Par Al Mayadeen, Sayed Abbas Araghchi
Interview de Sayed Abbas Araghchi, ministre des Affaires étrangères de la République islamique d'Iran, sur la chaine libanaise panarabe et pro-Axe de la Résistance Al-Mayadeen, le 3 juin 2026.
JOURNALISTE : Bienvenue, Monsieur le Ministre, docteur Araghchi, dans cet entretien exclusif. Merci d'avoir accepté l'invitation et de nous accorder ce moment en cette période particulière, précise et extrêmement sensible.
Nous devrions sans doute commencer cet entretien en abordant le cadre général de la guerre, embrasé, et la situation iranienne, mais permettez-moi, Monsieur le Ministre, de commencer par le dossier que nous jugeons extrêmement brûlant : le dossier libanais.
Il y a deux jours à peine, nous étions au bord d'une agression israélienne barbare, massive et féroce, non pas sur le Liban et son Sud, car cela se produit déjà, mais sur sa capitale Beyrouth et sa banlieue sud. Le monde entier en a parlé, et l'Iran a pris position. Monsieur le Ministre, s'il vous plaît, pour commencer : que dites-vous sur ce dossier brûlant, sur l'agression qui était imminente contre le Liban ?
MINISTRE ARAGHCHI : Tout d'abord, je vous souhaite la bienvenue et je vous remercie de cette invitation à cette émission. C'est un honneur pour moi d'intervenir sur le réseau Al-Mayadeen. Je vous remercie pour les mots aimables que vous m'avez adressés et pour votre regard bienveillant.
En ce qui concerne le Liban : nous considérons, en toute circonstance, le Liban comme un pays ami et frère. Nous n'avons jamais cherché à nous ingérer dans les affaires intérieures libanaises. Nous avions des points de vue et des observations que nous avons exprimés. Quant au Hezbollah, en tant que composante essentielle de la structure politique libanaise, il est naturel que nous soutenions et défendions ses principes, mais nous n'avons jamais été derrière une ingérence dans les affaires intérieures du Liban.
Cependant, dans cette dernière guerre entre l'Iran et l'Amérique, le Liban est une partie indissociable de l'Iran. Cette guerre oppose l'Iran à l'Amérique et à Israël, l'entité sioniste, et le Liban en est naturellement une composante à part entière, d'autant qu'il a subi des agressions tout au long de cette guerre. C'est pourquoi nous considérons que le destin de la guerre de l'Iran face à l'Amérique et à Israël n'est pas dissociable du destin de la guerre au Liban, et qu'il existe un lien profond entre les deux.
Dès le premier jour où a été posée la question des négociations, du cessez-le-feu et de la fin de la guerre, notre position était très claire : la fin de la guerre et le cessez-le-feu devaient concerner l'Iran et l'ensemble des fronts de la résistance, notamment le Liban [et, vraisemblablement, Gaza]. Sur ce point, nous avons été constants. Lorsque la guerre et le cessez-le-feu ont été conclus, lors de mon entretien avec le Premier ministre pakistanais respecté, M. Shahbaz Sharif, je lui ai déclaré sans détour et lui ai demandé expressément que lorsqu'on dit que la guerre s'arrête sur tous les fronts, le mot "Liban" en particulier devait être inscrit dans le texte, et c'est ce qui a finalement eu lieu.
Mais aujourd'hui aussi, dans les négociations que nous menons pour parvenir à un mémorandum d'entente avec les États-Unis d'Amérique, qui en sont à leur phase initiale, le premier point est la fin de la guerre, et dans la première phrase, nous avons stipulé l'arrêt de la guerre sur l'ensemble de l'Axe de la résistance, et en premier lieu au Liban.
Le Liban, dans cette guerre qui nous a été imposée par l'Amérique et Israël, a payé un lourd tribut. Nous n'oublierons jamais le peuple libanais, nos amis et nos proches au Liban qui ont été pris pour cible par Israël. Et certainement, notre destin ne fait qu'un pour mettre fin à cette guerre en Iran, dans la région, et au Liban également, ce destin sera lié et commun.
JOURNALISTE : Que signifie concrètement "destin commun" à la fin de la guerre ?
