capital naturel ?
La méthode immédiate consiste à choisir des critères qui les définissent et d'en faire la mesure, mais très vite on bute sur le problème qui consiste à faire que ces données aient du sens, soient opérationnelles, et surtout que leur mesure soit objective.
Le mieux est de demander directement leur avis aux personnes concernées lors de sondages. L'humain est détenteur d'une connaissance qui doit être sondée. De plus, le cumul statistique des réponses a plus de valeur que d'essayer d'extraire du sens de données parcellaires. Enfin, nous disposons d'un nouvel outil qui permet de quantifier rationnellement les jugements.
Dans une deuxième itération (qui se trouve dans les blocs de texte) — le Comment détermine le Pourquoi — nous irons un peu plus loin que la question initiale : pourquoi mesurer le facteur humain et naturel ? La plupart des données sont inutiles au système économique. Or justement on fait face à un problème majeur, ce qui est inutile n'est pas neutre, il est gâché, et détruit, et on découvre que sur lui repose tout le reste. Il est donc indirectement utile. Et précisément, le système se marche sur les pieds quand il oblitère par mégarde les racines de sa propre croissance.
En définitive, ce que la recherche de profit engendre le plus, c'est d'empêcher, de contraindre, d'aplanir, de rendre impossible ce sur quoi il se fonde. Il ronge ses propres prémisses. La plupart des carences du système, au niveau humain et écologique, sont ce que la recherche de profit empêche de laisser se développer librement.
Cette volonté de contrôle sur tous les aspects de la vie est une lutte sans fin, dans le sous-but de s'en servir comme variable d'ajustement. Or précisément la question est de remettre l'humain au centre de l'activité économique. C'est à dire de faire de ces données ce qui détermine la valeur de ce que nous faisons.
Nous utilisons le format Why — What — How, et nous ajoutons quelques digressions philosophiques dans des blocs de texte.
Introduction
Lors de la conclusion de l'Open Dialogue, quatre lauréats étaient commentés par des experts sectoriels, ainsi que l'économiste et Chef de cabinet de la présidence, Maxim Oreshkin.
La proposition du lauréat Soumya Bhowmick consistait à remarquer que le PIB n'exprimait pas ce sur quoi il se fonde, à savoir ce qu'il nomme "le capital sous-jacent", constitué du capital humain et du capital naturel. Il les décrit comme imbriqués et évoque leurs interactions mutuelles. Il proposait, à la place du PIB, un indicateur composite qui tienne compte des facteurs humain et naturel, afin "d'améliorer l'indicateur de performance et comparer les économies du monde entier".
Cette idée a été accueillie positivement par ses pairs, et commentée avec brillo 1)-2_314444');" name="nh(1)">(1) par Maxim Oreshkin, qui a rappelé que "Il ne faut pas oublier que le but est le développement humain. Le Pib n'est pas une fin en soi, c'est un outil, pour parvenir à quelque chose. Quel est notre objectif principal ? C'est le développement de l'humain. L'homme devrait être au centre de tout. Et nous devons apprendre à mesurer et à comprendre comment une plateforme de développement, dans un pays donné, peut garantir le développement maximal du potentiel humain. Du point de vue de la santé, de la nutrition, et des émotions".
D'autres remarques qu'il a faites nous ont parues très probantes : "Et je suis sûr que la majorité des personnes dans cette salle serait d'accord pour dire que cela devrait être l'objectif ultime de toute cette société sur Terre. Libérer le potentiel de chaque humain. Comment mesurer cela ?". "Ce n'est pas une fin en soi. La production est toujours liée au potentiel humain, et l'économie est au service de l'homme, et non l'inverse."
Il a même expliqué que la question n'était pas nouvelle : "Des centaines d'esprits brillants ont déjà cassé leur claviers et leurs stylos, en essayant de décrire cela correctement. Même si nous ne trouvons pas cette solution, nous devons toujours garder à l'esprit cette idée : Comprendre pourquoi nous vivons, pourquoi nous faisons tout cela. Et c'est pour nous entraider et progresser. En fait il devrait s'agir d'une approche centrée sur l'humain, pour développer le potentiel de l'humain, et préserver la vie et la santé".
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Why ?
Comme nous ne sommes pas économistes, on s'abstient de s'aventurer au-delà de nos limites et on s'en tient à ce qui est clair pour nous. Les commentaires sont les bienvenus.
Pourquoi vouloir un autre indicateur que le Pib ? Pour cela il faut se demander à quoi sert le Pib, et en terme général à quoi sert un indicateur.
Le Pib est une mesure quantitative de la production marchande, en termes monétaires. L'attention qu'on y prête est relative à la recherche de croissance économique.
Mais cette mesure comptable ne dit rien de l'activité économique qui la sous-tend, du progrès social, des ratés, de la gratuité (matérielle et immatérielle), de l'utilité ou de la qualité de l'activité économique. Il ne tient pas compte des effets délétères de la surconsommation, à un moment où de nombreuses limites planétaires sont dépassées.
Nous, on remarque surtout la propension naturelle à accorder aux chiffres, bien que formels et stricts, une valeur de vérité. Il est indéniable que la lecture de ce chiffre est complètement subjective, et sa signification nous semble un peu comme une armoirie de chevaleries, afin de prouver qui est le meilleur.
Nous sommes ici dans une "illusion de profondeur" (titre d'un livre de psychologie), où le cerveau choisit la facilité pour y trouver du sens au lieu de creuser la question. C'est un symbole. Nous ce qu'on veut c'est justement fonder notre jugement sur des faits. Le but n'est pas de dire "Qui est le meilleur", mais "Qu'est-ce qui est le meilleur".
