par Thierry Meyssan
Alors que le Royaume-Uni et l'Ukraine poussent l'Allemagne à préparer une guerre contre la Russie, nous assistons à l'effondrement de l'Allemagne réunifiée. Le pays est profondément divisé en deux peuples distincts. Son identité est désormais en question. La dissolution de l'Allemagne fédérale est désormais inéluctable. Pendant ce temps, la paix conclue entre Washington et Moscou va provoquer le rattachement d'une partie de l'Ukraine et de la Transnistrie à la Russie. Tandis que l'abandon de ses valeurs par l'Union européenne va provoquer sa fin.

Mykhaïlo Fedorov et Boris Pistorius, ministres ukrainien et allemand de la Défense, signent un accord de production de drones. Volodymyr Zelensky, président non-élu d'Ukraine, et Friedrich Merz, chancelier allemand, se réjouissent de ce rapprochement de leurs industries d'armement.
Même si nous n'en avons pas conscience, la défaite de l'administration Zelensky en Ukraine devrait susciter l'éclatement de la Moldavie, de l'Allemagne et de l'Union européenne. C'est l'hypothèse de travail de la Russie, de la Chine et des États-Unis. Or, nous n'y sommes absolument pas préparés et nos responsables politiques et nos médias ne se sont, pour le moment, pas même posé la question.
La dislocation des deux Allemagnes
Nous n'avons pas compris que la réunification allemande, voulue par les présidents Helmut Kohl et François Mitterrand, a été réalisée en violation du droit international : jamais le peuple de la République démocratique allemande (RDA) n'a été consulté. Nous l'avons accepté parce que nous avions l'impression qu'elle était logique et parce qu'en 14 mois, la responsable communiste de la propagande des Jeunesses communistes de la RDA, Angela Merkel, est devenue ministre démocrate chrétienne de la Jeunesse de la RFA [1].
Mais le parcours personnel de cette responsable politique n'est absolument pas représentatif de son peuple. Nous ne percevons que le point de vue de l'Ouest (62 millions d'habitants lors de réunification) et pas celui de l'Est (16 millions d'habitants à la même époque).
L'industrie de l'Est a été pillée au profit de l'Ouest. Le chômage y a atteint 7,5 % aujourd'hui, tandis qu'il n'est que de 5,7 % à l'Ouest. Le salaire moyen est de 3 973 euros brut à l'Est et de 4 810 euros brut à l'Ouest. Le produit intérieur brut (PIB) par habitant atteint en moyenne 37 711 euros dans les cinq Länder de l'Est, contre 54 162 euros pour ceux situés à l'Ouest.
Aux dernières élections législatives, les deux pays se sont affrontés : les Allemands de l'Est, formés par l'occupation soviétique, ont massivement votés pour Alternative für Deutschland (AfD), tandis que ceux de l'Ouest, formés par l'occupation états-unienne et les nazis qu'ils avaient recyclés, ont voté pour les démocrates-chrétiens et les sociaux-démocrates. Dans les faits, il n'y a pas une seule Allemagne, mais deux [2].
Aujourd'hui, l'Allemagne réunifiée est gouvernée par sa composante la plus nombreuse, celle de l'Ouest, qui tente d'interdire l'expression politique de sa composante de l'Est. Le 2 mai 2025, le parti politique Alternative für Deutschland (AfD) a été qualifié d'organisation "extrémiste de droite" confirmée par l'Office de protection de la Constitution. Or cette formation n'est qu'une réaction face au projet de confédération européenne ; projet qui puise ses racines dans le Neuordnung Europas (Nouvel ordre européen), imaginé par Walter Hallstein pour le compte du chancelier Adolf Hitler avant qu'il ne devienne premier secrétaire général de la CECA (future CEE et Union européenne). Identiquement l'Office de protection de la Constitution de Munich, qui servait à recycler les policiers de la Gestapo dans les années 1950, supervise la répression des journalistes et penseurs qui pourraient faire changer les présupposés des Allemands [3].
Si nous sommes conscients des horreurs de la Sécurité d'État (Stasi) en Allemagne de l'Est, nous ignorons celles qui ont sévi en Allemagne de l'Ouest contre les communistes et contre les gays. Ce fut pourtant une sombre réalité.