MINISTRE ARAGHCHI : Cela signifie que soit la guerre s'arrêtera à la fois en Iran et au Liban, soit elle ne s'arrêtera ni en Iran ni au Liban.
JOURNALISTE : Docteur Araghchi, franchement, au cours de ces deux derniers jours, de nombreuses informations ont circulé. Certains ont dit que c'est Trump en personne qui a arrêté l'agression israélienne contre le Liban ; d'autres ont dit que c'est l'autorité libanaise ; d'autres encore ont évoqué des pays arabes, des pressions venant d'ici ou là. Indépendamment de tout cela : quel a été précisément le rôle de l'Iran, sur le plan militaire, politique et diplomatique ?
MINISTRE ARAGHCHI : Je crois, selon mon appréciation, que ce qui a mis un coup d'arrêt à la guerre en l'espace de deux jours, c'est avant tout la capacité de la Résistance, la capacité des forces armées iraniennes et de la Résistance libanaise. Car lorsque les forces de l'entité sioniste ont envisagé d'attaquer la banlieue sud, nous avons adopté une position ferme et tranchée, et nos forces armées se sont préparées à riposter.
Depuis plusieurs jours maintenant, tandis qu'Israël viole le cessez-le-feu conclu entre l'Iran et l'Amérique, ainsi que le cessez-le-feu au Liban, ces violations font l'objet de réponses de la part du Hezbollah. Cependant, une violation du cessez-le-feu à Beyrouth constitue une agression majeure. Nous avons fait savoir à toutes les parties que si Beyrouth était attaquée, nous ne le tolérerions pas, et que du point de vue iranien, le cessez-le-feu entre nous et l'Amérique et Israël serait alors considéré comme caduc, et que nos forces armées riposteraient. J'ai transmis ce message aux Américains, ainsi qu'à nos amis dans la région. Cette nuit-là, j'ai contacté les pays concernés et leur ai dit sans ambiguïté que si l'agression israélienne s'intensifiait, la guerre reprendrait et qu'il était de notre devoir d'y faire face.
Je remercie tous les pays de la région qui ont contribué à cette démarche, qui se sont mobilisés et ont contacté l'Amérique, exercé des pressions sur elle. Et finalement, l'attaque d'Israël contre la banlieue de Beyrouth a été arrêtée par l'Amérique : les rapports existent dans les médias sur la manière dont cela s'est produit.
Ce qui détermine le destin de la guerre, c'est donc la capacité de la Résistance et la capacité de nos forces armées. Par leurs ripostes puissantes, elles feront regretter à l'ennemi ses actes. Cette nuit-là, nous avons adopté une position ferme et tranchée. Nos forces armées ont publié un communiqué, de même que le quartier général (interarmées) de Khatam al-Anbiya a fait un communiqué clair. La diplomatie a également adopté une position claire, et le résultat a été que l'entité sioniste a fait marche arrière et a renoncé à son attaque contre la banlieue sud de Beyrouth.
JOURNALISTE : Oui, nous avons lu et suivi les communiqués des forces armées, de Khatam al-Anbiya aux Gardiens de la Révolution. Mais les forces armées iraniennes étaient-elles réellement prêtes, sur le plan opérationnel, à reprendre la guerre et à frapper Israël si Beyrouth et la banlieue avaient été envahies ou attaquées ?
MINISTRE ARAGHCHI : À tout instant, nos forces armées sont prêtes à cela.
JOURNALISTE : Ce jour-là, étaient-elles réellement prêtes à frapper Israël si celui-ci avait frappé la banlieue et Beyrouth ?
MINISTRE ARAGHCHI : Absolument, oui. Et ce n'est pas la première fois. Il y a plusieurs semaines déjà, nous nous sommes retrouvés dans ces circonstances, et nos forces armées avaient menacé de riposter et d'attaquer Israël, ce qui avait conduit au cessez-le-feu au Liban. L'avant-dernière nuit également, cela a conduit à l'arrêt de l'attaque sur Beyrouth. Nos forces armées ont des positions extrêmement fermes et tranchées dans ces situations, et à chaque instant, si le cessez-le-feu est violé, elles assumeront leurs responsabilités.