Il est vrai que le succès des Brics se mesure avec les outils des empires, ce qui est comme une humiliation pour eux, en prônant des parts de marché toujours plus grandes. Mais est-ce tout ce qui compte ?
Le capital humain et le capital naturel
Il est pour le moins étonnant de se plaindre d'un indicateur et de l'importance qu'on lui accorde, quand il en existe déjà une pléthore d'autres qui pourraient être mis en exergue.
Des initiatives existent, telles que le Pib Vert (SEEA) ou l'Empreinte écologique, pour comparer le volume de consommation à la quantité de surfaces nécessaire pour y faire face.
En particulier, les notions de capital naturel et de capital humain ont été développées pour pallier aux insuffisances du Pib. Donc en soi notre proposition n'est pas nouvelle. Cependant ces indicateurs manquent de consistance, ne serait-ce qu'en raison de la dialectique qui est employée. Le terme-même de "capital" est remis en cause, tant il est réducteur, et utilitariste.
(1) Le capital humain sont les prédispositions qui construisent l'identité de l'humain, sans laquelle il est dominé par ses pulsions. Elles déterminent son idiosyncrasie, en fonction de laquelle il trouve sa place dans la société. Que ce soit par le sport, la littérature, la musique ou les sciences, ses prédispositions déterminent le cadre de son bien-être, qui l'encourage à exercer, approfondir puis à transmettre ses connaissances. Ou à les oublier.
On définit le plus souvent le capital humain comme l'addition des compétences, de l'expérience et du savoir. Ces termes nous paraissent abstraits. Leur évaluation est incertaine.
Ce sont des critères qui permettent à l'individu de travailler pour lui et pour les autres. Il ne met jamais ses dispositions au service des autres que librement ; et sans cette liberté, ces compétences sont drastiquement réduites. De même il souffre de ne pas pouvoir les exercer ou de les voir gâchées, mal utilisées ou de devoir les abandonner par nécessité alimentaire. Il y a énormément de compétences qui auraient aimées être acquises et ne le seront jamais, et d'autres qu'on ne découvre que tardivement, faute de temps pour vivre et penser.
Par expérience personnelle, rien que le métier d'ingénieur logiciel, pourtant très formel puisque la qualité se mesure à l'utilité, n'a jamais permis d'élucider les compétences réellement pertinentes, qui se rapprochent un peu de l'horlogerie. Il n'est même pas reconnu officiellement que le champ sémantique activé au niveau cérébral nécessite un niveau de concentration incompatible avec une des interruptions constantes. Ou que le fait de prendre tout le temps qu'on veut pour perfectionner des systèmes constitue un gain de temps phénoménal sur le long terme. (C'est une parenthèse !)
Les systèmes de classement du capital humain tiennent compte des dépenses, de la proportion de personnes formées, du ratio au Pib et du potentiel de croissance. La Suède et le Danemark se placent en tête de position.
On l'appelle aussi le "capital immatériel" et ses enjeux sont de l'ordre de l'efficacité. Ainsi on s'inquiète naturellement du gâchis de ce capital, du capital inusité, et du fait que les entreprises utilisent ces compétences comme si elles étaient un consommable, jusqu'à ce qu'elles soient obsolètes, sans penser une seconde à en créer de nouvelles et en préférant déléguer la formation spécifique à des externalités ; ce qui entre en jeu dans la norme ISO 30414 qui en fait le bilan. En clair ils pratiquent le turn-over au lieu de former les employés.
Le modèle 3C du capital immatériel tient compte des compétences, des comportements et de la créativité. Et enfin il convient de distinguer les compétences transférables de celles qui ne le sont pas.
On voit que le principal problème est la mesure du capital immatériel, qui se limite à ce qui est utilitaire, et qui repose sur ce qui ne l'est pas. Le cadre formel dicté par des intérêts immédiats écarte, ne serait-ce que, les qualités de parents, les relations d'admiration et d'inspiration, ou la simple générosité sans laquelle le système capitaliste ne tiendrait pas debout une minute.
D'autre part, c'est malgré le système social que les compétences les plus merveilleuses sont acquises, et quand elles sont exploitées, il est très fréquent qu'elles proviennent du temps-libre et des passions. Par exemple toute l'ère moderne de l'informatique est fondée sur des logiciels libres qui ont été fabriqués sur le temps de loisir des ingénieurs qui rêvaient de meilleures solutions, et de donner au peuple les mêmes moyens de production qu'aux industriels.
Le système marchand ne sait que : faire usage de la part du génie humain qui l'arrange, mais n'encourage, ni ne sait que faire de la plupart de celui-ci. Au contraire, il le décourage.
On aime bien l'expérience de pensée de l'invention d'une énergie libre et gratuite — en confinant de l'antimatière dans une bulle de plasma — et de voir l'accueil qui lui serait réservé par les vendeurs de pétrole. Plus récemment le simple terme de la robotisation a poussé le système dans les limites de ses contradictions, en gagnant une productivité qui n'est pas compensée par la réduction de capacité de consommation.
(2) Le capital naturel
Il s'agit du stock de ressources biotiques. Ce sont les ressources naturelles qui peuvent servir comme moyen de production.
Un des enjeux du fait de prendre en considération le capital naturel est la prévention de son érosion.
Dans l'école classique et néoclassique, la terre n'est pas considérée comme un facteur de production. Ainsi, elle est de facto considérée comme une ressource illimitée, impérissable et gratuite. En réalité tout ce qui pousse, est gratuit. Les minéraux extraits du sol sont gratuits, hormis le cumul de temps de travail qu'il faut pour l'extraire (et donc fabriquer les outils, qui eux-mêmes nécessitent d'autres ressources etc.).
