01/06/2026 ismfrance.org  5min #315671

Lettre ouverte de Richard Falk concernant la recrudescence des attaques israéliennes contre Euro-Med Monitor et son personnel

Richard Falk, 28 mai 2026. - Je suis Richard Falk, professeur émérite de droit international à l'Université de Princeton. Je m'exprime ici en ma qualité de président du conseil d'administration d'Euro-Med Human Rights Monitor, une organisation de la société civile basée à Genève, qui documente les violations des droits humains au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, en particulier celles perpétrées contre le peuple palestinien. Je suis très fier d'être associé à Euro-Med, en raison du courage et du dévouement dont l'organisation fait preuve sur le terrain depuis sa création en 2011 par son actuel président, Ramy Abdu, qui l'a présidée sans relâche. Lors de mes échanges avec Ramy Abdu, j'ai toujours été impressionné par l'ampleur des réalisations de cette initiative de la société civile, menée avec un budget modeste. Le travail de collecte de preuves et de documentation des allégations repose en grande partie sur le bénévolat de jeunes gens de la région, principalement engagés dans la promotion des droits humains.

Ce qui m'a impressionné et touché chez Euro-Med, c'est le travail indispensable accompli durant ses 15 années d'existence dans des circonstances extrêmement difficiles. Je fais cette déclaration aujourd'hui en réponse à l'intensification des attaques diffamatoires dont Euro-Med est victime, accusé d'être partial et lié au Hamas par le gouvernement israélien, les médias pro-israéliens et des zélotes sionistes dans les pays occidentaux, notamment aux États-Unis. Ces attaques, destinées à discréditer l'organisation, ont notamment inclus des diatribes médiatiques virulentes et des menaces de violence contre son personnel, contraignant Euro-Med à détourner son attention de ses priorités essentielles pour prendre des mesures de précaution afin de protéger ses employés.

Cette récente recrudescence des attaques diffamatoires contre Euro-Med et sa direction fait suite à la publication, le 11 mai 2026, d'une  tribune signée Nicholas Kristof, collaborateur régulier et primé du New York Times. Cet article, soigneusement argumenté et documenté, s'appuyait explicitement sur les rapports d'Euro-Med pour étayer ses affirmations concernant les graves violences sexuelles perpétrées par des responsables pénitentiaires israéliens et des soldats de Tsahal à l'encontre de civils palestiniens, et notamment de détenus, y compris des femmes et des enfants. Il n'était pas rare que des médias influents, des ONG et des militants se fient aux rapports d'Euro-Med, compte tenu de sa réputation de fiabilité. Dans ce cas précis, la notoriété de Kristof en tant que journaliste, et plus encore le fait que le New York Times ait longtemps été considéré comme un média pro-israélien pratiquant l'autocensure concernant les violations les plus graves commises par Israël de ses responsabilités légales et morales envers le peuple palestinien, ont joué un rôle déterminant. La référence de Kristof aux documents d'Euro-Med sur les violences sexuelles contre les Palestiniens aurait dû renforcer la crédibilité et démontrer l'efficacité d'Euro-Med au lieu de servir de tremplin à une campagne de diffamation, comportement caractéristique d'Israël lorsqu'il est accusé de tels actes : une pratique consistant à détourner le débat vers la crédibilité du message pour l'ignorer, surtout lorsque sa véracité est incontestable.

Ces accusations de violences sexuelles, aussi choquantes soient-elles, n'ont surpris personne parmi les observateurs attentifs du comportement d'Israël dans les Territoires palestiniens occupés. La surprise résidait plutôt dans le fait que le New York Times ait enfin rompu son silence habituel sur les atrocités israéliennes, un silence qui durait depuis si longtemps, alors même que les preuves de violations systématiques et flagrantes des droits humains étaient irréfutables.

Ce schéma d'abus sexuels commis par Israël après l'attaque de Gaza du 7 octobre s'est aggravé et est devenu plus notoire. Cette évolution constituait un thème majeur du rapport détaillé publié en mars 2025 par la Commission d'enquête sur le Territoire palestinien occupé, établie par le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies. Outre la description des violations des droits humains, le rapport dressait un constat extrêmement accablant : les "violences sexuelles et sexistes" étaient devenues pour Israël une "méthode de guerre". Il était toutefois reconnu qu'il n'existait pas de preuves convaincantes que le gouvernement israélien ait explicitement adopté cette pratique. La Commission estimait pourtant que ce comportement était implicitement approuvé par les autorités israéliennes, qui réagissaient même aux violations les plus extrêmes en accordant l'impunité aux responsables, quelle que soit la gravité des crimes internationaux commis.

Il est primordial de soutenir l'intégrité d'Euro-Med et des autres organisations objectives de défense des droits humains et de ne pas permettre à la propagande d'État et aux groupes extrémistes soutenant Israël de faire taire ou de discréditer les efforts courageux déployés pour dénoncer les violations des droits humains. Cette attaque contre Euro-Med doit être comprise comme faisant partie d'une campagne plus vaste de répression contre ceux qui disent la vérité (contrairement à l'impunité dont bénéficient les auteurs de ces violations), lesquels risquent non seulement leur réputation, mais aussi leur vie en se consacrant à la diffusion de vérités dérangeantes.

Les sanctions imposées par les États-Unis à la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les violations des droits de l'homme par Israël en Palestine occupée, Francesca Albanese, constituent une attaque tout aussi honteuse contre une personne d'un courage exceptionnel et doivent être considérées comme allant de pair avec ces attaques odieuses contre Ramy Abdo et Euro-Med. Les voix de la conscience mondiale doivent accepter et mettre en pratique la sagesse ancestrale selon laquelle, lorsque la vérité triomphe, la justice est rendue et la dignité humaine et la décence morale sont respectées. De même, lorsque la vérité est étouffée et que les preuves d'atrocités sont passées sous silence ou ignorées, le mal prospère.

Article original en anglais sur  Euro-Med Monitor / Traduction MR

 ismfrance.org