JOURNALISTE : L'échange de documents et la poursuite des négociations (entre les Etats-Unis et l'Iran) sont-ils toujours en cours, ou suspendus en raison de la position sur le Liban, la banlieue sud et Beyrouth ?
MINISTRE ARAGHCHI : Toutes les négociations sont influencées par des facteurs externes, c'est naturel. Actuellement, le format des négociations n'est pas en place, mais les messages continuent d'être échangés. Il y a deux jours, nous avons envoyé un message aux Américains concernant la nécessité d'arrêter l'agression israélienne contre Beyrouth. Nos relations et communications ne sont pas rompues. Mais depuis quelques jours, sur les questions relatives aux négociations elles-mêmes, aucun progrès n'a été réalisé : les deux parties étudient les textes échangés et travaillent à leur formulation définitive. Dès que les conditions favorables seront réunies, nous reviendrons aux négociations, sur la base des intérêts nationaux de l'Iran, des droits du peuple iranien et de la paix en Iran, au Liban et dans la région.
JOURNALISTE : Monsieur le Ministre, je m'adresse à un ministre des Affaires étrangères, et non à un analyste politique quelconque. Nous cherchons donc une position, pas une opinion ou une analyse. Cela dit, je vous pose la question en m'appuyant sur votre expérience : qu'est-ce qui pousse Trump personnellement à menacer et à parler à Netanyahu avec rudesse, voire avec une sévérité marquée au sujet du Liban et de la nécessité d'arrêter l'attaque sur la banlieue ?
MINISTRE ARAGHCHI : Ce que je vais vous dire n'est pas une analyse, ce sont des faits que je vous transmets. Les Américains, dans cette dernière guerre, la guerre des quarante jours, la guerre du Ramadan, ont palpé de manière concrète la puissance réelle de l'Iran. Ils ont compris cette force et cette capacité. Avant cette guerre, ils imaginaient que l'Iran était un pays faible en Asie occidentale (Moyen-Orient). C'est sur la base de cette représentation qu'ils ont lancé la guerre des douze jours en juin dernier, puis la guerre des quarante jours.
Dans la guerre des quarante jours, ils ont mobilisé toutes leurs capacités, toutes leurs forces, tout ce qu'ils pouvaient rassembler sur le terrain. Ils ont déployé tous les préparatifs pour venir à bout de l'Iran en quelques jours et le faire capituler, mais cela ne s'est jamais produit.
Dans cette guerre des quarante jours, l'Amérique a utilisé tout ce qu'elle avait. Leur première exigence, telle qu'annoncée par Trump dès le premier jour de la guerre, était la reddition sans condition, et cela ne s'est jamais produit, absolument jamais. Ils ont poursuivi des exigences irréalistes comme le changement de régime, cela non plus ne s'est pas produit. Ils ont tenté d'attiser les tensions entre les différentes composantes de l'Iran [en particulier les Kurdes] et de provoquer une guerre civile, et cela non plus ne s'est pas produit. Ils pensaient que le peuple descendrait dans la rue contre le régime : le peuple est effectivement descendu dans la rue, mais pour soutenir le régime de la République islamique d'Iran et s'opposer à l'agression imposée au pays.
Tous leurs calculs étaient faux. Ils voulaient anéantir la capacité balistique de l'Iran, et elle n'a pas été anéantie. Ils avaient d'autres exigences qui ne se sont pas réalisées, et finalement ils ont été contraints de demander des négociations.
La véritable puissance de l'Iran s'est, selon moi, manifestée clairement dans cette guerre, pour l'entité sioniste, pour l'Amérique, et pour d'autres aussi. C'est pourquoi, lorsque l'Iran a déclaré avec une fermeté absolue que si Beyrouth était attaquée, la riposte serait tout aussi absolue, ils ont été contraints de reconsidérer leurs calculs.
JOURNALISTE : Cela signifie-t-il que Trump, selon votre évaluation, ne veut pas revenir à la guerre ?
