Par Andrew Korybko − Le 15 mai 2026 − Source korybko.substack.com
Pourvu que les États-Unis soient prêts à accepter que l'Iran présente cela comme une défaite stratégique sans précédent du 'Grand Satan', ils devraient être en mesure de défendre leurs intérêts réels de manière beaucoup plus solide, tout en offrant à l'Iran un prétexte pour 'sauver la face' et faire des concessions significatives pour mettre fin à la guerre.

Les spéculations vont bon train quant à l'avenir de la présence militaire des États-Unis dans la région à l'issue de la Troisième Guerre du Golfe. Si certains faucons anti-Iran restent bien entendu favorables à son maintien, invoquant pour la plupart que les conditions de fin du conflit, quelles qu'elles soient, devront être contrôlées, de plus en plus de voix se font entendre pour un départ pur et simple des États-Unis. Le présent article présente cinq raisons qui vont dans le sens de cette deuxième tendance, afin d'illustrer en quoi une telle décision serait en réalité favorable aux intérêts étasuniens :
- Les pays du Golfe alliés aux États-Unis se sont avérés peu fiables
Du point de vue des États-Unis, le refus manifesté par les Royaumes du Golfe de prendre part à des opérations conjointes malgré la tentative finalement lancée par les États-Unis de détruire leur adversaire commun a été un choc, même s'ils auraient mené quelques attaques de leur propre initiative sans les rendre publiques. La fermeture rapportée de son espace aérien aux États-Unis par l'Arabie Saoudite pour mener des missions d'escorte - désormais abandonnées - sur le détroit d'Ormuz a constitué un choc tout aussi sévère. De nombreux Étasuniens ne verraient donc aucun inconvénient à ce que leurs forces armées cessent de défendre des alliés aussi peu fiables.
- Les bases étasuniennes ont été plus touchées qu'il n'a été relaté
Pour ajouter l'insulte à la blessure, le Washington Post a rapporté que 'l'Iran a frappé bien plus d'actifs militaires américains que ce qui a été rapporté, selon des images satellites'. Néanmoins, aucun des hôtes américains du Golfe n'a accepté de participer à des opérations offensives conjointes à la suite des destructions que leur adversaire commun iranien a infligées aux installations de leur allié américain sur leurs propres territoires. Il n'y a donc aucune raison pour que les États-Unis continuent à exposer leurs troupes au danger lorsque leurs hôtes ne les soutiennent pas quand il le faut.
- L'Arabie Saoudite envisage d'ores et déjà des solutions de sécurité régionale
Selon les rapports, l'Arabie Saoudite, principal pays du Golfe, a négocié un pacte régional de non-agression avec l'Iran, ce qui signifie donc que les alliés des États-Unis ne veulent pas qu'ils restent sur place, possiblement parce qu'ils leur tiennent grief des dégâts physiques, économiques et de réputation que la guerre leur a infligés. Si l'on fait fi de la mise à mal de la fierté des États-Unis, cette décision s'aligne avec l'esprit de l'"OTAN 3.0" qui veut que les alliés des États-Unis assument des responsabilités plus importantes pour leur sécurité régionale, ce qui constitue donc un argument supplémentaire pour un retrait des États-Unis.
- La poursuite de leurs obligations dans le Golfe gêne le "pivot vers l'Asie" des États-Unis
Tant que les États-Unis continueront de répondre à des obligations dans le Golfe, leur "pivot vers l'Asie" restera limité, ce qui retarde la mise en œuvre de leurs plans d'endiguement de la Chine. Il faut s'attendre à voir cet objectif inchangé, éventuellement avec des changements minimes, malgré la déclaration par Xi d'une nouvelle ère de "relations constructives, stratégiques et fiables avec les États-Unis". Du point de vue des États-Unis, faire monter les pressions sur la Chine améliore les chances d'accords plus favorables, d'où la logique donnant la priorité à cela par rapport à l'aide accordée à des alliés du Golfe peu fiables aux dépens de cette politique.
- Un retrait du Golfe ne céderait pas à la Chine les ressources énergétiques de la région
Les conséquences du vide laissé par le retrait américain du Golfe que la Chine comblerait seraient gérées grâce à la nouvelle influence américaine en Asie centrale, qui contrôlerait les oléoducs sino-iraniens traversant la région, ainsi qu'à travers le nouveau pacte militaire avec l'Indonésie, qui ferait de même pour les exportations du Golfe vers la Chine transitant par Malacca. Les importations terrestres via le Pakistan pourraient être contrôlées grâce à l'influence américaine de facto sur sa junte militaire, tandis que les importations via la Birmanie pourraient être contrôlées soit en achetant la complicité de sa propre junte, soit en intensifiant les menaces de guerre hybride sur place.
À la lumière de tous ces éléments, Trump 2.0 ferait bien d'envisager les avantages d'un retrait du Golfe par les États-Unis, qui pourrait d'ailleurs inciter davantage encore les Iraniens à souscrire à certaines des demandes formulées par les États-Unis, car l'Iran pourrait facilement présenter le tableau comme une défaite étasunienne sans précédent. Pourvu que les États-Unis soient prêts à accepter que l'Iran présente cela comme une défaite stratégique sans précédent du 'Grand Satan', ils devraient être en mesure de défendre leurs intérêts réels de manière beaucoup plus solide, tout en offrant à l'Iran un prétexte pour 'sauver la face' et faire des concessions significatives pour mettre fin à la guerre.
Andrew Korybko est un analyste politique étasunien, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la Guerre hybride.
Traduit par José Martí, relu par Wayan, pour le Saker Francophone
Note du Saker Francophone
Si l'analyse de Korybko est logique, elle néglige le facteur essentiel qui sous-tend cette guerre contre l'Iran et rend ses cinq conseils illusoires : le jusqu'auboutisme du gouvernement israélien et la puissance du sionisme sur le gouvernement étasunien, et même européens quand on voit l'acharnement du gouvernement Starmer contre l'association "Palestine Action". Une puissance trop forte pour que Trump puisse reculer. Il risque fort de relancer cette guerre, quoi qu'il lui en coute politiquement.