21/05/2026 reseauinternational.net  10min #314627

Donald Trump, un président qui ment

par Pr Djamel Labidi

Lundi 18 mai, les medias du monde entier diffusent le dernier mensonge de Trump. Il déclare reporter les frappes générales contre l'Iran prévues pour le lendemain Mardi, et cela"sur la demande" des États du golfe. Ceux-ci démentent et disent qu'ils "n'étaient même pas au courant".

L'Amérique a-t-elle honte de son président ? Peut-être même pas. Le président des États-Unis ment. Dans la plupart des cultures et des sociétés qu'il qualifie de "barbares", ceci serait d'une gravité extrême. À tel point, qu'on a peine même à prononcer ce mot, tellement il est chargé de honte. J'ai d'ailleurs hésité à en faire le titre de cet article. Mais je l'ai fait puisqu'aux États Unis même on le dit. Le Washington Post a dit avoir recensé plus de 30 000 mensonges de Trump commis lors de son dernier mandat, mensonges purs et simples, fausses évaluations délibérées, informations inexactes, ou promesses vite oubliées etc. ; Et pourtant il a été élu. Tout le problème est là.

Il faut ajouter au mensonge, bien d'autres choses aussi graves ou plus : l'affaire Epstein, les conflits d'intérêts pour lui et sa famille -mais cette corruption est presque normale aux USA-, les assassinats ciblés, les liquidations de ses homologues, chefs d'États ou dirigeants, et, comme dernièrement au Venezuela, le kidnapping d'un chef d'État, bref, plus aucun frein, plus aucune règle, plus aucune limite, pour lui et d'ailleurs, aussi, pour son complice Netanyahou avec lequel il partage les mêmes "idéaux", les mêmes "valeurs" de civilisation, la même morale, les mêmes menaces d'effacer des peuples et des civilisations.

Chacun de ses délits aurait amené n'importe qui, dans n'importe quel pays à être jugé, et condamné. Mais pas Trump. Ne parlons même pas de Netanyahou où toute une société applaudit à ses crimes et demande même d'en faire plus, d'aller chaque fois plus loin encore, de "terminer le job", de continuer la guerre contre l'Iran. Au moins aux États Unis, au contraire d'Israël, la majorité est contre la guerre et n'a pas atteint collectivement ce délire social de domination, d'hubris, de meurtres, de tueries, et à la fin de génocide,

Mais revenons à Trump, car c'est le plus important, car sans les États Unis il n'y aurait pas l'Israël de Netanyahou.

Boum Boum

Trump n'est pas seulement menteur et prédateur. Il est fabulateur, il y a chez lui un côté infantile qui ne cesse d'étonner et d'inquiéter, "je n'aime pas celui-là, il est méchant, celui-là m'a déçu, il n'a pas été gentil", dit-il souvent. Dernièrement, il fait une vidéo avec l'IA où il crie "boum boum" comme un enfant, comme dans une Game Boy, en tirant au rayon laser sur un aéronef iranien. De quoi frémir. Il est président des États Unis, la nation censée être encore la plus grande puissance du monde, d'avoir le pouvoir de mettre fin à toute vie sur terre et nous renvoyer à l'éternité. Comment est-ce possible ?

C'est possible parce qu'il a été élu et que personne ne peut le changer avant la fin de son mandat. Cela laisse songeur : le sentiment d'une impasse démocratique alors que la démocratie est justement censée résoudre ce type de problème. On pourrait dire que tout cela est lié à la personnalité de Trump et pas aux institutions américaines, à leur fonctionnement ; oui, mais voilà, Trump n'est pas le seul menteur des présidents des États Unis. C'est presque une tradition. Les tout derniers qui l'ont précédé, Johnson, Nixon, Clinton, Obama, les Bush, sont restés célèbres par des mensonges qui ont été à la source de guerres, de massacres, de la mort de centaines de milliers de morts innocentes. On aurait pu croire que l'Amérique allait rougir de honte et ne plus recommencer mais elle a recommencé : la Yougoslavie après le Vietnam, l'Irak après la Yougoslavie, l'Afghanistan après l'Irak, la Libye après l'Afghanistan et encore l'Irak etc..