L'Allemagne réunifiée actuelle est sous l'emprise du petit groupe des enfants des nazis qui collaborèrent après la guerre avec les occupants anglo-saxons. Le chancelier Friedrich Merz lui-même est le petit-fils d'un dignitaire nazi dont il a adopté les présupposés anti-Slaves. Il n'a aucun problème à travailler avec les "nationalistes intégraux" ukrainiens, qui se disent descendants des Vikings varègues et surtout pas Slaves. Si la tradition germanique refusait de collaborer avec les Russes (d'où le schisme de 1054 séparant le Saint-Empire-romain-germanique de Constantinople, soit un siècle après que l'Ukraine et la Russie se soient converties au christianisme), seuls les nazis ont eu pour objectifs d'exterminer tous les slaves et de s'emparer de leurs terres (le lebensraum, c'est-à-dire l'espace vital de l'Allemagne). Quoi qu'il en soit, l'Allemagne réunifiée n'a pas fait la moindre objection à la nazification de l'Ukraine, depuis l'indépendance de 1991, en passant par le coup d'État de l'EuroMaïdan, de 2014. Elle s'évertue à ignorer les centaines de monuments élevés en Ukraine à la mémoire des nazis et de leurs collaborateurs. Elle ignore le projet de construction d'un Panthéon des Gloires ukrainiennes de l'administration Zelensky et, à la différence du Mémorial Yad Vashem, a refusé de commenter la réinhumation nationale du criminel contre l'humanité Andriy Melnyk, le 25 mai 2026 [4].
La dislocation de la Moldavie et de la Transnistrie
Lors de la dislocation de l'Union soviétique, la Transnistrie a proclamé son indépendance le 2 septembre 1990. Il s'agit d'une petite vallée le long du Dniepr, disposant d'un étonnant micro-climat, dont les Soviétiques avaient fait une cité scientifique. Presque un an plus tard, le 27 août 1991, la Moldavie proclamait aussi son indépendance. Or, il se trouve que ces deux États ne formaient jusque-là qu'une seule région, la République socialiste soviétique moldave. Cependant, le 28 février 1992, les États-Unis firent entrer huit républiques soviétiques indépendantes aux Nations-unies, dont la moldave. Mais pas la Transnistrie. Aux yeux de l'ONU, celle-ci n'est qu'une partie de la Moldavie. Immédiatement après, la CIA tenta de mettre au pas la Transnistrie lors d'une guerre que nous avons oubliée [5].
Depuis lors, la Moldavie et la Transnistrie se sont développées séparément. Les choses sont d'autant plus complexes que la Transnistrie est toujours soviétique, ayant réalisé le rêve de Mikhaïl Gorbatchev de concilier le communisme et la démocratie. Cependant, elle n'est pas parfaite et n'est pas parvenue à résoudre le problème des mafias, comme la Russie l'a fait avec Vladimir Poutine.
La Transnistrie, qui héberge, depuis son indépendance, un arsenal russe et, depuis la guerre de 1992, une force de paix russe, reçoit gracieusement du gaz russe car elle surveille le carrefour de plusieurs gazoducs russes vers l'Europe orientale, centrale et occidentale [6].
À partir de 2019, le complexe militaro-industriel états-unien a milité pour affaiblir la Russie en l'engageant dans des conflits en Ukraine et en Transnistrie [7]. En 2005, Angela Merkel, alors chancelière fédérale, s'adjoint comme conseillère Ursula von der Leyen. Les deux femmes poussent à la création de l'European Union Border Assistance Mission to Moldova and Ukraine (EUBAM) (Mission d'assistance aux frontières de l'Union européenne en Moldavie et en Ukraine). Cet organe européen va assiéger la Transnistrie en entourant ses frontières avec la Moldavie et l'Ukraine, bien qu'aucun de ses deux États ne soit membre de l'Union européenne.
