22/05/2026 legrandsoir.info  5min #314630

 Inculpation de Raúl Castro et diplomatie du canon : la pression américaine sur Cuba atteint son apogée

Raoul Castro coupable ?

Jacqueline ROUSSIE

Je ne suis pas journaliste, je ne suis qu'une citoyenne lambda qui s'est beaucoup investie il y a quelques années pour la libération des "Cinco", cinq Cubains qui sont restés emprisonnés de longues années aux USA. Les Cinco infiltraient les milieux terroristes de Miami pour déjouer les attentats, souvent meurtriers, fomentés depuis les USA et qui se multipliaient sur le sol cubain.

J'ai appris récemment, ce qui m'a fait bondir, que le président Trump voulait condamner l'ancien président de Cuba, Raoul Castro au sujet des deux petits avions de l'organisation "Hermanos al Rescata" (HAR) abattus le 24 février 1996 par la force aérienne cubaine, et causant la mort de quatre pilotes.

L'un des Cinco, Gerardo Hernandez, avait été lourdement condamné en 2001, les juges lui faisant porter sans preuve la responsabilité de ce drame. Condamné à deux perpétuités plus quinze ans, il était resté 16 ans en prisons de haute sécurité avant d'être gracié par le président Obama en décembre 2014.

Le responsable de l'organisation HAR, Jose Basulto, qui pilotait ce jour là un petit avion resté quant à lui sagement dans l'espace aérien international, avait été interviewé par le journaliste Calvo Ospina à Miami, en 1997. A la question :
"D'autres sources disent également que les avions de HAR ont violé au moins vingt fois l'espace aérien cubain, et qu'à chaque occasion, ils lançaient de la propagande antigouvernementale. Est-ce vrai ?", Basulto avait répondu ceci :
"Affirmatif. Le 13 août 1995, par exemple, nous avons survolé La Havane. Mais c'était pour perturber l'intervention militaire cubaine sur plusieurs embarcations de l'exil. Les 9 et 13 janvier 1996 aussi, profitant des conditions météorologiques et d'une altitude adéquate, nous avons lancé 500.000 tracts qui donnaient un message simple..."

Quand Calvo Ospina s'étonnait auprès de Basulto :
"Pourquoi n'ont-ils pas abattu ou fait atterrir vos avions plus tôt ? N'importe quel autre pays l'aurait fait.", la réponse de ce dernier était sans ambiguité :
"Je ne sais pas ! Je ne sais pas pourquoi ils ne nous ont pas abattus. Et presque à chaque fois, nous avons lancé des tracts sur La Havane, les mêmes que nous jetions sur les bateaux de guerre cubains Le message était simple, inoffensif, par exemple :" compañeros no, hermanos", pour dire que nous ne sommes pas des camarades. D'autres appelaient à la désobéissance civile... Par la suite, des opposants, des dissidents de Concilio Cubano et des journalistes indépendants, que nous soutenions, ont téléphoné aux radios de Miami, pour dire qu'ils avaient ramassé plusieurs tracts et les avaient distribués autour d'eux."

Comment réagirait le président Trump si, à plusieurs reprises, l'aviation cubaine violait le territoire aérien des Etats-Unis, allant même jusqu'à survoler sa capitale ? Je suppose que la riposte serait immédiate et fulgurante !
La congressiste de Floride Ileana Ros-Lehtinen avait fait appel le 24 février 2012 à la police internationale (Interpol) pour demander l'arrestation des trois pilotes cubains qui avaient abattu ces deux avionnettes de HAR.
Cette congressiste ne manquait pas d'aplomb, alors que les mises en garde avaient été nombreuses émanant de Cuba, du FBI, et de la FAA (fédéral Aviation Administration), sur les risques que prenait l'organisation HAR en violant l'espace aérien cubain. Cette demande frisait en outre l'indécence quand on connaît le rôle joué par Ros-Lehtinen dans la grâce accordée par le Président Georges Bush "père" à Orlando Bosch, un des cerveaux de l'attentat contre un avion de "la Cubana" qui avait causé la mort de 73 personnes, le 6 octobre 1976. Cette femme, lors du procès de Luis Posada Carriles, l'autre cerveau de cet attentat, récoltait des fonds pour le paiement des avocats de ce criminel.

Cette lamentable tragédie n'aurait jamais eu lieu, et les jeunes pilotes seraient toujours en vie si l'organisation HAR n'avait pas violé maintes fois l'espace aérien cubain.

Les radars cubains indiquaient que les petits avions volaient au-dessus des eaux territoriales cubaines, alors que le gouvernement des Etats- Unis affirmait qu'ils étaient dans l'espace aérien international.

Ce point de litige aurait pu être éclairci facilement comme le demandait l'homme de loi Peter Schey, et comme l'avaient demandé maintes fois les avocats de Gerardo, en consultant les photos satellite dont disposait et dont dispose toujours le gouvernement des USA. C'est d'ailleurs ce qu'avait préconisé aussi le colonel des Etats-Unis George E. Buchner, présenté par le Ministère Public comme expert en la matière. Malheureusement, les Etats-Unis avaient toujours refusé de montrer ces photos, et s'étaient fié pour localiser l'endroit exact où ils étaient tombés aux paroles du témoin de l'Accusation Bjorn Johansen, pilote du navire "majesty of the seas". Cette localisation n'était pas fiable, d'abord parce qu'elle était fondée sur des observations humaines, et ensuite, on ne peut qu'être sceptique sur l'objectivité de ce témoignage quand on sait que Bjorn Johansen travaillait alors pour la compagnie de navigation "Caribbean Cruises". qui soutenait financièrement la FNCA (Fédération Nationale Cubano-Américaine), et en plus le second de Bjorn Johansen sur le navire était Peter G. Whelpton, membre de la FNCA qui avait pour obsession de renverser le gouvernement de Cuba.

Le président Trump le cherche qu'un prétexte de plus pour nuire à Cuba.
Il est de plus en plus manifeste que Trump a fait sien le rapport qu'écrivait le sous-secrétaire d'Etat pour les Affaires interaméricaines Lester D.Mallory à son secrétaire d'Etat Roy R. Rubottom, le 6 avril 1960 dans un mémorandum où il préconisait :
"La majorité des Cubains soutient Castro, il n'y a pas d'opposition politique efficace... Tous les moyens doivent être entrepris rapidement pour affaiblir la vie économique de Cuba... Une mesure qui pourrait avoir un très fort impact serait de refuser tout financement et livraison à Cuba, ce qui réduirait les revenus monétaires et les salaires réels et provoquerait la famine, le désespoir et le renversement du gouvernement".

Jacqueline ROUSSIE

 legrandsoir.info