Moi en tant que non-économiste il me paraît assez contradictoire de puiser dans la gratuité pour en faire une valeur marchande, alors que le système économique est sensé fonctionner en circuit fermé. Mais on m'expliquera !
Le capital naturel est employé par les objectifs de développement durable qui consistent à ne pas nier les impacts négatifs du système, et d'entreprendre les actions qui permettent la perpétuation de ce système (ce qui est contradictoire là aussi).
Intégrer les notions de capital humain et de capital naturel vise à rajouter de nouvelles barrières et de nouvelles contraintes à un système économique qui ne survit déjà plus que par la création incessante de nouvelles guerres et destructions à but lucratif. Le marché des armes et de la drogue sont les plus porteurs.Il va de soi que la cécité mentale à propos de l'autodestruction est assimilable à une violence internalisée portée par une pulsion de mort. Elle est simple de la résoudre, en adressant les causes situationnelles.
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Quelles alternatives au Pib ?
Il existe des approches pour trouver une alternative au PIB, notamment de l'UNCEEA 2)-6_314444');" name="nh(2)">(2) qui a tenté de produire un Système de comptabilité environnementale économique (SEEA).
Nous, on s'étonne que ce qui détermine la santé d'un pays ne soit pas étendu aux études menées sur le respect du droit humain 3)-8_314444');" name="nh(3)">(3), de la liberté de la presse, ou de la part de budget consacrée à la guerre, qui devrait agir négativement.
Quoi qu'il en soit, si un nouvel indicateur devait être créé pour signifier la pertinence des choix économiques, il pourrait soit remplacer le PIB, soit l'accompagner, soit le pondérer, soit l'incorporer comme l'une de ses composantes.
Dans la solution qu'on propose, on a choisi de le pondérer, de façon symptomatique. Mais le mieux serait de l'incorporer à un système plus vaste.
Ce qui nous intéresse est de produire un indicateur qui réponde aux spécifications de Soumya Bhowmick, à savoir tenir compte de ce sur quoi se fonde le PIB, tels que la santé, et l'état des ressources. (En Inde le facteur des fortes températures a un impact particulier).
L'auteur fait également remarquer qu'on ne peut prendre de décision que sur la base de données objectives et vérifiables, et que c'est ce qui limite les indices portant sur l'humain et la nature. Dans ce sens il est relativement naturel que des considérations incertaines ne puissent pas être prises en compte rationnellement.
Ce qui nous semble important à clarifier, et de savoir ce qui influe au premier degrés, en seconde instance de récursion (en mesurant les effets délétères), et la base invisible sur laquelle l'ensemble se fonde (ce qui ne échappe à tout calcul et tout contrôle).
Karl Marx parlait déjà de "gestion rationnelle des échanges entre l'homme et la nature".
La question de fond à résoudre est celle qui est vaillamment posée par Oreshkin : "Comment remettre l'humain au centre, et non pas en faire une variable du système ?". (Nous paraphrasons).
Pour cela nos indicateurs doivent acquérir la fonctionnalité qui consiste à encourager l'investissement dans ce qui est profitable à l'humain, et par voie de conséquence secondaire, à l'économie. C'est à dire de ne plus penser à court-terme, mais de façon holistique, simplement en raison du fait que c'est plus rentable.
Allégorie de l'AmazonieUne image que nous utilisons souvent pour illustrer la bêtise de l'appât du gain, est de raser une forêt pour en faire des allumettes, détruisant ainsi tout ce qui y vit. En France on parle souvent de bétonner des zones humides, qui sont impossibles à reconstruire.
Ceci illustre le fait qu'une vision utilitariste a le pouvoir de détruire des potentiels qui lui sont inconnus, et ne peuvent donc pas être pris en compte. C'est l'adage de la destruction par la vision. Le fabriquant d'allumettes achète cette forêt pour la faire correspondre à ce qu'il connaît et qui l'intéresse. Le reste n'a pour lui aucune valeur.
Il faut pourtant être aveugle pour ne pas voir toute la vie que suppose une forêt, ses centaines d'espèces animales et dizaines de milliers d'espèces végétales endémiques et uniques, les composés chimiques qui potentiellement feraient de nouveaux médicaments, les études fascinantes qui peuvent être faites sur les écosystèmes, sa capacité à réguler le climat à grande échelle, etc... Et ne serait-ce que sa beauté, sa splendeur, et le fait que cela faille du bien de s'y promener.
Pourquoi cette rapacité ? Pourquoi vouloir en tirer quelque chose ? Pourquoi ne pas au contraire vouloir servir cette nature, et simplement l'admirer ?
Une autre analogie que j'utilise souvent, est celle qui consiste à raser l'Amazonie pour le profit. Que fera-t-on le jour où elle sera entièrement réduite à un vaste désert de sable ? À ce moment-là on fera — en étant contraints — exactement ce qu'on aurait pu faire avant qu'elle ne soit réduite à un désert aride, en étant libres et en se laissant une marge de manœuvre : faire avec ce qu'on a déjà.
- Mai 2026 : Au Mexique, la mangrove protégée de Mahahual, deuxième plus grand récif corallien au monde sur lequel vivent 300 espèces animales dont 45 qui sont protégées, veut être bétonnée pour y construire un parc aquatique, avec des toboggans, qui fera faillite dans dix ans. 4)-10_314444');" name="nh(4)">(4)
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Il est vain de vouloir objectiver l'intégralité des facteurs qui font une civilisation, en utilisant des ustensiles dédiés à mesurer le poids, la taille et le temps.Et il est idiot, après avoir nié l'impact négatif du Système, de s'en étonner, et de se retrouver forcés de corriger ses méfaits, afin justement de continuer à se voiler la face à propos des causes profondes.