L'accord conclu entre les présidents Donald Trump et Vladimir Poutine à Anchorage, le 15 août 2025, prévoit de reconnaître que le Donbass et la Novorossia sont russes. Cela signifie qu'Odessa ne sera pas libérée par la force, mais annexée par un traité de paix. Or Odessa est contigüe à la Transnistrie. Le président Poutine a accordé, il y a deux semaines, la nationalité russe à tous les citoyens de Transnistrie qui en font la demande [8]. La Transnistrie deviendra donc russe à l'issue de la guerre en Ukraine, faisant exploser la Moldavie. Sa population s'est exprimée déjà deux fois en ce sens.
La dislocation de l'Union européenne
L'unité de l'Union européenne ne nous paraît pas discutable. Pourtant le Royaume-Uni y a adhéré, en 1973, et s'en est retiré, en 2020. En 2005, les électeurs de la France et des Pays-Bas ont rejeté les référendums sur la Constitution européenne. Ils n'ont pas été entendus, l'UE s'écartant de ses "valeurs démocratiques". En 2013, la Troïka européenne (c'est-à-dire à l'époque l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni) impose aux chypriote la confiscation pure et simple des dépôts bancaires de plus de 100 000 euros, l'Union européenne s'écarte un plus de ses "valeurs démocratiques et libérales". En 2024, la Commission européenne intervient secrètement dans l'élection présidentielle roumaine, en finissant définitivement avec ses "valeurs". Aujourd'hui, les États membres de l'UE, sauf la Slovénie et la Hongrie, remettent en cause le fonctionnement à l'unanimité du Conseil européen.
Pendant ce temps, le Royaume-Uni, qui ne fait plus partie de l'UE, constitue une nouvelle alliance militaire, les "Marines du Nord". Cette nouvelle force est composée des armes danoises, estoniennes, finlandaises, hollandaises, islandaises, lituaniennes, lettones, néerlandaises, norvégiennes et suédoises. Rapidement, elle devrait également comprendre les armées allemandes, polonaises et turques ; voire peut-être françaises, mais les va-et-vient de 2025 entre Londres et Paris ne sont plus de mise. Il semble que les Marines du Nord doivent se substituer à l'OTAN, une fois que les États-Unis auront quitté l'Alliance atlantique, à la mi 2027, selon l'équipe du président Trump.
Or cette alliance n'est pas compatible avec l'existence de l'UE qui est une conséquence des clauses secrètes du Plan Marshall (1948).
Nous constatons que le réarmement allemand est financé à la fois par l'Union européenne et par le Royaume-Uni. Ce dernier avait, dans les années 1930, financé le réarmement allemand contre les Soviétiques. Ce n'est qu'après les Accords de Munich (29 au 30 septembre 1938) que l'URSS, persuadée d'être la prochaine proie du III° Reich, conclut l'accord germano-soviétique (23 août 1939) et que Berlin se retourna contre Londres.
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[1] " Angela Merkel, une néo-conservatrice à la présidence de l'Union européenne", par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 12 janvier 2007.
[2] Le second Anschluss. L'annexion de la RDA. L'unification de l'Allemagne et l'avenir de l'Europe, Vladimiro Giacché, traduction Marie-Ange Patrizio, éditions Delga (2015).
[3] " La guerre cognitive en Occident", par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 24 septembre 2024.
[4] " L'Ukraine ambitionne de construire un temple dédié aux criminels contre l'humanité nazis", " L'Ukraine rapatrie les dépouilles de Sophia et Andriy Melnyk, ainsi que de Yevhen Konovalets", Réseau Voltaire, 2 avril et 21 mai 2026. " @yadvashem", X, May 25, 2026.
[5] " En 1992, les États-Unis tentèrent d'écraser militairement la Transnistrie", par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 17 juillet 2007.
[6] " Au cœur de la"Guerre du gaz", la petite République de Transnistrie", par Arthur Lepic, Réseau Voltaire, 3 juillet 2007.
[7] Extending Russia : Competing from Advantageous Ground, Raphael S. Cohen, Nathan Chandler, Bryan Frederick, Edward Geist, Paul DeLuca, Forrest E. Morgan, Howard J. Shatz & Brent Williams, Rand Corporation, May 25, 2019.
[8] " Executive Order granting Russian citizenship to citizens of Transnistria", President of Russia, May 15, 2026.