MINISTRE ARAGHCHI : Si la raison l'emporte, il n'y reviendra jamais. Nous disposons d'une pleine capacité à mener une guerre sur de très longues durées. Nous avons des capacités militaires qui nous confèrent cette possibilité. L'unité nationale et la cohésion sociale nous donnent également cette caractéristique, de même que notre détermination et notre volonté de faire face à toute agression contre notre pays. Notre situation militaire est même meilleure qu'avant la guerre des quarante jours, bien meilleure, car nous avons développé des capacités qui n'existaient pas au moment de la guerre : nos industries militaires se sont considérablement activées. Nous avons donc la capacité de poursuivre la guerre pour toute durée.
Cela ne signifie pas que nous voulons la guerre, nous ne la recherchons absolument pas. Cette guerre n'a pas été déclenchée par nous. Nous avons répondu positivement à la demande de négociations. La République islamique d'Iran ne recherche pas la guerre et ne veut pas la guerre dans la région non plus. Nous voulons la paix et la sécurité, mais une paix fondée sur la dignité et l'honneur. Toute agression contre notre pays, nous l'affronterons avec fermeté, de manière tranchée et avec toute notre capacité. Nous l'avons prouvé et ils en ont fait l'expérience dans la guerre des douze jours et dans la guerre des quarante jours.
Après la guerre des douze jours, ils ont pensé qu'en imposant davantage de sanctions et en se préparant davantage à une guerre plus longue, ils pourraient nous imposer la défaite. La guerre des quarante jours leur a prouvé que c'est impossible.
Par conséquent, si la raison l'emporte, la guerre ne reprendra pas. Il n'existe qu'une seule voie, une seule, c'est la négociation fondée sur la dignité, l'honneur et l'égalité.
JOURNALISTE : Docteur Araghchi, vous liez clairement le dossier libanais au dossier iranien. Même dans vos négociations, vous avez dit dès le premier jour que le cessez-le-feu au Liban est une condition pour reprendre les négociations ou pour les entamer. Trump et Netanyahu veulent clairement le désarmement du Hezbollah, l'élimination totale de la Résistance, et peut-être même la fin du phénomène Hezbollah en tant que phénomène culturel, existentiel et humain. Trump, selon ce que nous observons, veut être le parrain d'un accord de paix entre le Liban et Israël, qu'il ajouterait à son palmarès dont il se vante, ce qu'on appelle les accords d'Abraham. Qu'est-ce que l'Iran cherche à obtenir en liant la question du Liban au cessez-le-feu ?
MINISTRE ARAGHCHI : Nous n'avons pas créé ce lien. C'est Israël qui a lié notre sort à celui du Liban : dans la guerre qui nous a été imposée, la guerre contre le Hezbollah a également débuté, et ils ont multiplié leurs crimes contre le Liban. Ce lien n'a donc pas été établi par nous, mais par l'entité sioniste.
Quant à la fin de cette guerre, elle n'est pas entre leurs mains, et ne le sera jamais. Cette guerre se terminera en Iran et au Liban également. C'est notre position claire. Pour le cessez-le-feu, c'était notre principe clair, et pour la fin de la guerre également, notre position est claire.
Par ailleurs, l'ensemble du monde a reconnu que le Hezbollah est une partie de la réalité libanaise, une partie de la réalité du système politique libanais, une partie de la réalité du système social et culturel libanais. Personne ne peut ignorer le Hezbollah ou prétendre le rayer de la carte. Ils ont tout tenté ; ils ont assassiné le grand leader du Hezbollah, le martyr Sayed Hassan Nasrallah, mais les principes du Hezbollah n'ont pas changé, et son action et son élan sur le terrain se sont même renforcés.
C'est pourquoi les questions intérieures libanaises doivent être résolues avec la participation de toutes les parties libanaises, dans un cadre libano-libanais. Nous n'interférons pas et n'interférerons pas dans les affaires intérieures du Liban. Le Hezbollah est capable de défendre ses intérêts et ceux de la communauté chiite, ainsi que de ses partisans à l'intérieur. Nous n'interviendrons jamais. Mais lorsque la question est liée à la guerre, parce que c'est Israël qui a imposé cette guerre au Liban comme prolongement de la guerre qu'il nous a imposée, il est naturel que nous déclarions que la fin de la guerre sera simultanée entre l'Iran et le Liban.
