01/06/2026 ssofidelis.substack.com  7min #315718

L'Iran, ou l'art de rester maître du jeu

Par  Pepe Escobar, le 1er juin 2026

La réponse de l'Iran aux provocations américaines a clairement démontré que la version actuelle du projet de cessez-le-feu de 60 jours ne tient pas la route.

Moscou - L'Iran exerce une domination incontestable sur les États-Unis en matière d'escalade. Et c'est ce qui exaspère au plus haut point le très tapageur empereur de Barbaria.

Récapitulons brièvement les faits marquants de la semaine. En représailles directes à une attaque aérienne du CENTCOM à la périphérie de l'aéroport de Bandar Abbas - une violation flagrante de la fiction du "cessez-le-feu" -, le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) a lancé le jour même une frappe ciblée contre une base américaine au Koweït. Le CGRI s'est montré sans ambiguïté : "Si cela se reproduit, notre réponse sera plus ferme".

La réponse extrêmement mesurée du CGRI se veut un avertissement explicite, signalant sans ambiguïté que toute provocation américaine entraînera une riposte, sans pour autant déclencher la reprise d'une guerre totale.

Au début de la semaine dernière, deux navires militaires américains ont tenté un "transit nocturne" dans le détroit d'Ormuz transpondeurs éteints pour échapper à la surveillance de la marine du CGRI et en ignorant les avertissements de navigation réitérés.

Pourtant, les services du renseignement omanais ont repéré les navires, et après le non-respect explicite des avertissements, la marine de l'IRGC a procédé à une frappe ciblée par drone.

En d'autres termes, ce fut l'application stricte des nouvelles lois régissant le chenal de navigation contrôlé par l'Iran au niveau du point d'étranglement maritime le plus sensible au monde.

L'axe sioniste n'a pas manqué de présenter cette action coercitive iranienne comme une attaque directe contre la "suprématie américaine". Il était donc prévisible que la Maison Blanche autorise des frappes contre des infrastructures iraniennes de drones.

Washington, là encore de manière prévisible, a présenté cette riposte militaire comme la réaffirmation proportionnée de sa force de dissuasion. Téhéran, pour sa part, l'a interprétée comme une attaque flagrante des États-Unis en pleine phase de cessez-le-feu.

Ainsi, la frappe de représailles du CGRI contre la base koweïtienne a, une fois de plus, délivré un message sans équivoque : les bases avancées américaines dans le Golfe - qui sont encore intactes - sont des cibles légitimes et perdront à jamais leur statut de sanctuaire.

Sans surprise, le CENTCOM n'a pas cédé. D'autres frappes ont eu lieu mardi et mercredi, et elles ont été accompagnées jeudi de sanctions à l'encontre de la nouvelle agence iranienne de surveillance du détroit, la PGSA.

Le CENTCOM a qualifié les attaques contre les sites radar et de commandement iraniens à Goruk et sur l'île de Qeshm de "frappes d'autodéfense". La Force aérospatiale du CGRI a pris pour cible la base aérienne koweïtienne d'où sont parties les frappes américaines - et a déclaré que les "cibles prévues ont été détruites", ajoutant que la responsabilité "incombe au régime américain".

Un dangereux cycle d'escalade vient de reprendre. Trump et le CENTCOM y voient peut-être une dissuasion tactique. Téhéran n'y voit que de la mauvaise foi stratégique.

Ce qu'ils ne veulent pas que vous sachiez

La réponse de l'Iran à la provocation américaine a clairement montré que la version actuelle du cessez-le-feu de 60 jours proposé est caduque. La Chine soutient officiellement un cessez-le-feu de 60 jours. Pourtant, les États-Unis continuent, dans les faits, de violer le cessez-le-feu actuel, pourtant très fragile.

Les pourparlers de la semaine dernière à Shanghai ont révélé que la Chine entretient des relations très étroites avec l'Iran et intègre constamment les réalités de terrain - et aériennes - dans ses calculs stratégiques à long terme et à plus grande échelle, notamment concernant les flux énergétiques transitant par le détroit d'Ormuz.