Enfin il est inquiétant de vouloir élucider et conscientiser l'infinité des facteurs qui entrent en compte dans la conception de l'univers et la matière, la conscience et la destinée, si c'est pour en faire de nouveaux instruments de contrôle et des "indicateurs" dont il faut vérifier la conformité, et sur lesquels on prétend pouvoir agir, de façon arbitraire, en prétendant résoudre "un problème", et en en provoquant mille autres.
La question est toujours celle du contrôle et du pouvoir. La volonté de "tout contrôler" procède d'un sentiment d'insécurité. C'est impossible, et cela relève de l'hypervigilance traumatique. Savoir traiter n'importe quel problème quand il se présente ne nécessite pas de recette pré-établie, mais une véritable intelligence. L'intelligence est gratuite et instantanée, alors pourquoi vouloir l'économiser ? 😂
Or justement, si au lieu de modeler la réalité, on utilisait cette énergie à mieux la comprendre et la connaître, la mesurer, et l'étudier, alors les solutions couleraient de source. Et dans ce cas, il s'agit d'un renversement, puisqu'on se déleste de la volonté de contrôle et de pouvoir, et on peut se concentrer sur la recherche d'harmonie avec ce qui existe, et qui est le fruit de la volonté populaire.
What ?
La solution que nous proposons pour ériger des indicateurs qui portent sur des facteurs qui relèvent de l'entendement, est de les sonder directement après des gens. On va voir que ce que nous appelons des facteurs subjectifs sont en réalité plus vastes que des opinions. Cela recouvre à la fois les facteurs complexes, prospectifs, et qualitatifs.
Les facteurs subjectif
1. La mesure du long-terme
Comme on l'a vu, tout ce qui n'est pas pris en compte n'est pas seulement laissé à l'oubli, mais surtout détruit. Ils ne sont pas pris en compte parce qu'ils n'ont pas de valeur immédiate, mais surtout parce qu'il est difficile de les quantifier.
Comment le quantifier ? C'est là qu'entrent en jeu les facteurs subjectifs, et avec eux des facteurs qui paraissent subjectifs à un système fondé sur le court-terme : les facteurs sur le long-terme.
C'est à dire que pour prendre en compte ce que le système — aliéné par le court-terme — ne peut pas prendre en compte (légitimement, à son stade actuel de développement), il faut s'en remettre au jugement populaire. C'est là que se trouve une source de données sous-exploitée, dont la sous-exploitation constitue une carence.
On peut donc ranger les considérations sur le long-terme, non pas comme le résultat de puissants calculs sophistiqués, mais comme ce qui simplement résulte de l'entendement. Aucune puissance de calcul ne rivalise avec cela.
2. Les facteurs humains
Il s'agirait de faire un audit qui interroge sur des questions telles que la foi en l'avenir, les tendances psychosociales, le confort de vie, le fait de se sentir à sa place et d'aimer son travail, etc. Quelle substance conférer au PIB si on ne tient pas compte de la solidité de l'édifice qui le produit ? Et comment les problèmes de société ont-ils une chance d'être entendus et réglés si on n'a pas d'outil pour les mesurer ?
Encore une fois, la complexité, la pluralité et l'incertitude des outils de mesure pourrait se fondre en un simple audit populaire.
3. Les facteurs écologiques
Lorsqu'on parle d'écologie, il s'agit de tenir compte de facteurs complexes, fortement imbriqués et dépendants. Pour donner un exemple, couper un seul arbre, c'est détruire l'abri de dizaines d'espèces vivantes, détruire les racines communes avec d'autres arbres à proximité qui perdent leur résilience, confisquer des nids aux oiseaux, faire augmenter la température, diminuer la capacité à retenir l'eau de pluie, diminuer l'absorption de CO2, etc. Le facteur macroscopique peut être compris simplement par le terme de l'entropie : une diminution de l'information (la mort).
Comment mesurer tout cela ? Il se trouve que lorsqu'on coupe un arbre cela fait mal au cœur, et cela suffit pour nous (principe de l'information suffisante). De même, lorsque les animaux sont maltraités, lorsque la terre est polluée, on est scandalisé, et c'est honteux. Ce sont des valeurs qui contribuent objectivement au bien-être de l'humain, et qui sont ressenties objectivement.
Ce sont très typiquement des sujets de l'adage "Nul ne peut ignorer la loi". Tout le monde sait ce qui est bien ou mal ; il est facile de deviner ce que diront les témoins des actes de destruction, ou les générations futures.
La disparition de l'humus ne semble inquiéter personne, et même ce mot est peu usité. Pourtant c'est le premier maillon de la chaîne alimentaire, qui confère leurs propriétés nutritives aux aliments, et il n'est pas renouvelable. Il contient les 16 oligo-éléments essentiels à la fondation des végétaux. L'industrie n'en fournit que deux, dont l'azote. Il n'y a que quinze centimètre d'humus à la surface de la terre cultivable, et il sans cesse est laminé 5)-12_314444');" name="nh(5)">(5). Son absence remet en cause les techniques agroécologiques, que les cultivateurs ont été forcés d'abandonner.
Ces données, et les tendances qu'elles affichent, doivent nécessairement être prises en compte, en particulier lorsqu'elles atteignent des seuils critique d'effondrement soudain. On sait par exemple qu'une forêt partiellement rasée pour y implanter des panneaux solaires, peut s'effondrer totalement.
Donc à la fois les données complexes, les données macroscopiques, et le simple bon-sens qui prévient efficacement contre ce que la science peine à prouver, ou sur quoi elle ne s'est pas encore penchée.
