20/05/2026 ssofidelis.substack.com  7min #314521

Le silence assourdissant des rockstars sur la Palestine

Par  Nate Bear, le 20 mai 2026

La saison estivale des festivals de musique approche (à condition qu'il y ait du diesel pour faire tourner les générateurs), et l'un des artistes qui se produira sur les scènes d'Europe et des États-Unis est Jack White.

Mieux connu comme le chanteur principal des White Stripes, White est une voix  viralement anti-Trump de l'industrie musicale, et également farouchement pro-Ukraine. White s'exprime et publie régulièrement des messages sur l'Ukraine, condamnant souvent la Russie et Poutine, qu'il qualifie de diabolique.

Sur Gaza, la Palestine, Netanyahu et le génocide, cependant, il n'a strictement rien à dire, allant jusqu'à  supprimer méthodiquement toute référence en faveur de la Palestine publiée dans les commentaires sur ses comptes de réseaux sociaux.

J'ai pris Jack White pour cible, mais j'aurais pu en choisir des centaines d'autres pour démontrer l'hypocrisie et le deux poids deux mesures de tant de musiciens occidentaux.

De nombreux artistes ont dénoncé la Russie, décoré leurs scènes de drapeaux ukrainiens et participé à des concerts de  solidarité pour l'Ukraine en 2022, comme Ed Sheeran, mais sont restés silencieux sur la Palestine, l'apartheid israélien et le génocide.

De nombreux artistes se sont ralliés au discours approuvé par l'empire selon lequel "l'Ukraine c'est bien, la Russie c'est mal", une position qui fait bonne impression et ne coûte absolument rien sur le plan financier ou en termes de réputation, mais ont refusé de s'opposer à Israël et à son génocide à Gaza parce que ça coûte cher. S'élever contre Israël, c'est défier l'empire américain et l'impérialisme occidental. Et dans une industrie truffée de sionistes, s'opposer au génocide a un coût matériel, comme l'ont découvert des artistes tels que Bob Vylan et Kneecap, visés par des poursuites pénales de la part de l'État britannique.

Ce silence, en particulier de la part d'artistes qui chantent la guerre, le fascisme et la résistance, est éloquent. Honteusement éloquent.

Des artistes comme Muse ont intitulé un album Drones, dont les paroles fustigent l'État de surveillance militarisé, et ont parodié, dans la chanson Psycho, la culture toxique de l'obéissance meurtrière qui rend possibles les crimes de l'empire américain.

Muse, qui a intitulé un autre album "Resistance" et qui, dans la chanson "Uprising", chante qu'il faut "laisser la révolution faire des ravages", que "nous ne devrions jamais avoir peur de mourir" et que nous devons "nous soulever et reprendre le pouvoir, le moment est venu que les gros bonnets aient une crise cardiaque".

Malgré cette résistance performative et cette esthétique révolutionnaire, le chanteur de Muse, Matt Bellamy, ne s'est jamais exprimé sur la Palestine. Il a joué le rôle du petit soldat docile de l'empire qu'il satirise et s'est produit avec un drapeau ukrainien sur sa guitare. Mais il n'a rien dit sur les drones et les putains de psychopathes qui commettent un génocide à Gaza. Tout comme Jack White, Bellamy ne s'est pas produit lors de l'événement Together For Palestine et n'a pas adhéré à la campagne  No Music For Genocide, à l'initiative de musiciens qui ont retiré leurs chansons des plateformes de streaming en Israël.

Très peu d'artistes ayant adhéré à cette campagne sont des groupes vraiment connus qui remplissent des stades. Parmi les exceptions notables, on peut citer la chanteuse de Paramore, Haley Williams, Paul Weller, Massive Attack, Idles, Wolf Alice et Fontaines DC. Mais pour la plupart, les groupes suffisamment célèbres et populaires pour ne pas craindre les conséquences de s'exprimer ont fait preuve d'un silence honteux et lâche. Ce sont les artistes moins connus qui ne jouissent pas de l'influence d'un Jack White ou d'un Matt Bellamy et qui ont quelque chose à perdre, qui se sont mobilisés et ont montré le strict minimum de solidarité qu'un peuple victime de génocide est en droit d'attendre d'artistes se réclamant de valeurs humaines.

