
Par Nate Bear, le 2 juin 2026
Cette semaine, le Royaume-Uni a révoqué les visas de l'influenceur américain de gauche Hasan Piker et du podcasteur Cenk Uygur, qui devaient tous deux prendre la parole lors d'événements à Oxford et à Londres.
Le gouvernement britannique n'a pas commenté ses motivations, mais il est évident que ces annulations sont liées à leurs opinions sur Israël. Piker et Uygur ne sont en aucun cas des radicaux au sens propre du terme. Ils sont tous deux des progressistes assez conventionnels, proches de l'aile AOC du Parti démocrate. Uygur était autrefois républicain. Ils n'appellent pas à la révolution, mais au vote et à des politiques social-démocrates standard. Rien dans leurs discours n'est radical au regard des conventions, haineux ou incitant à la violence. Mais ils sont opposés au génocide et à Israël, et c'est suffisamment radical pour se voir interdire de séjour au Royaume-Uni.
Bien que cela représente un niveau d'autoritarisme effarant pour une démocratie supposée libérale, cette décision n'est finalement pas si surprenante. De la qualification de groupe terroriste du mouvement non violent Palestine Action à l'arrestation massive de manifestants pacifiques contre le génocide, en passant par les accusations secrètes de terrorisme portées contre des militants pro-palestiniens, la propension du Royaume-Uni à l'autoritarisme au nom d'Israël est une constante du gouvernement travailliste de Keir Starmer.
Le plus surprenant, c'est que la décision d'interdire Piker et Uyghur a suscité plus d'attention et de controverse que si on les avait laissés s'exprimer, et n'apportera aucun vote au Parti travailliste de la part d'une droite déjà hostile.
À première vue, cette décision semble, tout comme la répression de l'activisme pro-palestinien qui a fait perdre des voix au Parti travailliste au profit des Verts, relever d'une politique particulièrement néfaste. Mais je dois reconnaître, comme on me l'a fait remarquer quand j'ai partagé ce point de vue sur Twitter, que la politique n'est sans doute pas le sujet ici. Je dois admettre que les calculs politiques rationnels, dès qu'il s'agit d'Israël, entrent rarement dans l'équation de la plupart des gouvernements occidentaux. Peut-être que la servilité sans borne envers les sionistes et le sionisme est l'unique position valable. Peut-être que le seul objectif consiste à afficher son intention de tout faire pour Israël, quelles qu'en soient les conséquences politiques sur le plan national. Et, chose inquiétante, nous devons envisager que plus les retombées sont graves, mieux c'est. Ce qui semble illogique à première vue, mais on peut avancer que plus un élu endure les critiques pour défendre Israël, plus il en tirera profit sur le long terme. Et si ce n'est pas sur le plan politique, alors certainement sur le plan personnel et financier.
Cette analyse me semble largement fondée, et je comprends que les gens, face à de tels épisodes, aient de plus en plus de mal à interpréter la situation autrement. Mais l'explication me semble incomplète. Le sionisme servile, peu propice en termes électoraux, est selon moi un principe fondamental de l'anti-politique du centrisme. Une anti-politique qui s'accroche, contre toute évidence, à ce mythe du juste milieu où un antifasciste passe pour un fasciste. J'ai côtoyé ces gens de près, et leur capacité à inventer des équivalences carrément fausses entre les "extrêmes" - parce que c'est leur manière de se rassurer sur leur idéologie politique dépassée - peut être vraiment difficile à comprendre. Ils mettront en avant que le Royaume-Uni a également interdit l'entrée aux partisans de la droite, et citeront des mesures progressistes symboliques comme la reconnaissance de la Palestine ou la sanction de quelques colons israéliens, comme preuve de leur sincérité centriste. Ils pensent vraiment que la solution idéale consiste à s'opposer à la fois au discours fasciste et au discours antifasciste, et, victimes d'un sionisme qui leur a lavé le cerveau, ils ne réalisent pas que leur soutien à un État d'apartheid coupable de génocide est de nature intrinsèquement fasciste.
Mais bien évidemment, le Royaume-Uni n'est pas le seul concerné.
La France et l'Allemagne ont également sévèrement réprimé les voix pro-palestiniennes et s'efforcent de faire de la critique d'Israël un délit pénal, au nom d'une politique malsaine d'"anti-extrémisme" reposant sur un amalgame entre antisionisme et antisémitisme.
Le mois dernier, la France a refusé un visa d'entrée au militant palestinien des droits de l'homme Shawan Jabarin, une décision prise deux semaines après avoir arrêté l'une de ses propres députées européennes élues, Rima Hassan, pour son engagement en faveur de la Palestine. La France cherche en outre à faire adopter une loi faisant de la critique d'Israël un délit passible d'une peine pouvant aller jusqu'à cinq ans de prison. L'Allemagne s'est lancée dans une campagne de répression similaire, frappant durement la dissidence anti-israélienne en interdisant les manifestations, en arrêtant des militants, en qualifiant les slogans pro-palestiniens d'antisémites et en refusant l'entrée sur son territoire à des personnalités pro-palestiniennes. L'UE a également gelé les comptes bancaires des détracteurs d'Israël et de l'OTAN dans une tentative désespérée de reprendre le contrôle du discours sur le statu quo.
Bien qu'il s'agisse là des mesures les plus médiatisées pour criminaliser l'antisionisme en tant que discours de haine, même dans des pays considérés comme plus favorables à la Palestine, comme l'Espagne, la violence policière et la répression à envers les militants pro-palestiniens sont monnaie courante. Cette semaine encore, une Palestinienne enceinte a été jetée violemment à terre et brutalisée par la police néerlandaise après que son mari, un Palestinien de Gaza, a été arrêté pour de fausses accusations de trouble à l'ordre public.
Et ce, alors que Gaza a été littéralement réduite à un camp de concentration, où 1,8 million de Palestiniens vivent dans des tentes, entassés sur à peine 133 kilomètres carrés, tout en continuant d'être assassinés sans discernement depuis le ciel, et alors que les maladies se propagent de manière effrénée.
Mais pour la plupart des gouvernements européens, en particulier ceux dominés par les vieux partis de centre-gauche et de centre-droit, la barbarie des colons israéliens dans les territoires occupés est loin d'être un exemple d'extrémisme. Les agressions sexuelles et les viols de citoyens européens par des soldats israéliens, par contre, ne sont pas des actes d'extrémisme à condamner ou à prendre trop au sérieux. Non, les véritables extrémistes, à leurs yeux, sont ceux qui s'opposent à la création de camps de concentration palestiniens, qui dénoncent les cachots de viol israéliens et condamnent le génocide des Palestiniens.
Le sionisme est sans aucun doute une idéologie totalitaire qui a profondément infecté l'Europe et qui, en ces temps de crise, révèle les contradictions majeures entre le libéralisme professé par le continent et son libéralisme en pratique. Mais dire que le sionisme à lui seul détermine les contours politiques de l'autoritarisme européen grandissant ne suffit pas. Le Royaume-Uni a notamment condamné des militants écologistes pacifiques à des années de prison.
Selon moi, il est plus juste de dire que le statu quo de l'establishment est par nécessité sioniste, et qu'une anti-politique centriste, qui ne défend rien d'autre que le maintien d'un statu quo violent et oppressif, est le vecteur politique idéal pour une telle idéologie.
Israël est un projet européen vital et un prolongement géopolitique précieux du statu quo de violence, et adopter une tendance naturelle à l'autoritarisme pour le préserver s'avère parfaitement logique.
Traduit par Spirit of Free Speech