Le terme de macroscopique peut être compris par l'image de la mesure de l'énergie de l'ensemble des molécules d'eau dans un verre, qui requiert une somme de calcul infini. Mais cela peut être mesuré facilement, grâce à la température. Dans les exemples que nous prenons, nous n'aurions pas d'autre instrument que le doigt pour la mesurer.
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La quantification des jugements
Les jugements ne sont jamais fiables, car l'humain "dysfonctionne normalement" (dit-on en psychologie). Il est pétri de croyances, de peurs, et de préjugés. Mais lorsqu'il est mesuré de façon statistique, il tend vers une vérité universelle.
Tel que nous l'avons présenté, l'algorithme d'agrégation des valeurs subjectives, est le seul moyen de convertir une qualité en une quantité, et donc de faire de la qualité, le sujet.
Le résultat prend la forme d'une liste ordonnée des préférences sondées, dans un groupe social.
Il est intéressant de s'apercevoir qu'il est nécessaire de sonder la multitude pour obtenir une donnée significative.
Le système de vote par jugement majoritaire 6)-14_314444');" name="nh(6)">(6) — que nous appelons parfois sondage qualitatif — est fiable s'il est utilisé tel que les auteurs l'ont conçu, en particulier :
En terme général, le sondage qualitatif encourage au maximum la sincérité des réponses car les résultats déjouent toutes les stratégies de contournement. C'est pourquoi les questions doivent être simples et sans inductions non-dites.
Par exemple, au sujet de l'éthique d'une décision, nous prenons sa définition : "ce que la somme des conséquences d'un choix libre dit de la valeur de ce choix". L'éthique est une notion subjective au moment de commettre un choix libre, mais elle devient objective, rétropositivement, quand les conséquences sont mesurables.Une question à propos de l'éthique pourra ressembler à "Pensez-vous que cela vaille le coup de faire ceci ?", avec des mentions telle que "les conséquences à long terme sont supérieures aux conséquences à court-terme", "égales", "inférieures", "nulles dans les deux cas", "positives dans les deux cas". (Il faut obligatoirement cinq ou sept mentions).
De plus il faut proposer plusieurs choix, en citant des candidats, ou des solutions candidates A, B, C, etc. d'un nombre supérieur ou égal au nombre de mentions.
De cette manière on peut interroger la conscience collective sur son intérêt, par exemple, pour les biotechnologies. Et ainsi, disposer d'une base fondamentale à propos de la bioéthique.
Et c'est là que cela devient intéressant :
On considérera que le jugement populaire a valeur de vérité. Pour le moins, même si quelqu'un estime que ce jugement est discutable, et nécessite une évolution sociale, le jugement populaire prévaut sur un autre jugement qui aura été décidé arbitrairement et unilatéralement.
On peut étendre cet exemple à l'épandage de produits chimiques sur les champs ou l'atmosphère, l'usage d'OGM, ou toute autre action contre-nature de ce genre. Faire cela sans demander l'avis du peuple, qui est le premier à en subir les conséquences, constitue une lésion. (Note perso : en entreprise, prendre une décision sans consulter son supérieur, vaut un renvoi immédiat !).
En conclusion, les données subjectives, et les données qu'elles embarquent telles que les données complexes, prospectives, ou objectives qui n'arrivent pas à être prises en compte dans un calcul de rentabilité directe, peuvent être mesurées par le truchement de l'opinion populaire, sur laquelle se fonde une sagesse et une préséance contre les les choix imposés arbitrairement.
C'est cela qui permet d'opérer le renversement qui consiste à placer l'humain et la nature au centre des décisions. 💯
How ?
Une question qui se pose sera : quel usage réservera-t-on aux mesures qui auront été été faites, et probablement : comment les compiler en un seul indicateur général, peut-être appelé "indice d'efficience" ?
En réalité, ce qui nous occupe le plus est de savoir comment de tels "indicateurs" seront porteurs de sens ?
Observation sur le sens des motsDurant notre présentation 7)-16_314444');" name="nh(7)">(7), nous évoquions — comme l'a fait Oreshkin — le fait que de nombreux économistes ont butté en touche, par exemple pour définir la "valeur d'usage" (introduite par Marx, et reprise par Samir Amin et François Houtard) — qui s'oppose à la valeur d'échange. Sergueï Glazief a également produit des solutions qui nous ont parues lumineuses et puissantes, en introduisant des monnaies fondées sur des paramètres, puis plus tard en réduisant leur puissance en l'indexant sur les matières premières (si j'ai bien tout compris !). Le problème était d'utiliser des paramètres dialectiques. Dès qu'on fait cela, on impose ses visions et on verrouille celles des autres.
Ce problème est devenu simple à définir grâce aux avancées en psychologie et en philosophie (comme beaucoup d'autres problèmes de la philosophie antique qui du coup deviennent un peu désuets) même si pour l'expliquer il faut passer par le mathématicien Gödel. En peu de mots, lorsqu'un énoncé est insuffisant pour déduire ses postulats, nous sommes dans le règne de l'incomplétude, par opposition à ce qui se passe dans la logique classique des mathématiques du premier degrés, où les déductions sont mécaniques.
La logique, ce sont des mathématiques avec des mots. Les propositions sont dialectiques. Elle embarquent des croyances, des attentes, des illusions, et ce sont elles qui entrent en collision lors d'une discussion autour de ce qui ne sont finalement que des symboles. Beaucoup de mots courants sont utilisés comme des réifications de concepts combinés, comme le mot Conscience, Liberté ou Nature. Il faut sans cesse leur fournir un cadre de définition propre à chaque discussion. L'astuce est de revenir à leur fonctionnalité. "La Conscience résulte de la Liberté".
