Par Dmitry Orlov − Le 21 Mai 2026 − Source Club Orlov

[Maxim Shemetov / Pool / Reuters]
Le temps est exceptionnellement estival en ce moment dans le nord de la Russie et ma modeste maison de campagne (alias "datcha") a besoin de pas mal de travaux. Cela ne me laisse que très peu de temps pour mon blog, mais je ferai de mon mieux pour mener plusieurs tâches de front.
Je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer que de nombreux médias occidentaux se sont empressés de comparer le récent voyage de Trump en Chine à celui de Poutine, qui s'est achevé hier. Au-delà du fait qu'il s'agissait dans les deux cas de visites de chefs d'État, qu'elles étaient récentes et qu'elles avaient pour destination la Chine, il n'y a en réalité que très peu de motifs de comparaison, comme l'explique l'extrait suivant de la presse russe :
"Alors que le sommet sino-américain n'a abouti à la signature d'aucun document, la Russie et la Chine se sont mises d'accord sur des dizaines de projets - allant de l'énergie et des infrastructures à la suppression des visas et à la coopération médiatique. Un autre résultat a été une déclaration sur un monde multipolaire, dans laquelle les deux parties se sont opposées à toute pression exercée sur les États souverains." [Dmitry Popov, lenta.ru]
Certains commentateurs occidentaux ont fait des remarques sur le timing des deux voyages - l'un suivant de près l'autre - sans mentionner que la visite de la délégation russe (assise d'un côté de la table ci-dessus) avait été programmée bien à l'avance. D'autres ont commenté le protocole d'État chinois, qui était le même pour les deux visites à l'exception de quelques détails sans importance - sauf un, que je vais décrire dans un instant.
Je n'ai vu aucune mention d'un détail important : le projet de gazoduc Power of Siberia II est désormais lancé. La Russie est déjà le plus grand (et le plus fiable) fournisseur de pétrole et de gaz de la Chine ; cette relation va s'étendre. Soit dit en passant, la Chine continue de recevoir du pétrole d'Iran car les États-Unis n'osent pas s'en prendre aux pétroliers transportant du brut chinois malgré le soi-disant blocus d'Ormuz. Les navires battant pavillon russe traversent également le détroit sans problème.
Revenons aux questions de protocole : les Chinois n'ont pas pris la peine de retirer les drapeaux iraniens des lampadaires le long de la route menant de l'aéroport et de les remplacer par des drapeaux américains ! Ils avaient été accrochés en prévision de la récente visite du ministre iranien des Affaires étrangères. Le fait de ne pas avoir changé les drapeaux à temps pour l'arrivée de Trump pourrait être interprété comme un malheureux oubli ; mais le fait de ne pas l'avoir fait à temps pour le départ de Trump ne pouvait être interprété que comme une insulte. Et la délégation américaine a ensuite enchaîné avec une insulte de son cru : avant de monter à bord de l'avion, elle a jeté les cadeaux qui lui avaient été offerts par la partie chinoise.
Je me demande si Trump et sa joyeuse bande de milliardaires seront un jour réinvités à Pékin. Du point de vue chinois, il semble que ce soit un gaspillage déplorable de ressources publiques que de recevoir cette bande, étant donné qu'il n'y a aucun accord à conclure avec les États-Unis et qu'on ne peut se fier à aucune des paroles sortant de la bouche des Américains.
En attendant, il fait suffisamment chaud dehors pour vernir, c'est donc ce qui est au programme aujourd'hui.