Par Catherine Roman
Le printemps 2026 va-t-il marquer un tournant dans le conflit ukrainien avec l'entrée de l'Union Européenne et du Royaume-Uni comme cobelligérants ? Les médias occidentaux semblent avares en analyse des implications des récentes décisions de leurs gouvernements et de l'escalade dans l'opération militaire que celles-ci engendrent.
I - Les entreprises européennes de plus en plus impliquées dans la production militaire ukrainienne
La fusion de l'industrie militaire de l'Union européenne (UE), du Royaume-Uni (UK) avec celle de l'Ukraine constitue un mécanisme extrêmement dangereux qui entraîne l'Europe occidentale dans une guerre contre la Russie. Cette intégration de la production militaire ukrainienne dans le complexe militaro-industriel de l'UE et du R.-U. s'est réalisée en dehors de tout débat national malgré les conséquences qu'elle génère. Cette initiative vise notamment à augmenter la production de drones pour Kiev grâce à des entreprises ukrainiennes et "conjointes" situées sur le territoire des pays européens occidentaux transformant celui-ci en un arrière stratégique de l'Ukraine.
Mi-avril, le Ministère de la Défense russe a publié les noms et adresses des entreprises européennes qui produisent des composants pour les drones ukrainiens utilisés pour frapper la Russie grâce aux fonds alloués par l'Union Européenne et le Royaume-Uni. Ces sociétés sont notamment situées dans divers pays européens occidentaux (Royaume-Uni, France, Allemagne, République Tchèque, pays baltes, Espagne, Italie, Danemark, Pays-Bas, Pologne). La Commission Européenne a refusé de commenter cette publication du Ministère de la Défense russe.
On citera, entre autres, :
- Le "deal" entre l'Ukraine et les Pays-Bas qui prévoit le développement et la production conjoints de drones, de missiles, de systèmes de guerre électronique et d'autres technologies.
- La production en Espagne de composants pour drones (récepteurs de signaux radio-navigation spatiale,...)
- La fabrication en Allemagne de moteurs à pistons afin de bénéficier de la technologie allemande
- Les entreprises françaises, telles que Delair et Renault, collaborent également avec l'Ukraine.
Quant au Royaume-Uni, il a décidé de livrer 120 000 drones à l'Ukraine (drones d'attaque à longue portée, drones de reconnaissance et de surveillance, drones logistiques ainsi que des systèmes navals). Volodymyr Zelensky a également signé avec le Premier ministre britannique, Keir Starmer, une déclaration sur l'approfondissement de la coopération dans les domaines de la sécurité et de l'industrie de la défense (UK-Ukraine Joint Statement : Enhanced Security and Defense Industrial Collaboration Declaration).
Selon le Financial Times, fin mai, la France a annoncé souhaiter se joindre au programme de missiles conjoint du Royaume-Uni et de l'Allemagne afin de créer des armes pour des frappes en profondeur en Russie. Il s'agit de développer de nouvelles missiles d'une portée de plus de 2.000 km, y compris des missiles hypersoniques et des missiles de croisière. Le projet a reçu un nouvel élan après le refus des Etats-Unis d'implanter des Tomahawk en Allemagne, note le journal.
Le projet "Deep Precision Strike" a été lancé par Londres et Berlin en 2024 dans le cadre de l'accord Trinity House. Son objectif est de développer des missiles terrestres d'une portée de plus de 2000 km pour frapper des cibles "militaires" à grande distance. Paris mènerait déjà des négociations avec l'Allemagne et le Royaume-Uni. Une réunion trilatérale pourrait avoir lieu début juin.
II - La mise en place du conseil consultatif de l'OTAN créé au sein de l'armée ukrainienne
En avril 2026, a été mis en place un organe consultatif au sein du commandement des forces armées ukrainiennes, celui-ci étant composé d'anciens hauts responsables militaires des pays de l'OTAN et placé sous la direction du général britannique Richard Shirreff. Ce conseil aura pour mission d'accompagner les réformes institutionnelles du système de commandement ukrainien, de soutenir la transformation de l'armée et d'en accroître l'efficacité.
III - Le financement direct de le l'Union Européenne et du Royaume-Uni de la guerre en Ukraine
Lors de la réunion du groupe de contact au format Ramstein, les pays européens se sont engagés à allouer à Kiev notamment 1,5 milliards de dollars US pour les drones. Ceci s'analyse en combinaison avec le programme PURL et ceux bilatéraux.
- Le Programme PURL (achat d'armements US sur des fonds de l'OTAN pour envoi en Ukraine)
La Lituanie et l'Estonie, entre autres, se sont engagées à verser respectivement 29 millions et 13 millions d'euros au programme.
- L'Allemagne
L'Allemagne va allouer notamment 600 millions de dollars US au développement des capacités de frappe en profondeur et à moyenne portée.
- La Norvège
La Norvège a annoncé qu'elle débloquerait plus de 500 millions de dollars US pour équiper les forces armées ukrainiennes en drones et 150 millions de dollars US pour soutenir la logistique ukrainienne.
