L'annonce du retrait des Émirats arabes unis de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) a provoqué un séisme politique dans le golfe Persique. Les désaccords entre les Émiratis et leurs voisins, notamment les Saoudiens, s'étaient certes accrus ces derniers temps, mais personne ne s'attendait à un départ si brusque. Pourquoi Abou Dhabi a-t-il choisi ce moment pour prendre cette décision ?
Le 28 avril 2026, les Émirats arabes unis ont annoncé leur retrait de l'OPEP, à partir du 1er mai. Ils se sont également retiré du cadre élargi désigné sous le vocable d'OPEP+, qui réunit les membres de l'OPEP et une dizaine d'autres pays exportateurs de pétrole, parmi lesquels figure la Russie. Avec ce retrait, l'OPEP au sens strict est réduite à seulement onze membres : l'Arabie saoudite, l'Irak, l'Iran, le Koweït, l'Algérie, la Libye, le Venezuela, le Nigéria, la Guinée-Équatoriale, le Gabon et le Congo-Brazzaville.
Le dernier départ d'un pays du Golfe membre de l'organisation était celui du Qatar, en 2019, dans le contexte d'une crise diplomatique avec les autres États du Golfe au sujet du rapprochement entre le Qatar et l'Iran et du choix du pays de se focaliser sur sa production de gaz naturel. Au vu de la pluie de missiles et de drones iraniens qui s'est abattue sur les Émirats depuis le début de la guerre israélo-américaine contre l'Iran, on peut se douter que la motivation politique émiratie n'est probablement pas la même, même si eux aussi produisent et exportent du gaz naturel. Le départ d'Abou Dhabi est également bien plus significatif pour l'OPEP : leur production de pétrole est plus de trois fois supérieure à celle du Qatar, et ils étaient, au moment de leur retrait, le quatrième producteur de pétrole de l'OPEP, derrière l'Arabie saoudite, l'Irak et l'Iran.
La décision émiratie peut toutefois surprendre. Elle a été prise sans préavis, en plein milieu d'un conflit armé au cours duquel les Émirats arabes unis et leurs voisins ont tous été pris pour cible par l'Iran - surtout les Émirats. Ils ont vu leur image internationale - et notamment l'attractivité du pôle que constitue Dubaï - en souffrir. Pourtant, au lieu de faire bloc avec leurs voisins, avec lesquels Abou Dhabi collabore au-delà de la seule OPEP, notamment au travers du Conseil de coopération du Golfe (CCG), leur retrait de l'OPEP semble indiquer un choix d'isolement stratégique - un choix étonnant au vu du contexte actuel.