02/06/2026 linvestigateurafricain.tg  4min #315835

Sénégal : l'ère de la cohabitation fratricide entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko

Komla YAWO

Le feuilleton politique au Sénégal vient de prendre un tournant irréversible. Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a officialisé la composition de son nouveau gouvernement. Cette annonce survient à peine une dizaine de jours après un premier séisme majeur; le  limogeage par le chef de l'État de son premier ministre et allié historique, Ousmane Sonko, devenu depuis le président de l'Assemblée nationale. En formant cette nouvelle équipe sans l'aval de son ancien mentor, le président Faye acte une rupture politique profonde qui redessine complètement la gouvernance du pays.

La surprise et la tension de cet arbitrage résident dans l'architecture même de la nouvelle équipe ministérielle. Le président Faye a choisi d'y intégrer certains membres et alliés du parti des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité (Pastef). Cette nomination constitue un véritable défi à l'autorité d'Ousmane Sonko, qui avait pourtant formellement annoncé le boycott et la non-participation de sa formation politique à cette nouvelle administration.

Le grand écart d'Ousmane Sonko face à l'épreuve du perchoir

Pour les observateurs de la scène politique dakaroise, l'attitude actuelle d'Ousmane Sonko s'inscrit en totale contradiction avec la posture qu'il avait adoptée lors de son installation au perchoir. Lors de ses tout premiers mots à la tête de l'Assemblée nationale, le nouveau président du parlement s'était fendu d'un discours plutôt conciliant, soulignant solennellement que l'assemblée ne mettrait pas en difficulté l'exécutif.

 Le boycott décrété aujourd'hui par le leader du Pastef brise cette promesse de stabilité institutionnelle. En tentant d'isoler le gouvernement du président Faye, Ousmane Sonko bascule d'une posture de garant du jeu parlementaire à celle de chef d'orchestre d'une fronde politique au sein même de la majorité qui les a portés au pouvoir. La cohabitation au sommet de l'État s'annonce désormais particulièrement difficile et complexe.

Quel avenir politique au Sénégal ?

Face à cette rupture, l'avenir politique du Sénégal se dessine autour de trois scénarios majeurs qui détermineront la stabilité du pays.

Le premier scénario est celui d'une paralysie législative par une guerre d'usure. Bien qu'Ousmane Sonko ait affirmé que l'Assemblée ne bloquerait pas l'exécutif, le boycott politique du gouvernement compliquera le passage des lois de finances et des grandes réformes constitutionnelles. L'Assemblée nationale pourrait utiliser son pouvoir de contrôle pour auditionner de manière agressive les ministres ou rejeter les projets de loi présidentiels, installant un blocage institutionnel permanent.

Le second scénario envisage une reconfiguration des alliances et une scission définitive du Pastef. Le fait que le président Faye ait réussi à intégrer des membres et des alliés du Pastef dans son gouvernement, malgré l'interdiction formelle de Sonko, prouve l'existence d'une aile modérée ou légitimiste au sein du parti. À l'avenir, le président Faye pourrait s'appuyer sur ces transfuges et nouer des alliances de circonstance avec d'autres forces politiques pour se détacher de la tutelle d'Ousmane Sonko et se bâtir une nouvelle majorité présidentielle.

Le troisième scénario, plus radical, mène tout droit vers une dissolution de l'Assemblée nationale. Si la cohabitation devient totalement intenable et que le budget de l'État est pris en otage, le président Bassirou Diomaye Faye pourrait user de sa prérogative constitutionnelle pour dissoudre le parlement. Cela provoquerait des élections législatives anticipées, transformant le scrutin en un référendum national où les électeurs sénégalais devront trancher définitivement le duel fratricide entre la légitimité présidentielle de Faye et l'ancrage populaire de Sonko.

 linvestigateurafricain.tg