Trump ne serait donc pas une anomalie, un accident de ce fonctionnement du pouvoir aux États unis, mais une continuation, et peut être même son apogée. L'apogée c'une crise qui serait celle d'un système politique, celui de la démocratie occidentale telle qu'elle a jusqu'à présent fonctionné et telle qu'elle arrive apparemment ainsi à bout de souffle.

"J'y suis, j'y reste"

Si les États Unis, comme toujours pour l'Occident, pousse les choses, et donc cette crise, à leurs extrémités, il faut observer que ce n'est pas seulement le cas de ce pays. Dans bien de pays du monde, on se trouve face à ce genre d'impasse : celle de présidents, des chefs d'États impopulaires, mais qui continuent d'exercer leur mandat, de sévir jusqu'à la fin, parce qu'ils ont été élus et que la Constitution le dicte. D'évidence, un putsch, les coups d'États qui prétendent surmonter ce blocage, seraient bien pire. L'Histoire l'a amplement démontré.

Revenons donc à ce point qui parait dès lors essentiel : l'élection. Il y a eu la croyance que la seule élection, la démocratie représentative était la solution aux conflits en démocratie, car elle offrait théoriquement la possibilité du changement par l'élection, celle de l'alternance. Sauf, qu'on a oublié quelque chose : l'élection oui, mais pour quelle durée, et que se passerait-il précisément lorsqu'il n'est pas possible de changer un élu puisqu'il a été élu pour une durée incompressible alors même qu'il est défaillant. Bref que se passe-t-il lorsqu'il n'est pas possible de résoudre un problème par l'élection. Les États Unis avaient pensé remédier à un tel problème en limitant l'élection d'un président de la république à deux mandats. Mais même dans ce cas, il peut rester quelques années pendant lesquelles le chef de l'État n'est pas satisfaisant mais reste inamovible. Que faire alors ? Les solutions par impeachment ou révocation sont pratiquement impossibles. Il faut d'ailleurs noter cette tendance un peu partout des présidents soumis à cette règle constitutionnelle de limitation des mandats à la faire abroger pour rester au pouvoir. "J'y suis, j'y reste", tel est invariablement leur projet, à part quelques rares cas admirables. Et c'est en général l'antichambre à la dictature. Trump lui-même y songe, dans un pays, pourtant, les États unis, où il y a une longue tradition de limitation des mandats. C'est donc bien la preuve que toute la question réside dans la gestion du temps affecté à un mandat, dans la possibilité pour les citoyens d'évaluer à temps, et il faut souligner ce mot, si l'expérience est concluante ou non. Ceci d'ailleurs est valable, pour les représentants élus, à tous les niveaux, car on observe les mêmes excès, la même impuissance de la société de corriger le tir, d'intervenir, pacifiquement, démocratiquement.

La démocratie directe

Et pourtant la solution existe, et depuis longtemps, celle de la démocratie directe, dont l'un des leviers, est la possibilité donnée aux citoyens de remettre en cause une élection, ou un élu, à quelque niveau que ce soit, à n'importe quel moment, sous conditions simplement qu'un nombre relativement conséquent de citoyens demande de nouvelles élections ; du coup, la démocratie est sauvegardée à la fois par la forme, les élections, et le fond, le pouvoir souverain du peuple. Cette solution est apparue un bref moment durant "la Commune de Paris" de 1871.

Un des aspects de la démocratie directe est la transparence du pouvoir, surtout le pouvoir exécutif. Etrangement, c'est Trump, malgré toutes les tares dont il est accusé, qui vient inaugurer une forme d'exercice directe du pouvoir. Peut-être est-ce aussi une des raisons complexes qui lui permettent d'user et d'abuser de son électorat. Le bureau du président des États Unis, le bureau ovale, est devenu un lieu où le pouvoir s'exerce en live, envahi par les journalistes et les élus, managers, célébrités, associations, ou simples citoyens. Trump, fait ainsi une chose essentielle : il désacralise le pouvoir. Avant lui, partout, et en tout temps, ceux qui ont le pouvoir, dès qu'ils le prennent, s'empressent de le rendre mystérieux, distant, éloigné de ceux qui les ont élus. En tout cas, il a senti, à sa manière et peut être avec d'autres intentions, combien ce besoin de démocratie directe était présent et grandissait.