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Dès lors, pour une théorie économique qui cherche à produire un sentiment d'équité universelle, il est très périlleux de délibérer arbitrairement sur le sens des mots, et de s'en convaincre en prenant pour preuve la démonstration qui se fonde sur ces définitions. La valeur d'usage en particulier, consiste à se demander "À quoi sert ce que je fait avec cet objet ? Est-ce utile au monde ? N'y a-t-il pas mieux à faire avec cet objet ? Qui en décide ?". Comment mesurer cela ?
Dès qu'un postulat est décidé unilatéralement, même par le meilleur expert et le plus grand philosophe de la Terre, il est imposé aux autres, et il détruit les autres définitions qui peuvent devenir nécessaires. Par exemple, on observe comme le mot "économie" ne veut absolument pas du tout dire "économie" dans le sens où ce serait un meilleur ratio entre l'énergie dépensée et l'action obtenue. On parlerait d'optimisation s'il ne s'agissait que de d'une moindre énergie pour une action égale.
Notre système marchand, lui, réduit le contexte de définition des mots à leurs acceptions les plus odieuses, au sens de l'égoïsme, et dépossession, une vision court-termiste, et finalement totalement contre-productive, exactement le contraire de ce qu'est "économique".
Le contexte de définition est ce qui attribue un sens aux mots, et par extension à ce que nous faisons.
Il est donc question de faire que nos petits efforts élargissent le cadre d'analyse de nos résultats, et non qu'ils soient broyés par des considérations mécaniques, qu'il est justement question de combattre.
Les "indicateurs" qu'on cherche, sous-tendent un besoin de contrôle, or justement c'est ce besoin de contrôle qui est le problème, car il empêche un besoin bien plus important, qui est celui de conscience.
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Remarque sur les structuresDès lors qu'il est question de "mettre le système au service de l'homme" on procède à un renversement, ce qui constitue en psychologie — désolé de le dire — une fuite pour la survie. Ce n'est pas une solution à écouter au pied de la lettre. Le problème est l'obligation qu'impose le système de devoir soumettre, mettre au service, hiérarchiser.
Précisément cette question est fondamentale, même si nous l'amenons de façon anecdotique ici car ce n'est pas notre sujet. On s'y arrête une minute pour faire observer qu'une hiérarchie est idéale quand un groupe social poursuit un but temporel. Mais elle ne correspond pas à une société qui recherche la paix, où précisément la paix s'obtient par l'usage de la paix, et où les relations sont d'égal à égal, et libres. C'est ce qui se passe avec la multipolarité, cela dit en passant, alors-même que les questions sur les lois de la systémique sont inconnues. L'efficacité est suffisante pour préférer cette forme de contrat social.
En résumé, les hiérarchies doivent être au service des structures sociales et non l'inverse. Les structures d'équité ont une plus grande efficacité que les structures hiérarchiques, non pas pour des buts concrets, mais pour atteindre des buts communs, intemporels. Mettre une structure hiérarchique au-dessus d'une structure sociale, c'est la priver d'air et la condamner, et détruire ses fondements, ses buts et ses moyens d'agir. C'est le caractère d'une dictature, qui n'a jamais vocation à perdurer.
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Et c'est là que nous voulons en venir, à cette boucle cybernétique. "Ne pas mettre la population au service du système", ne veut pas dire nécessairement "mettre le système au service de la population". C'est la hiérarchisation elle-même qui est impropre. Les deux doivent fonctionner ensemble, de sorte qu'elles s'accroissent l'une grâce à l'autre. D'habitude je décris un système comme deux demi-cercles, la société humaine et l'infrastructure systémique, à savoir les règles du jeu.
C'est par ce biais que j'en suis arrivé à l'idée d'un système non-violent, qui sépare les flux et les raisons de sorte que chaque partie soit responsable, aux yeux de l'autre, de son propre champ d'action, sans chercher à tricher en modifiant les règles de l'autre partie.
Par émulation (c'est le mot le plus important de tous) un système peut muter et trouver une harmonie, même en partant d'une situation initiale complètement chaotique. Donc pour nous il n'y a aucun problème à ce que la société actuelle soit aberrante et vouée à l'autodestruction. Cela n'impose pas de donner des coups de pieds dedans, au contraire, cela impose de savoir s'y prendre. (Pardon pour ces raccourcis, j'essaie de faire court !)
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La question existentielle "Pourquoi faisons-nous ce que nous faisons ?" revient à celle du contrôle. C'est (très typiquement) une boucle cybernétique entre la perte de contrôle et de volonté du contrôle. L'un entraîne l'autre. Dans la déprime, il faut s'efforcer de faire des petites choses pour ré-habiter le monde sans que cela ne fasse concurrence à ce qui est perdu. Ici nous parlons d'un système social que personne n'a voulu, qui est subi et sur lequel nous n'avons quasiment aucun contrôle (ce qui se décompense très logiquement en maladies de la recherche du pouvoir).
Par analogie, on sait qu'une guerre ne se gagne que si on sait pourquoi on la fait ; c'est ce qui a valu la victoire du Vietnam face aux États-Unis ; alors pourtant que des fermiers se battaient avec des bâtons à un contre dix, contre un ennemi armé de lances-flammes et d'hélicoptères. L'ennemi a été battu parce qu'il ne savait même pas ce qu'il faisait là, à quoi servait de se battre. Les fermiers défendaient leur terre et leur histoire. Ils étaient imbattables.
Cela nous parle de la puissance de la volonté, même s'il n'y a aucun espoir. Mais surtout cela parle de la reconquête de cette volonté, forgée par des succès qui ont finalement décidé du cours de l'histoire.