JOURNALISTE : C'est très important, ce que vous dites, Monsieur le Ministre. Si je devais résumer votre propos en mes propres mots, la République islamique d'Iran continuera jusqu'au dernier souffle à exercer des pressions pour un cessez-le-feu au Liban et pour mettre fin à la main de l'agression israélienne contre le Hezbollah, cela est clair. Mais que pouvez-vous promettre aux Libanais et aux gens du Sud en particulier, dont Netanyahu a détruit les régions et a peut-être même voulu anéantir la vie, les aiderez-vous également dans la reconstruction et la renaissance du Liban comme auparavant ?
MINISTRE ARAGHCHI : Je vais d'abord préciser une chose clairement : la fin de la guerre au Liban signifie aussi la fin de l'occupation. C'est-à-dire que la fin de la guerre sera certainement simultanée avec le retrait des forces israéliennes des zones qu'elles ont occupées. Et également l'établissement de la paix sur l'ensemble du Liban, la préservation de la souveraineté du Liban et de l'intégralité de son territoire.
Ensuite viendra la question de la reconstruction ; c'est l'un des sujets inscrits à l'ordre du jour, et plusieurs pays ont exprimé leur disposition à y participer, après l'établissement de la paix, pour participer à la reconstruction et au relèvement des dommages causés par la vaste agression israélienne.
Ce qui est regrettable, c'est que les forums internationaux et de nombreux pays se sont même abstenus de condamner cette agression, et continuent de ne pas la condamner. Quant à nous, il est naturel que nous souhaitions participer à la reconstruction. La République islamique d'Iran n'oubliera jamais ses amis. Tout pays victime de dommages causés par la guerre ou même par des catastrophes naturelles, dans la mesure de nos capacités, nous apportons notre aide à nos frères et sœurs en quelque endroit qu'ils soient. Il est naturel qu'au Liban, dans la mesure de ce qui est en notre pouvoir et à la hauteur de notre capacité à apporter une aide au Liban, nous le ferons assurément.
JOURNALISTE : Vous avez mentionné tout à l'heure qu'Israël et Netanyahou ont agressé le Hezbollah et assassiné le Secrétaire Général Sayed Hassan Nasrallah, que Dieu lui fasse miséricorde, croyant avoir mis fin à la résistance et au Parti de Dieu. Franchement, docteur Araghchi, et alors même que vous êtes alliés et amis du Hezbollah, et que vous-même connaissez bien personnellement le Hezbollah, avez-vous été surpris par le retour du Hezbollah avec une telle force, une telle solidité, de telles capacités, une telle résilience ? Et avez-vous également été surpris par la direction du Secrétaire général cheikh Naïm Qassem ?
MINISTRE ARAGHCHI : Si vous me posez personnellement la question : je n'ai pas été surpris par la capacité de la Résistance. Je crois toujours en la capacité de la Résistance, et je l'ai dit à de nombreuses reprises. Après le martyre du martyr Soleimani, j'avais dit que la Résistance n'est pas liée à une personne : la Résistance est un principe et un objectif sacré. En réalité, le martyre des individus contribue à accroître la motivation des résistants, et attire également de nombreuses personnes dans le corps de la Résistance. En vérité, la Résistance s'élève par le sang de ses martyrs, progresse et s'aguerrit.
J'étais certain que le sang du Sayed Hassan Nasrallah renforcerait assurément le Hezbollah davantage encore, et nous l'avons constaté concrètement sur le terrain. Certainement, pour les Occidentaux, c'était une surprise, quelque chose d'étonnant et d'incompréhensible. De même qu'ils pensaient qu'avec le martyre de son Eminence le Guide (Sayed Ali Khamenei), que Dieu sanctifie son âme, le régime iranien s'effondrerait. C'était effectivement une immense catastrophe, une douleur et une blessure profondes dans nos cœurs, mais le système de la République islamique d'Iran est plus fort et plus solide que jamais. Il ne repose pas sur des individus, et le sang pur de ces personnes, comme le Guide de la Révolution et le Sayed Hassan Nasrallah, a conduit à ce que l'arbre de la révolution se fortifie et porte davantage de fruits.