Trop d'artistes de renom sont des lâches qui exploitent volontiers le culte de leurs fans pour adopter des postures politiques sans risque, mais semblent croire que se tenir aux côtés d'un peuple victime de génocide relève du radicalisme plutôt que de l'humanité la plus élémentaire. Ou peut-être sont-ils simplement sionistes et racistes, approuvant l'apartheid et le génocide. Bruce Springsteen, avec qui Trump s'est  engagé dans une joute verbale après que Springsteen a traité Trump d'imbécile, mérite ici une mention particulière. Un artiste qui, pendant des décennies, a misé sur ses références progressistes et ouvrières et s'est fait le défenseur des petites gens, mais s'est tu sur le génocide.

Et puis il y a les artistes qui se sont produits en Israël. Et cette liste est bien trop longue, une liste des grands noms du monde de la pop et du rock, de Madonna à Bono, Lady Gaga, Elton John, Paul McCartney, Bon Jovi, en passant par Mick Jagger et Radiohead. En réalité, il s'agit d'une liste d'imposteurs et, pour certains, de racistes et de sionistes.

Tout cela est-il important ?

Je pense que oui. Tout comme le pensent de nombreux Palestiniens qui mènent des campagnes de boycott pour empêcher les artistes de se produire en Israël et encouragent les musiciens à prendre position sur la Palestine.

Oui, c'est important, car les musiciens, et le pouvoir d'influence culturelle qu'ils exercent, sont essentiels au maintien du projet d'apartheid et de génocide d'Israël.

La légitimation par le biais de concerts donnés par des groupes et des chanteurs de renom est absolument essentielle au projet de normalisation d'Israël. Les mélodies et les paroles des plus grands musiciens du monde contribuent à blanchir les crimes d'apartheid et de génocide. Lorsque ces artistes sont photographiés avec Netanyahu,  comme l'a été Madonna, ou en train de se promener à Tel-Aviv, comme ce fut le cas pour bon nombre des grands noms qui s'y sont produits, le message est clair : Israël est juste un pays ordinaire et ma présence ici en est la preuve.

Regardez à quel point un concours de chansons ringard et caricatural comme l'Eurovision importe à Israël. À tel point que le  New York Times a rapporté la semaine dernière que, depuis des années, le gouvernement mène des campagnes destinées à gonfler et à truquer les votes. Le Times a également rapporté que les ambassades israéliennes en Occident ont convoqué les dirigeants des chaînes de télévision nationales pour exiger qu'ils diffusent l'événement de cette année.

La musique revêt une grande importance pour Israël car elle lui confère un prestige social et culturel, véritable passe-droit pour commettre l'apartheid et le génocide.

Et si les artistes qui ont pris la défense des Palestiniens et se sont opposés à Israël sont une bouffée d'air frais, et méritent d'être soutenus plutôt que les artistes célèbres lâches et complices, l'histoire ne se résume pas à leur prise de position.

L'histoire, c'est l'apartheid israélien et le génocide des Palestiniens.

Un génocide qui se poursuit jour après jour.

En début de semaine, Israël a bombardé une cuisine communautaire, tuant des bénévoles qui s'efforçaient de nourrir leur communauté au milieu des tentes, des décombres et des gravats de leurs anciennes maisons.

La photo d'un plat renversé, mêlant sang et restes de nourriture, est une image de plus parmi les milliers d'autres marquant ce génocide.

Paroles de "Psycho"

Mais pas un média ne l'a diffusée.

Jack White n'en a pas parlé.

Bien sûr, les responsabilités sont nombreuses dans ce système, mais les musiciens disposant d'une large audience exercent une influence culturelle importante.

Chacun de ceux qui n'ont pas dénoncé ce génocide a failli non seulement sur le plan moral, mais aussi sur le plan artistique, et se rend complice de l'effacement des Palestiniens.

Traduit par  Spirit of Free Speech

¡Do Not Panic!

The Deafening Silence Of Rockstars On Palestine

Summer music festival season is approaching (assuming the diesel is available to run the generators), and one of the artists who'll be gracing stages across Europe and the US is Jack White...

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