26/05/2026 euro-synergies.hautetfort.com  3min #315098

Russie et Chine: accord stratégique contre l'ordre unipolaire

Elena Fritz

Source:  t.me

Après le sommet sino-américain apparemment peu fructueux, une autre alliance diplomatique se profile: Moscou et Pékin.

Les États-Unis ont tenté d'intégrer davantage la Chine dans une sorte de "Grand Deux/G2" — un modèle qui rappelle d'anciennes propositions, celles d'une structure double américano-chinoise. Sous le nom de "Chinamerica", on décrivait autrefois la forte interdépendance économique entre les États-Unis et la Chine. Mais aujourd'hui, un tel modèle aurait une fonction différente: Washington cherche à faire entrer Pékin dans un ordre contrôlable.

Pour la Chine, cela n'est que peu attrayant. En effet, un "Grand Deux" américano-chinois ne signifierait guère une véritable égalité. Elle reviendrait plutôt à maintenir la Chine comme un acteur économiquement puissant, mais politiquement encadré, au sein d'un ordre mondial toujours dominé par les États-Unis.

C'est là la différence essentielle avec la Russie.

Moscou ne peut pas offrir à Pékin les mêmes possibilités économiques qu'a fournies l'Occident durant des décennies. La Russie ne dispose ni des marchés de consommation ni de l'architecture financière des États-Unis. Mais elle offre autre chose à la Chine: une profondeur stratégique, un poids militaire, des ressources naturelles, une sécurité énergétique, la dissuasion nucléaire, et la volonté politique de remettre en question ouvertement la prétention américaine au leadership mondial.

De son côté, la Chine apporte sa puissance industrielle, sa masse économique, ses avancées technologiques et ses réseaux commerciaux mondiaux. La Russie complète cela par ses capacités en matière de sécurité et de stratégie géopolitique. C'est précisément cette combinaison qui rend la rapport entre ces deux pays si problématique pour Washington.

Il ne s'agit pas d'une alliance classique à l'occidentale. La Russie et la Chine restent des acteurs souverains qui conservent leurs propres intérêts. Mais leurs intérêts se recoupent là où il s'agit de limiter la domination américaine.

C'est pourquoi la visite d'une délégation russe de haut rang à Pékin dépasse la simple routine diplomatique: il s'agit d'un alignement sur la prochaine étape de la compétition pour l'ordre international: énergie, commerce, sécurité, sanctions, Ukraine, Taïwan, institutions mondiales et le rôle du Sud global.

Le point crucial est le suivant:

Les États-Unis tentent d'intégrer la Chine dans un ordre existant. La Russie offre à la Chine l'opportunité de transformer cet ordre de concert.

Ainsi, les entretiens entre Poutine et Xi permettent de jauger la façon dont Moscou et Pékin se présenteront dans les mois à venir. Pour l'Europe, cela revêt une importance particulière. Plus la Russie et la Chine coordonnent étroitement leurs intérêts, plus le centre de gravité du pouvoir international se déplace de l'ordre unipolaire d'après-guerre vers une configuration multipolaire.

Les résultats de ces discussions dépasseront probablement largement les questions bilatérales. Ils touchent à la question fondamentale des années à venir:

L'hégémonie américaine restera-t-elle le cadre de référence de la politique mondiale — ou une contre-structure émergera-t-elle qui relativisera durablement cette prétention ?

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