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La question pour nous est celle de l'implication du peuple dans ce qui organise sa destinée. S'il a un contrôle sur ce qui lui arrive, alors il en devient responsable, et par esprit de survie, par vitalité, il s'attèle à obtenir un meilleur contrôle et un meilleur usage de ce contrôle. C'est un cercle vertueux. Et c'est à partir de là que les choses prennent du sens, et de la valeur. Dans une société où le citoyen n'a aucun contrôle, rien n'a de valeur. Et comme disait Hegel, Le maître désire être désiré par l'esclave, alors pourtant qu'il ne lui est d'aucune utilité. Cela ne peut que mal finir pour lui !
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Ce qui nous occupe est ce que le mode de calcul des indicateurs peut produire comme sens.
Il ne s'agit pas d'obtenir des résultats de sondages qui nous disent quoi faire et quoi penser (sinon cela aurait été trop simple !) mais de les situer.
Il n'y a que deux méthodes pour obtenir un Lambda (une valeur située entre zéro et un) :
- Dans le cas des valeurs subjectives, il s'agit d'évaluer le différentiel entre ce qui est désiré et ce qui est effectivement accompli. Cette question s'applique par exemple à la distance entre une situation socio-politique et les Droits de l'homme. Désormais on pourra la mesurer.
- Dans le cas des valeurs objectives (on connaît tous très bien cela chez les ingénieurs) il s'agit de la position sur laquelle on se trouve entre les limites max et min. Par exemple le Pib par habitant, est ce qui le rend comparable aux autres.
Structure des indicateurs
La question de savoir comment agglomérer une grande somme d'indicateurs se pose.
On peut simplement résumer en quelques mots : les indicateurs qui concernent des buts temporels, peuvent s'imbriquer, tandis que les indicateurs qui se complémentent dans le cadre de la définition de la société, peuvent simplement s'additionner.
En particulier, l'auteur Soumya Bhowmick a fait le constat de ces imbrications, entre les facteurs écologiques, sociaux et économiques. Du moins pour ceux qui sont utiles à comptabiliser. Cela s'appelle le triptique des "sustainomics".
Enfin on peut les observer selon une perspective cybernétique, c'est à dire comment ils subissent l'influence de leurs effets (systèmes autopoïétiques).
Il faudrait donc concevoir une structure des indicateurs, et conformer un modèle mathématique. De cette manière on aimerait tenir compte du maximum d'information quant à la santé d'un pays.
Idées d'indicateurs
Pourquoi ne pas tenir compte des choses qui ont une incidence profonde sur la vie des gens, tels que la qualité de la gouvernance, l'impact sur les autres pays (mesuré par eux-mêmes), les violations du droit international ou de ses propres lois, les désastres écologiques dont les pays sont responsables, guerres, famines, etc.
En réalité nous voulons une machine à laquelle on peut greffer n'importe quel nouvel indicateur qui semblerait pertinent.
En particulier, il y a de nombreuses idées à trouver parmi les essayistes du Open Dialogue, qui, en proposant des perspectives et des paradigmes, proposent de facto autant de nouveaux indicateurs.
Proposition
Sur la base d'un indicateur général, obtenu par l'agglomération itérée portant sur des sujets-clefs, tels que la santé, le bien-vivre, l'écologie, l'espace informationnel (etc.) il est possible d'extraire un "facteur humain" qui soit parlant de la santé d'un pays. C'est à dire, au fond, du rapport qu'il y a entre le PIB et l'impact sur les habitants.
Cela peut prendre forme d'une notation [A, B, C, D, E], qui pourrait être associé au Pib par ce que nous appellons ici un Pib pondéré.
L'intérêt de cette manœuvre, en peu de mots et de façon la plus significative possible, serait d'amoindrir la valeur du PIB d'une économie de guerre, de destruction et d'accaparement des ressources des autres.
De telle manière que, avec un exemple simple :
(300 * 0.5) < (200 * 0.8)
(en supposant des Pib de 300 et 200, et un indice d'efficience de 0.5 et 0.8)
Le Pib le plus gros serait dévalorisé par rapport à un Pib moindre dont l'économie respecte mieux les normes humaines.
L'investissement serait immédiatement et concrètement informé de ce à quoi il décide de contribuer.
(Affirmons-nous un peu naïvement).
Global impact
La question de fond reste de replacer l'humain au centre de la machine.
Comme nous l'avons dit en aparté, il ne s'agit pas de mettre le système au service de l'humain, mais de faire fonctionner les deux, dans leur état actuel, de façon à engendrer une émulation en direction d'une amélioration, pour les deux.
Le fait de n'avoir jamais pu prendre en compte des jugements, la volonté, les aspirations, les ressentis, a créé une société technocratique où l'humain est réduit à une machine, évaluée par son utilité (comme on l'entend parfois dans des discours oisifs et aliénés de milliardaires décomplexés, et dénués de sens critique).
L'humain n'est pas une machine, c'est seulement ce à quoi le condamne un système incapable de l'entendre.
Tant que ses émotions ne sont pas prises en compte, le système a tendance à ne prendre en compte du facteur humain que ce qu'il a de machinal, son temps de travail, sa force, son utilité. C'est à proprement parler inhumain.,
L'engrenage culturel est la façon dont un système se reflète dans la société humaine, et réciproquement. Le humains sont réduits à ne faire que ce qui marche pour le système.
On dit parfois que l'affect n'a rien à faire au travail, et c'est un des sujets récurrents des causes de stress et de mal-être. Mais si une femme vient au travail en sachant que sont enfant est malade ou hospitalisé, ce genre de remarque constitue une toxicité, et au final un frein à la coopération, et donc à la qualité du travail lui-même. Il est impossible de faire abstraction de l'affect, au contraire il faut savoir le gérer.
