Le message fondamental est que Sarmat dissuade l'OTAN d'envahir la Russie.
Par Andrew Korybko − Le 19 mai 2026 − Source korybko.substack.com
La Russie a récemment testé son missile balistique intercontinental Sarmat (désigné par l'OTAN sous le nom de Satan II), qui peut emporter plusieurs véhicules planant dotés de têtes nucléaires pour pénétrer tous les systèmes de défense antimissile, et Poutine a déclaré que ce nouveau dispositif allait assurer la sécurité nationale du pays pour les années à venir. Le test envoie également trois messages, dont le premier a été clairement formulé par Sergey Ryabkov, adjoint au ministre des affaires étrangères, qui a suggéré que la France était le destinataire visé plutôt que les États-Unis, contrairement à ce que supposaient la plupart des observateurs.

Selon ses termes, "nous devons démontrer avec confiance, calme, fermeté et responsabilité nos capacités à calmer les excités, qui sont nombreux à nos frontières occidentales, et qui jouent avec divers concepts de parapluie [nucléaire]." Cette déclaration fait suite à l'annonce faite fin avril à Gdansk, la ville même où commença la seconde guerre mondiale, que la France et la Pologne allaient mener des exercices nucléaires réguliers, ce qui étend le parapluie nucléaire de la France et pourrait donc inciter la Pologne à menacer Kaliningrad ou le Bélarus.
Le deuxième message envoyé par ce test s'appuie sur le premier, et vise sans doute à dissuader l'Allemagne, en pleine remilitarisation accélérée, ce dont l'ancien président Dmitri Medvedev, actuel vice-président du Conseil de sécurité, a récemment averti dans son magnum opus sur le sujet. L'Allemagne dispose déjà d'une base en Lituanie et d'une logistique militaire optimisée pour l'approvisionner, suite au " Schengen militaire" établi entre les deux pays, et cette accumulation militaire, digne de 1941, constitue une menace envers Kaliningrad et le Bélarus.
Le message final est certes hypothétique, mais a trait à la possibilité que la défense des intérêts nationaux de la Russie par ce Sarmat, dont les tests ont bien fonctionné, justifie pour partie des compromis mutuels (et possiblement douloureux) avec les États-Unis au sujet de l'Ukraine. Sur ce sujet, comme explicité dans le précédent article " Les critiques sans précédent de la Chine par les médias russes préparent le terrain pour le tournant décisif de cet été", qui sera soit une alliance de facto à égalité avec la Chine, soit ce qui est décrit dans la phrase précédente.
Si Xi rejette la proposition attendue de Poutine pour quelque raison que ce soit, il va sans doute régler le sujet de l'Ukraine avec les États-Unis au travers de compromis mutuels (potentiellement douloureux) visant à établir pour de bon le partenariat stratégique - dont les ressources naturelles sont le principal enjeu - qu'ils négocient déjà depuis un an. Au cas où l'opération spéciale se terminerait sans atteindre les objectifs maximalistes de la Russie, on pourra rappeler à son peuple que le Sarmat - qui va entrer en service d'ici la fin 2026 - garantit d'ores et déjà sa sécurité nationale.
Les menaces militaires conventionnelles jusqu'ici provoquées par l'expansion clandestine de l'OTAN en Ukraine avant l'opération spéciale, qui ont justifié son lancement après l'échec des tentatives diplomatiques visant à résoudre le dilemme de sécurité posé à la Russie, sont donc à l'en croire neutralisées par le Sarmat. Une démilitarisation et dénazification complètes de l'Ukraine, ainsi que le rétablissement de sa neutralité constitutionnelle, n'auraient donc plus d'importance, dans le sens où le Sarmat suffira désormais à dissuader une invasion de la Russie par l'OTAN.
Reste à voir si ce troisième message sera bel et bien envoyé à l'issue du dernier test Sarmat mené par la Russie, mais c'est la conclusion logique du premier message explicitement écrit à destination de la France, et du second, raisonnablement induit à destination de l'Allemagne, ne fût-ce que dans un scénario de compromis russes concernant l'Ukraine. Si Poutine emprunte cette voie, il est à prédire que le rôle du Sarmat sera présenté par les responsables russes, les médias russes et les "non-Russes pro-russes" de la communauté des médias alternatifs comme il a été décrit ci-avant.
Andrew Korybko est un analyste politique étasunien, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la Guerre hybride.
Traduit par José Martí, relu par Wayan, pour le Saker Francophone