La crise profonde de la démocratie s'exprime partout sous des formes diverses et à des degrés divers, en fonction justement de l'aptitude des systèmes politiques existants à contenir plus ou moins fortement des éléments de démocratie directe. Cette crise va en s'aiguisant. Une de ses manifestations peut être les plus apparentes, les plus évidentes, est l'abstention massive aux élections un peu partout dans le monde. Ce qui prouve bien que les citoyens ne considèrent pas le système électif comme la panacée, il n'est qu'un élément du tout.

Les élus en Chine

Une autre dénonciation qui apparait partout avec de plus en plus de force, est celle des avantages matériels et autres que les élus se donnent sous de multiples prétextes, et qui concourent à la constitution d'une classe politique. Celle-ci finit par fonctionner en elle-même et pour elle-même en fonction de liens invisibles et implicites d'intérêt. Elle finit d'ailleurs souvent dans la complicité avec le pouvoir exécutif quand celui-ci veut élargir ses attributions et sa durée d'existence. La menace de dissolution des assemblées élues devient d'ailleurs, pour cette raison, un des principaux moyens de pression des pouvoirs exécutifs. Dans la démocratie directe, le principe, qui avait été inauguré là aussi par la "Commune de Paris" de 1871, est de limiter la rémunération à celle d'un simple salarié, avec comme règle que celle-ci ne puisse pas exercer par elle-même une attraction particulière, ce afin d'éviter l'opportunisme. Un seul pays à ma connaissance a fait de la fonction représentative un volontariat non rémunéré, c'est la Chine. Encore qu'on puisse se poser des questions sur les autres aspects de la démocratie chinoise.

C'est donc tous ces biais, toutes ces distorsions qui ont fini par miner la démocratie représentative et faire murir l'idée d'une démocratie directe, basée sur des mécanismes divers : referendum populaire, initiative citoyenne des lois, rémunération modeste des élus, transparence des décisions et du fonctionnement du pouvoir.,

Démocratie et technologie

Il arrive souvent que des solutions apparaissent lorsque les conditions de leur mise en œuvre murissent : ainsi, avec la révolution technologique actuelle, le développement fantastique des réseaux sociaux et l'évolution prodigieuse de l'initiative dans l'information, apparaissent déjà comme des éléments de démocratie directe. Ces nouveaux canaux de communication sont simultanément le terrain privilégié de la critique du système en place.

Le président Trump dit de ses mensonges qu'ils sont des "vérités alternatives". Il exprime ainsi une réalité, c'est que jamais la frontière entre le vrai et le faux n'a été aussi ténue qu'avec le développement des technologies de communication modernes. C'est là le paradoxe de ces technologies : moyens de libération et d'asservissement en même temps. Et ce n'est pas un hasard si c'est aux USA, que leur utilisation pour la manipulation des gens a été porté à son extrême et précisément par un homme issu des médias comme l'est Trump.

C'est encore une fois la preuve que le développement technologique en lui-même ne suffit pas s'il n'est accompagné des conditions morales, donc politiques, de son utilisation, pour qu'il permette réellement ce qu'on appelle communément le progrès. Le développement technologique suscite et porte en lui l'exigence d'une véritable démocratie, d'une démocratie directe, qui permette réellement la souveraineté populaire, et donc aussi la fin du mensonge d'État. Vu sous cet angle, la crise actuelle de la démocratie exprime ce conflit d'ajustement entre le développement technique et le progrès social.

La démocratie directe, en fait, n'est pas nouvelle. Elle a existé dans l'Histoire, y compris à des époques reculées. La transformation des groupes humains en nations, les distances qui ont grandi entre les éléments d'une même nation, le développement démographique, celui des intérêts contradictoires, ont ensuite rendu nécessaire, dans un premier temps, la délégation de la représentation, c'est-à-dire la démocratie représentative. Peut-être que les moyens technologiques permettront désormais, dans un deuxième temps, le chemin inverse, ce retour aux sources, la réalisation de cette belle utopie, celle d'une politique devenue enfin une morale, mais cette fois ci sur des bases matérielles solides.

 Professeur Djamel Labidi

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