L'humain ne peut jamais être réduit à une machine. Et l'idée de remplacer le travail des humains par des machines n'est faisable que pour les cas assez rares où il n'y a besoin d'aucun savoir-faire particulier, dans des situations exceptionnelles, qui constituent souvent la majorité des cas. Ne serait-ce que le transport de marchandises, nécessite souvent de s'adapter à des situations nouvelles.
On ne se débarrassera pas de l'humain si facilement, et encore moins au prétexte qu'on ne sait pas gérer ses émotions. C'est un chemin positif de concevoir une société où l'écoute des émotions sert de fondement à la qualité du travail.
Finalement, le fait de prendre en compte le facteur humain à grande échelle s'inscrit dans la continuité de la mutation des méthodes de gestion du personnel des entreprises, qui ont accepté de considérer la ressource humaine comme quelque chose qu'il fallait soigner, dans l'intérêt commun de l'entreprise et ses employés.
Les outils macro-économiques ont un vif intérêt à prendre en compte le facteur humain sur lequel se fonde l'envie de continuer à être actif au sein d'une société en sachant que de cette manière on contribue à l'améliorer, et au final à rendre meilleure la vie des gens.
La question devient vite philosophique, et heureusement car c'est cela qui donne du sens aux choses. Ce qui fait notre époque est avant-tout une recherche de sens, ce que Maxim Oreshkin exprime très correctement par l'idée : "Comprendre pourquoi nous vivons, pourquoi nous faisons tout cela". Ceci est une véritable question, anthropologique et civilisationnelle. Et la réponse est dans la reprise de sa capacité à agir.
Alors qu'on parle de perte de natalité, et de vieillissement de la population, il est temps de prendre la mesure du désir de continuer à vivre dans un système qui détruit la nature et qui court à sa perte, sans tenir compte de l'avis des gens, pendant que les dirigeants restent obnubilés par des chiffres dénués de sens.
En réalité, si ce système survit, c'est uniquement grâce aux efforts surhumains que l'homme parvient, tant bien que mal, à opposer à un système parfaitement idiot et aberrant. Mais c'est juste un commentaire en passant !
Ce que nous avons fait, dans cet essai, est d'utiliser la conscience sociale comme socle de ce qui détermine les indices auxquels il s'agit de se fier pour agir. C'est sur cette base que les indicateurs économiques doivent se mesurer.
Par le fait, il s'agit d'un renversement, puisque désormais le facteur humain (et avec lui le facteur naturel) se positionne comme ce qui détermine la valeur de ce que le système produit, et auquel il lui est aimablement demandé de le prendre en compte.
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Conclusion
On a un système qui empêche les actions libres dont ensuite il s'aperçoit qu'elles étaient nécessaires, telles que prendre soin des humains et de la nature.
L'idée de vouloir des indicateurs pour savoir ce que le Système doit s'interdire d'empêcher, ne résout pas l'essentiel du problème.
La question est : comment laisser les gens libres de faire ce qui est profitable ?
On vient de découvrir un champignon de 9 Km², le plus grand organisme vivant de la Terre. C'est l'Armilla Solidipes. On aurait aussi bien pu le détruire par mégarde. Ce dont on ignore l'existence est ce qui est le plus en danger.
On n'a jamais autant éradiqué d'espèces animales et végétales, autant détruit la nature, et voilà que soudainement on s'inquiète du manque d'être vivants pour remplir des emplois à l'avenir.
Sauver le monde n'est pas sauver le nombre. C'est sauver l'honneur, la liberté, et Dieu.
Comme à son habitude, le Système prend l'humain en otage pour son propre intérêt, en tant qu'entité non-vivante qui veut tout dominer.
Faire ce qui est bien n'est pas obéir, dans un système égalitaire.
Un système social qui valorise la qualité plutôt que la quantité, supporterait allègrement quarante milliards d'individus, tous en paix et en bonne santé, avec seulement un tiers des terres émergées.
Ce qu'on a déjà est suffisant et il faut faire que cela soit le cas, au lieu de vouloir encore plus, et par voie de conséquence, de détruire encore plus.
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Dans ce que nous avons étudié, comment établir des indicateurs pertinents sur l'efficacité du système économique, on a été contraints par la question posée de placer les individus en bout de chaîne de cette activité, comme des indices de réussite ou d'échec.
Mais pour que le système cesse de vouloir tout mesurer dans le vain espoir d'en avoir avoir un contrôle absolu, au moyen de ses jugements de valeur qui sont mentalement aveugles, il faut aussi que cette mesure de l'opinion populaire soit fonctionnelle, c'est à dire située en amont des décisions.
Dans ce cas le système se simplifiera à faire correspondre l'activité aux besoins réels. Il devrait se rénover pour cela. Il pourrait adopter une valeur qualitative à la simple monnaie.
Le constat principal est que le système intercepte les besoins humains pour en tirer un profit, au lieu de placer ces besoins comme directement les buts objectifs de son fonctionnement.
Cela signifie qu'il fait prédominer les moyens d'agir sur la légitimité d'agir. C'est au contraire, la légitimité qui doit être certifiée objectivement et rationnellement, sous forme de droits (ou de crédits) et ensuite ce droit doit constituer lui-même les moyens socialement accordés pour agir.
Fonder les moyens sur le droit et non l'inverse.
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(4) Pétition : change.org
(5) Voir Claude Bourguignon : lams-21.com
(6) Majority Judgment, MIT, 2010
(7) L'enjeu de la quantification des préférences : dialog.russia.ru