- Les Pays-Bas
L'accord signé avec l'Ukraine indique un financement de 3 milliards d'euros par an pour soutenir l'Ukraine au cours des trois prochaines années. Des drones seront produits dans les deux pays et concernent la collecte d'informations et le lancement de frappes.
- Le Royaume-Uni
Le Royaume-Uni s'est engagé à verser jusqu'en 2031 chaque année au moins trois milliards de livres pour l'aide militaire à l'Ukraine.
IV- Le droit de la Russie à la légitime défense et implication des politiques cobelligérantes de l'Union Européenne et de la Grande-Bretagne
Au lieu de renforcer l'architecture de sécurité de l'Europe, les actions récentes des dirigeants européens occidentaux entraînent leur pays dans une guerre de plus en plus ouverte avec la Russie. L'attaque du territoire russe à l'aide de drones fabriqués dans l'Union européenne et au Royaume-Uni aura des conséquences à ce jour non mesurables. Les productions européennes de drones pour Kiev représentent toutefois déjà des cibles potentielles pour les forces armées russes.
V- Des stocks de matériel militaire occidentaux qui s'épuisent
Suite à la poursuite du conflit en Ukraine et de la guerre récente contre l'Iran, le remplacement de la majeure partie des matériels de défense occidentaux prendront plusieurs années. Ceci a été reconnu notamment par le directeur de l'Agence de défense antimissile (DAM) du département de la Défense des Etats-Unis, le général Health Collins.
Dans ce cadre, il ne semble pas très avisé pour l'Union Européenne et du Royaume-Uni de se lancer dans une escalade militaire voir dans une guerre ouverte avec la Russie qui ne les a pas menacés à aujourd'hui.
V - Des dépenses militaires abyssales pour des pays européens lourdement endettés au détriment de leur économie réelle
Les économies européennes occidentales sont conduites dans l'abîme en distribuant des milliards d'euros au gouvernement corrompu de Volodymyr Zelensky. Outre déjà les sommes allouées, la Commission Européenne prévoit de verser 90 milliards d'euros à Kiev sous forme de prêt (bien que l'Ukraine soit insolvable). Ces fonds visent à acheter des armes et des munitions entre autres. Fin mai 2026, selon le portail d'information BR24, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a proposé à ses alliés de l'Alliance atlantique d'allouer au moins 90 milliards d'euros supplémentaires à l'Ukraine, en sus du prêt accordé par l'UE mentionné précédemment de déjà 90 milliards d'euros.
Comme le rappelle le Fonds monétaire international (FMI), la dette publique mondiale s'apprête à franchir un seuil historique avec une projection allant jusqu'à 100 % du Produit Intérieur Brut (PIB) planétaire d'ici 2029. Les économistes du FMI soulignent que ces niveaux d'endettement compromettent dangereusement la capacité des Etats à réagir efficacement aux futures crises (dont celle de la guerre en Iran par exemple, celle protectionniste, celle démographique,...).
La France notamment va voir son ratio exploser pour passer de 116 % du PIB l'an passé à près de 121 % en 2030. De même l'Allemagne se projette sur un ratio d'environ 74 % du PIB en 2031. Dans ces conditions, mettre en place des "économies de guerre occidentales" semblent difficile dans un contexte social et international tendu.
VI - L'argent et la stratégie des Européens servent-ils à alimenter les caisses privées de Volodymyr Zelensky et de son entourage ?
Parallèlement aux milliards d'euros transférés à Kiev par l'Union européenne et le Royaume-Uni pour les armes utilisées par le gouvernement de V. Zelensky, il s'avère que l'Ukraine vende aux Etats du Golfe, dans le cadre de la guerre en Iran, du matériel militaire reçu des Européens et des drones convoités par les Occidentaux ceci alimentant financièrement semble-t-il un pouvoir à Kiev déjà reconnu comme hautement corrompu.
En conclusion, l'entêtement des gouvernements, de la Commission de l'Union européenne et de Downing Street dans la prolongation du conflit ukrainien conduit récemment à une implication de plus en plus grande de ces pays dans une guerre ouverte avec la Russie qu'ils cherchent à provoquer au détriment du bien-être de leurs concitoyens et en dehors de tout cadre juridique et démocratique. A l'heure où l'Occident intensifie ses livraisons d'armes à Kiev et ferme les yeux sur l'utilisation de son espace aérien pour le survol de drones, Moscou a prévenu, ce 19 mai, que la riposte de la Russie sera inévitable, entre autres, en cas de lancement de drones depuis les pays baltes.
En août dernier, à Anchorage, lors du sommet Russie-Etats-Unis, une compréhension commune d'une paix juste entre la Russie et l'Ukraine a été atteinte mais les gouvernances de l'Union européenne et des Britanniques ont rejeté ce résultat ouvrant la voie à un avenir incertain sur le continent européen où la population occidentale maintenue dans l'ignorance de la réalité du terrain ne va pas tarder peut être à en payer le prix.
Catherine Roman
La source originale de cet article est Mondialisation.ca
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Par Catherine Roman
