23/05/2026 reseauinternational.net  5min #314809

Un pacte de défense mutuelle Islamabad-Riyad pourrait s'étendre à la Turquie et au Qatar !

par Paolo Hamidouche

La raison du regain d'intérêt d'Ankara et de Doha pour cet accord réside dans la reconnaissance que les États-Unis ne garantissent plus la sécurité régionale (ou quoi que ce soit qu'elle ait été) et dans la prise de conscience que, de fait, la présence de bases américaines les place dans le collimateur de leurs adversaires.

Le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Muhammad Asif,  a déclaré que la Turquie et le Qatar pourraient bientôt rejoindre le pacte de défense mutuelle Islamabad-Riyad. Cette évolution, bien qu'accélérée par la guerre contre l'Iran, a été déclenchée par l'expansionnisme israélien, qui a débuté par le génocide à Gaza, déstabilisant la région et y semant la peur.

Un expansionnisme militaire qui a lui-même débuté après l'échec du plan de Tel-Aviv visant à s'imposer comme une puissance régionale dominante grâce aux accords d'Abraham, que l'administration Biden a tenté par tous les moyens d'imposer aux pays arabes (dans la région, seuls les Émirats arabes unis et Bahreïn y ont adhéré).

Si les États de la région ont pu fermer les yeux sur le génocide palestinien - qui a néanmoins engendré des tensions internes -, les ambitions d'Israël semblant se limiter à une vision passée du Grand Israël, ils ne pouvaient ignorer les actions et déclarations ultérieures.

Ainsi, la chute d'Assad a déclenché une rivalité féroce entre Tel-Aviv et Ankara, cette dernière s'efforçant, jusqu'à présent avec succès, de maintenir son influence sur la Syrie malgré l'occupation par Israël du Golan et des régions méridionales, et son ambition de transformer le pays en un État failli.

Dans le même temps, les politiciens et les médias israéliens ont commencé à évoquer un Grand Israël bien plus vaste que les frontières définies jusqu'alors par le judaïsme messianique, ravivant des visions - du Nil à l'Euphrate - propres à une sphère plus restreinte de ce mouvement radical.

Le tournant décisif fut le bombardement israélien du Qatar, cible de la délégation du Hamas réunie sur place pour des négociations. Tous les pays de la région - à l'exception de ceux signataires des accords d'Abraham - y ont vu une menace, tant en raison du manque de scrupules de Tel-Aviv que de la certitude que les États-Unis ne les défendraient pas.

L'Arabie saoudite a alors agi avec audace, concluant en quelques jours un partenariat stratégique avec le Pakistan, doté d'ogives nucléaires capables de dissuasion régionale. Un accord auquel la Turquie et le Qatar étaient pressentis depuis longtemps pour adhérer et qui, semble-t-il, pourrait désormais se concrétiser.

Cette évolution intervient après la première mise en œuvre du partenariat Riyad-Islamabad : après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu entre l'Iran, les États-Unis et Israël le 8 avril, le Pakistan a envoyé une escadrille d'avions militaires et de soutien à Riyad, afin de prévenir de nouvelles attaques en cas de reprise du conflit (en échange, Riyad  a versé 5 milliards de dollars à son partenaire).

Le regain d'intérêt d'Ankara et de Doha pour cet accord s'explique par la prise de conscience que les États-Unis ne garantissent plus la sécurité régionale (ou quelle qu'elle fût), du fait de leur soutien à l'agression israélienne et de l'incapacité de l'armée américaine à les protéger des missiles iraniens, ayant accordé ces droits exclusifs à Tel-Aviv. De plus, la présence de bases américaines les expose aux attaques de leurs adversaires.

Par ailleurs, l'ampleur des dégâts subis par ces bases soulève des doutes quant à la volonté des États-Unis de les reconstruire, compte tenu du coût exorbitant et du temps nécessaire à leur remise en état, nécessairement long - peut-être trop long au regard des risques et des besoins que représente l'avenir proche d'une région en pleine mutation.

Ces doutes sont encore renforcés par la possibilité, actuellement à l'étude, d' établir une présence militaire permanente en Israël, ce qui rendrait inévitablement les bases environnantes moins nécessaires.

Cette dernière hypothèse est plus qu'inquiétante à bien des égards. En effet, indépendamment du fait que l'armée américaine soit bien trop présente sur le sol israélien et que Washington ait soutenu, voire légitimé, toutes ses initiatives agressives, une présence officielle impliquerait nécessairement les États-Unis formellement dans toutes les initiatives militaires israéliennes, lesquelles, du fait de cette implication assurée, pourraient se multiplier.

Au-delà de la controverse, la réduction brutale des capacités opérationnelles des bases américaines dans la région, qu'elle soit temporaire ou non, et le manque de fiabilité de la protection américaine incitent les pays du Golfe à chercher ailleurs la dissuasion dont ils ont besoin pour se protéger dans un Moyen-Orient instable.

D'où le regain d'intérêt d'Ankara et de Doha pour le partenariat stratégique saoudo-pakistanais, et en particulier pour le programme nucléaire d'Islamabad. L'importance de cette évolution est indéniable. Quant aux autres pays de la région, le temps et l'évolution du conflit irano-israélien/américain, ainsi que les développements de l'agression israélienne, auront un impact significatif sur leur destin.

source :  Divergence Politique

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