De plus, sur l'échiquier stratégique global, la Chine et le Pakistan, en première ligne, ainsi que la Russie et la RPDC en arrière-plan, continuent d'apporter un soutien matériel et stratégique à l'Iran via plusieurs niveaux de flou délibéré et de déni plausible. L'intensité de cette coordination ne cesse de croître.

Les frappes de la semaine dernière sur l'Iran ne servent qu'un seul intérêt : celui du culte de la mort en Asie occidentale, dont l'objectif stratégique consiste à fragiliser les infrastructures militaires iraniennes et à placer Téhéran en permanence sur la défensive - sans se soucier des risques considérables pour les intérêts véritables des États-Unis et la stabilité de l'Asie occidentale.

Le scénario est évident : les généraux du Pentagone, en théorie, pourraient vouloir explorer d'autres pistes, mais les dirigeants politiques de ce que l'on pourrait qualifier de "caste Epstein" sont favorables à la guerre.

Aucune des pétro-monarchies du Golfe - à l'exception des Émirats arabes unis, synonyme de "sionistes arabes" - ne souhaite que les États-Unis reprennent les hostilités. Leur inquiétude est manifestement existentielle. Ils savent que le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et l'entrée éventuelle d'Ansarallah au Yémen dans la danse mèneraient à un désastre majeur de représailles - avec des attaques contre leurs ports et leurs infrastructures énergétiques. Les acteurs du Conseil de coopération du Golfe (CCG) vivent donc dans une peur permanente.

La riposte de l'Iran à ce qui est désormais de notoriété publique - les attaques directes des Émirats arabes unis pendant la guerre - viendra en temps voulu. Le plus urgent concerne l'effondrement effectif du quasi-monopole des Émirats arabes unis sur la navigation en Asie occidentale.

L'Iran et le Pakistan ont établi des interconnexions étroites entre leurs pôles de transit régionaux en l'espace de quelques semaines seulement, avec l'ouverture de sept couches de corridors terrestres, directement reliés au Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC).

Après tout, l'Iran et le Pakistan sont tous deux des partenaires de la Nouvelle Route de la Soie, et cela vaut également pour les ports comme Chabahar, dans le Sistan-Baloutchistan, et Gwadar, dans la mer d'Oman, séparés de seulement 80 km, qui bénéficient d'une nouvelle et surprenante symbiose. Le quasi-monopole maritime des Émirats arabes unis en Asie occidentale en est devenu insignifiant.

Quant au cœur du conflit - le détroit d'Ormuz -, nous venons de franchir un nouveau cap. Si le CENTCOM décide de multiplier les provocations et d'intensifier l'escalade, la prochaine riposte du Corps des gardiens de la révolution islamique visera l'artère vitale, détruisant purement et simplement les ressources aériennes américaines.

Ce sont donc les acteurs favorables à la retenue - la Chine, le Pakistan, les monarchies pétrolières du Golfe, les pragmatiques iraniens - qui devront exercer l'influence nécessaire pour enrayer toute nouvelle escalade belliciste.

Les faits sont sans appel. Trump n'a pratiquement aucune influence sur l'Iran. Et l'Iran exerce une domination écrasante en matière d'escalade.

Ce qui s'est passé cette semaine va bien au-delà d'une flambée temporaire dans le détroit d'Ormuz. Les fondements mêmes de l'Asie occidentale connaissent une rupture structurelle grave et persistante, un bouleversement bien plus profond et instable sous-jacent à tout ce drame.

Et c'est ce contexte instable - illustré par la divulgation d'informations exclusives - qui sera analysé sur une nouvelle plateforme indépendante,  Power Shift.

Power Shift fait ses débuts à l'échelle mondiale ce lundi 1er juin, à 17 h 30 EST [23h heure de Paris], avec un premier épisode spécial intitulé "Iran : ce qu'ils ne veulent pas que vous sachiez". Les téléspectateurs du monde entier, lassés des discours formatés et prêts à découvrir la vérité, peuvent se joindre à nous en direct. Je participerai depuis Moscou. En exclusivité. Sans filtre. Sans censure.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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