Bien sûr, nous considérons ce crime, ce qu'a commis l'Amérique et Israël en assassinant le Sayed Hassan Nasrallah, nous ne l'oublierons pas, nous ne le pardonnerons pas et nous ne délaisserons pas cette affaire. Nous considérons cette opération comme un crime de guerre, et l'Amérique et l'entité sioniste devront en payer le prix d'une manière ou d'une autre ; nous poursuivrons les responsables pour les en punir. Mais sur le plan de...
JOURNALISTE : Vous parlez du martre de Sayed Hassan Nasrallah, et pas seulement du martyre de Sayed Khamenei ?
MINISTRE ARAGHCHI : Je parle des deux. Je veux dire que la Résistance et notre mouvement seront grandies et renforcées par le martyre de telles personnalités, et cet arbre se fortifiera et portera davantage de fruits. Cela ne signifie pas pour autant que nous oublions ou pardonnons ces crimes, ni que nous ne poursuivrons pas les responsables : nous les poursuivrons et nous les punirons. Mais notre système et la Résistance au Liban continueront assurément à avancer et à poursuivre leur marche avec des pas fermes et plus forts.
JOURNALISTE : Avez-vous été surpris par la direction du cheikh Naïm Qassem à la tête du Hezbollah en ce moment, lui, le successeur de Sayed Hassan ?
MINISTRE ARAGHCHI : Nous n'avons pas été surpris. Mais je crois que le cheikh Naïm Qassem est meilleur et plus fort que ce que nous imaginions. Il s'est manifesté, a dirigé, a pris les rênes et avance avec toute la bravoure voulue. Je le respecte profondément et j'aurai pour lui un respect croissant.
JOURNALISTE : Monsieur le Ministre, dans le cadre de ce dossier libanais vaste et brûlant, permettez-moi d'aborder un détail plus précis qui vous concerne dans votre diplomatie : comment pouvez-vous régler cette question relative à votre ambassadeur, cher et respecté, au Liban [en mars 2026, le ministre des affaires étrangères libanais, affilié aux Forces libanaises collabora-sionistes, l'a déclaré persona non grata sans en avoir les prérogatives ; l'ambassadeur iranien a refusé de quitter le pays] ? Et comment pouvez-vous rétablir vos relations avec l'autorité libanaise sur des bases solides et saines comme auparavant ? Je parle de l'ambassadeur Shaybani.
MINISTRE ARAGHCHI : Lors de ma dernière visite au Liban, j'ai rencontré les responsables du gouvernement libanais : le Président de la République, le Premier ministre, le Président du Parlement, ainsi que le ministre des Affaires étrangères. Je les ai tous rencontrés et je leur ai affirmé que nous cherchons [ou nous ne cherchons pas, le doublage en arabe n'est pas clair] à élargir nos relations avec tous les pays du monde. Notre relation avec le Hezbollah et notre soutien au Hezbollah sont dans un plateau de la balance, et dans l'autre, nous considérons le Liban dans sa totalité et voulons développer et élargir nos relations avec le Liban dans tous les domaines : politique, économique et culturel. Il existe de vastes espaces de coopération culturelle entre nos deux pays, ainsi que des possibilités d'échanges économiques et culturels. Même dans les circonstances actuelles, le niveau de nos échanges commerciaux atteint un chiffre notable, et nous cherchons à développer ces relations.
L'ambassadeur Shaybani a également été choisi dans cet objectif, pour que nos relations s'élargissent et s'élèvent dans tous les domaines. Je déplore ce qui s'est passé, et qui résulte peut-être d'un malentendu au sein du ministère des Affaires étrangères libanais, provoquant un problème lié à notre ambassadeur au Liban. Je suis convaincu que cette question sera résolue. Nous faisons confiance à la sagesse de nos amis au Liban et des responsables du gouvernement libanais. En ce moment, nous gérons cette question, et notre ambassadeur poursuit son travail au Liban. Je suis convaincu que sa situation juridique et légale sera clarifiée dans un proche avenir, si Dieu le veut.
