Andrew Day
AFP
Le choix entre "accord ou guerre" est une fausse dichotomie - et c'est tant mieux.
Le président Donald Trump a toujours affirmé préférer un accord à une guerre avec l'Iran, tout en précisant qu'il n'hésiterait pas à recourir à la guerre si nécessaire.
Et effectivement, l'année dernière, face à l'échec des négociations sur le nucléaire iranien, Trump a bombardé les installations nucléaires du pays. Fin février, toujours sans accord global, il a lancé, avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, une guerre conjointe de grande envergure contre l'Iran, qui a rapidement dégénéré en catastrophe géopolitique et économique mondiale.
Le conflit est resté intense jusqu'au cessez-le-feu d'avril dernier. Quoi qu'il en soit, Trump est de retour sur le terrain des négociations, mais il a modifié son discours, comme à son habitude : désormais, il affirme qu'il n'aura d'autre choix que de conclure un accord majeur ou de déclencher une guerre majeure. "Ce sera soit un accord exceptionnel pour tous, soit pas d'accord du tout - retour au front et aux combats, mais en plus grand et plus intense que jamais", a écrit Trump lundi sur Truth Social. "Et personne ne veut ça !"
Le président a raison : personne ne veut ça. Trump lui-même ne le veut manifestement pas, ce qui explique ses ultimatums spectaculaires, allant jusqu'à menacer d'anéantir la civilisation iranienne si Téhéran ne rouvrait pas le détroit d'Ormuz, avant de renoncer à mettre sa menace à exécution face au refus de la République islamique.
Pour comprendre les efforts de Trump pour mettre fin à la guerre et ses chances de succès, il faut accorder moins d'importance à ses fanfaronnades sur les réseaux sociaux et davantage réfléchir aux contraintes qui pèsent sur lui. Si vous faites cela, je pense que vous conviendrez avec moi que nous n'assisterons probablement ni à une grande guerre ni à un accord majeur - et que la première option est plus probable que la seconde. Dans ce cas, Trump devrait plutôt viser un accord de moindre envergure qui mette fin à la guerre tout en laissant en suspens les questions politiques épineuses. Vendredi dernier, alors que les commentateurs s'affolaient à l'idée que Trump soit sur le point de relancer la guerre, j'ai fait une prédiction contraire, écrivant sur X : "Pas d'attaque, pas d'accord. Impossible d'obtenir un accord global de type JCPOA en raison de contraintes politiques. Impossible d'attaquer en raison des contraintes liées aux munitions et des capacités de riposte de l'Iran."
(Le JCPOA - ou Plan d'action global commun - était l'accord sur le nucléaire iranien conclu par le président Barack Obama en 2015 et dont Trump s'est retiré trois ans plus tard. Les analystes estiment que Trump subit des pressions pour obtenir un accord plus vaste et plus avantageux que celui-ci afin d'éviter de donner l'impression d'avoir commis une grave erreur avec l'Iran.)
Samedi dernier, l'opinion générale a radicalement changé et les commentateurs s'attendaient soudainement à ce que Washington et Téhéran concluent un accord de paix historique. Les faucons anti iraniens étaient en proie à la panique, tandis que les colombes étaient en liesse, et tout cela principalement sur la base de déclarations optimistes de Trump. La réaction excessive des faucons illustre le type de contraintes politiques qui m'inquiètent. Chaque fois que Trump semble sur le point de conclure un accord de paix avec l'Iran, le lobby israélien s'emballe, l'accusant de faire des concessions au principal adversaire d'Israël au Moyen-Orient. "L'AIPAC retweete actuellement des politiciens qui dénoncent violemment l'accord de paix que Trump aurait conclu avec l'Iran", a observé Eli Clifton du Quincy Institute samedi, en faisant référence au plus important groupe de lobbying pro-israélien.
Israël se plaît à laisser ses partisans à Washington combattre le président en son nom, mais dispose d'autres moyens, plus indirects, de perturber la diplomatie. L'Iran insiste pour que le cessez-le-feu actuel couvre l'ensemble du conflit régional, y compris au Liban, où Israël mène une campagne militaire meurtrière. Ainsi, Israël peut saboter les négociations de paix en intensifiant les hostilités au Liban.
C'est l'une des principales raisons pour lesquelles le cessez-le-feu n'est qu'une façade, journalistes et dirigeants mondiaux inventant sans cesse de nouveaux termes pour le décrire : "fragile", "à bout de souffle", "sous tension", voire "en soins intensifs" (une expression chère à Trump, bien sûr). Aujourd'hui, alors que grandissent les espoirs d'un accord de paix, ou au moins d'un "mémorandum d'entente", entre Washington et Téhéran, Netanyahu intensifie la campagne au Liban.
À moins que Trump n'exerce une réelle influence sur Israël, le problème persistera - et il n'a jamais semblé particulièrement enclin à le faire. Aussi, au lieu de recourir à la force, Trump a-t-il mis en place une nouvelle stratégie d'incitation. Lundi, il a déclaré qu'un accord avec l'Iran devrait exiger de la Turquie, du Pakistan, de l'Égypte, de la Jordanie et des pays arabes du Golfe la signature des accords d'Abraham, qui ont normalisé les relations entre les pays musulmans et Israël.
Trump tente d'inciter Israël à soutenir un accord avec l'Iran, mais cette initiative complexifie davantage des négociations de paix déjà ardues. Les pays à majorité musulmane s'indignent du traitement infligé par Israël aux Palestiniens ; leurs dirigeants ne peuvent donc pas signer les accords sans risquer des répercussions politiques internes.
Subordonner la réussite des négociations entre les États-Unis et l'Iran au comportement d'un petit nombre de pays musulmans n'est guère une solution viable au problème de l'influence d'Israël. Et cela ne correspond pas à la politique de "L'Amérique d'abord". Les opposants à la guerre contre l'Iran devraient encourager Trump à changer de cap, à restreindre le champ des négociations afin de limiter l'influence des pays saboteurs et de reporter les questions politiques les plus épineuses. Compte tenu du poids de l'Iran, Trump devrait faire d'importantes concessions pour obtenir un accord global limitant son programme nucléaire et abordant les grandes problématiques régionales. Or, de telles concessions ne manqueraient pas d'exaspérer les faucons iraniens. Il est donc préférable de viser un accord modeste et réalisable qui mette officiellement fin à la guerre, stabilise les relations bilatérales et instaure un cadre pour un dialogue continu.
Si même un accord limité s'avère impraticable, à cause d'Israël ou d'un autre facteur, les voix pacifistes devraient souligner que Trump n'a pas besoin d'accord : il peut simplement mettre fin à la guerre. Le choix binaire "accord ou guerre" est un faux dilemme, et c'est tant mieux, vu la difficulté à conclure un accord. L'Iran ne représente pas une menace pour le territoire américain, et les États-Unis ont déjà suffisamment de problèmes à gérer sur le plan intérieur. Monsieur le Président, il est temps de rentrer au pays.
Source: The American Conservative
Traduit de l'anglais par Brahim Madaci pour Afrique Asie
