
En bottes de sept lieues vers la Loi martiale : «the Lesser of Two Weevils» sous couvert de «sécurité» nationale
par Mendelssohn Moses
Connu en anglais sous le terme peu amène de Boll Weevil (1), Sitophilus granarius est un coléoptère qui, non content d'être laid, est spécialement méchant, sa raison d'être étant de ravager les grains stockés. Assez discret dans ses œuvres, le Boll Weevil a toutefois atteint la célébrité internationale suite à son rôle de figurant dans le long métrage Master & Commander.
Or, les Grands, Beaux et Minces qui nous «dirigent», n'ont de cesse de vouloir dépouiller le citoyen - réduit au rang de vermine sous le vocable «internaute» - de son prétendu anonymat sous une infinité de prétextes. Tandis que, tapis derrière écrans et portiques de fumée, virtuels ou en acier, pullulent les Boll Weevils, rédacteurs fossoyeurs des lois et des libertés. Occupés à ravager au passage tous les autres Codes auxquels celle-ci se rapporte, c'est dans les interstices de l'actuelle Loi de Programmation militaire qu'on aperçoit leurs déjections. Et cela s'appelle la Loi martiale.
A côté des lois actuellement votées, le Code de Hammurabi (1750 Av. Jchr.) est d'une parfaite intelligiblité : pour la première fois, la loi et les lois s'y présentent par écrit, au vu et au su de tous, et sous forme compréhensible.
Pas envie de savoir qui ils sont, les Boll Weevils ?
Mais nous sommes en Micronie.
Donc après la loi En Finir avec la Vie, l'inscription de Vous Savez Quoi dans la Constitution (Mlle Braun-Pivet se pavanant à Versailles en bottes à talon aguille (2) voici venue la Loi de Programmation militaire 2024-2030 (3), Opus Magnum des Boll Weevils anonymes.
L'objectif : militariser l'économie, avec un budget de la défense doublé depuis 2017 (4), à 3,5% du PNB avant 2030, et conditionner les Sans-Dent à Opération Barbarossa II (5),
Sans-Dent pour lesquels la France n'a plus de travail décent youtube.com, désormais tenus de soumettre au contrôle numérique jusqu'à l'âge de 50 ans.
Avec ce Projet de Loi, approuvé en de fascinantes circonstances (6), nous avons à faire aux procédés habituels : des énormités tant budgétaires que restrictives des libertés y sont stipulées, souvent assorties d'amendes punitives qui représenteraient la mort civile (cruel and unusual punishment?), sous couvert d'une «menace» ou «urgence» dont les Boll Weevils se garderont bien de donner la moindre définition.
We should be told. La Grande Cause Nationale serait-elle l'horreur que représente la Russie ? L'horreur que représente la Chine ? Ou, autre pays dont personne ne sait absolument rien non plus, l'Indonésie ? Faut-il la nommer, cette Horreur, quitte à la modifier tous les quelques jours ? Les Sans-Dent risqueraient-ils alors de ne plus suivre ?
Que la menace soit ! Mais qu'elle reste aussi protéiforme qu'omniprésente.
Dans la foulée, on admirera l'inflation des peines, à l'instar de celles prévues pour Vous Savez Quoi (7); (8). Ainsi par exemple se trouvent allègrement doublées, sans explication, les peines prévues au livre V de la première partie du code de la défense relative à l'action de l'État en mer ou par le code pénal.
«II. - L'article L. 1521‑9 du code de la défense est ainsi modifié :'
1° Au premier alinéa, les mots : «d'un an d'emprisonnement et de 150 000 euros» sont remplacés par les mots : «de deux ans d'emprisonnement et de 300 000 euros» ; »
Vu la quantité de modifications aux différents Codes que recèle ce Projet de loi, il eut fallu qu'il fût rédigé à zéro - sauf à ce que le citoyen puisse consacrer une semaine à comparer les rédactions des divers Codes concernés. Mais pourquoi se plaindre, puisque l'objectif est de créer la plus parfaite insécurité juridique sous couvert de sécurité nationale ?
Or, une loi se doit de commencer par définir ce de quoi on parle. Ici, «état d'alerte de sécurité nationale» (Titre IV bis), censé nous conditionner au sacrifice ultime est un fantôme, une araignée-fantôme à engluer le plein de mouches (Voir (9)). Cet «état d'alerte» ayant fait l'objet de plusieurs études, regardons plutôt ici la Mobilisation des forces dites «vives» de la Nation.
Ave Caesar, morituri te salutant !
Autrement dit,
Titre IV
Mobiliser les forces «vives» de la Nation
A nous maintenant les Morituri, ceux qui iront mourir pour la Micronie, ces forces abusivement décrites comme «Vives» («Morituri en micronien) : éviter le contre-exemple des racoleurs en ex-Ukraine en les happant tout juste sortis du berceau.
D'abord, cette Journée est obligatoire, sous peine notamment de se voir interdit de passer son BEP, baccalauréat ou permis de conduire (Cf. (10)).
«Art. L. 114‑3. - Lors de la journée de mobilisation, les Français reçoivent une formation qui comporte une sensibilisation aux activités militaires et qui présente (...) les enjeux liés aux menaces hybrides, à la manipulation de l'information et aux ingérences étrangères, les possibilités d'engagement comme militaire d'active ou de réserve dans les forces armées (...)
En bon nuisible, un Boll Weevil s'abstenant de définir le terme «menace hybride», Mendelssohn a cherché la source d'une idée aux contours si flous. Pour la Commission européenne consilium.europa.eu, ce n'est pas flou, mais «souple» : «Qu'entend-on par « menaces hybrides » ? Les définitions des menaces et des campagnes hybrides varient, étant donné qu'elles doivent rester souples pour permettre des réactions appropriées face à l'évolution de la menace...elles constituent une menace pour la démocratie, en s'attaquant à ses valeurs fondamentales et en cherchant à diviser la société et à saper le processus de prise de décision politique. Les campagnes hybrides sont conçues de manière à ce qu'il soit difficile de les détecter.»
Donc, à la tête du client. Whatever.
La Commission européenne occultant de quoi elle parle véritablement, ce sera instructif d'apprendre avec quelles fragiles notions les préposés à la Journée de mobilisation devront endoctriner les Sans-Dent (11) Quant à la manipulation de l'information...
Article L- 111-2, Loi de Programmation militaire
«La journée de mobilisation a pour objet (d'entretenir) le lien entre l'armée et la jeunesse. Elle est l'occasion d'identifier les aptitudes et les motivations des Français pour un engagement au sein des forces armées et des formations rattachées.» ;
«Art. L. 113‑2. - À l'occasion du recensement, les Français déclarent les informations nécessaires à la préparation de la journée de mobilisation... leur état civil, les informations permettant de les contacter ainsi que des données relatives à leur situation familiale, scolaire, universitaire et professionnelle et à leurs compétences attestées.
«Art. L. 113‑7. - Après avoir été recensés, et jusqu'à l'âge de cinquante ans, les Français déclarent chaque année à l'administration chargée du service national tout changement relatif aux informations mentionnées à l'article L. 113‑2 ou confirment, après vérification, l'exactitude de ces informations.» ;
En France les institutions académiques, lycées, écoles possèdent déjà ces informations. Le fisc les possède aussi. Dans quel but précis ces informations doivent-elles être communiquées et à qui ? (« L'administration chargée du service national » n'étant définie, sauf erreur, nulle part). Et ce, jusqu'à cinquante ans ? La France prendrait-elle exemple sur sa grande amie et alliée l'ex-Ukraine ((12) «Men aged 25 to 60 who are fit for military service are generally subject to mobilisation»; (13))
«Art. L. 114‑3. - (suite)... «À cette occasion, ils renseignent un questionnaire destiné à apprécier leur disponibilité, leur motivation et leurs aptitudes pour servir au sein des forces armées et des formations rattachées, en particulier en tant qu'appelé du service national au sens de l'article L. 4132‑11‑1 du code de la défense. Par dérogation au I de l'article 6 de la loi n° 78‑17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés et sous réserve de leur accord, ils communiquent également des informations relatives à leur engagement associatif et à leur état de santé »
Comprenons : les termes «ils renseignent» et «ils communiquent» sont des sommations, non de simples souhaits. Ce service étant obligatoire (y aurait-il des précédents ? (14)), les jeunes ne pourront, sauf à mentir, refuser de divulguer en faveur de quelles associations ils militent, ou de compiler ce questionnaire dont l'objectif est manifestement de profiler les Morituri. Nous sommes loin d'une Journée de mobilisation censée simplement d'éveiller un sentiment d'appartenance et de fierté nationale.
Mange tes épinards ? (15)