Par Manlio Dinucci
Le 3 juin -le jour où s'ouvrait à Saint Petersbourg en Russie le Forum Économique International 2026 (auquel l'an dernier ont participé environ 25.000 représentants d'entreprises venant de 144 pays) - une attaque de drones lancés depuis l'Ukraine a touché le terminal pétrolifère portuaire de Saint Petersbourg provoquant un incendie et un nuage de fumée noire qui s'est répandu sur la cité.
Ceux qui ont fourni les drones à l'Ukraine, jusqu'à présent plus de 215.000, sont une Coalition internationale de pays OTAN guidée par la Grande-Bretagne et la Lettonie dont fait aussi partie l'Italie. Cette fourniture belliqueuse est en forte augmentation : la Grande-Bretagne a annoncé que cette année elle remettra à l'Ukraine au moins 120.000 drones, plus que ceux nécessaires à l'entraînement pour leur utilisation et les données satellitaires sur les objectifs à toucher en Russie.
L'autre plus grand fournisseur de soutien militaire à l'Ukraine dans la guerre contre la Russie est l'Union Européenne. En environ quatre ans elle lui a fourni plus de 200 milliards d'euros, auxquels s'ajoute un "prêt" de 90 milliards qui porte le total à environ 300 milliards. L'Union Européenne a jusqu'à maintenant formé et armé environ 100 mille soldats ukrainiens. Elle a fourni à l'Ukraine plus d'un million de projectiles d'artillerie de gros calibre, des obus pour leur lancement et l'entraînement du personnel afférent. Maintenant l'Union européenne est en train d'accélérer les procédures pour inclure l'Ukraine parmi ses membres. Une fois dans l'UE, l'Ukraine constituerait plus encore qu'aujourd'hui, avec la Pologne, l'avant-poste offensif de l'Occident contre la Russie. Des 27 pays de l'Union Européenne 23 sont membres de l'OTAN sous commandement USA.
L'Ukraine, qui de fait est un pays de l'OTAN que l'Alliance utilise dans la guerre contre la Russie, n'a pas été admise jusqu'ici officiellement dans l'OTAN pour le motif que cela ferait déclencher l'Article 5 du Traité Nord Atlantique :
"Les parties conviennent qu'une attaque armée contre l'une ou plusieurs d'entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d'elles assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d'accord avec les autres parties, telle action qu'elle jugera nécessaire, y compris l'emploi de la force armée".
Selon cette motivation l'Ukraine ne serait pas officiellement admise dans l'OTAN parce que cela déclencherait l'Article 5, obligeant tous les autres membres de l'Alliance à participer à ses côtés à la guerre contre la Russie.
Mais on ne dit pas que le Traité sur l'Union Européenne aussi a un article analogue, l'Article 42, qui stipule :
"Au cas où un État membre serait l'objet d'une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir(...) Les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord, qui reste, pour les États qui en sont membres, le fondement de leur défense collective."
Une fois admise dans l'Union Européenne, l'Ukraine peut donc demander, sur la base de l'Art. 42, que tous les autres États membres l'assistent "par tous les moyens en leur pouvoir", c'est-à-dire en utilisant leurs forces armées directement contre la Russie.
L'admission de l'Ukraine dans l'Union Européenne, désormais donnée pour certaine, a l'objectif de diviser encore plus l'Europe en alimentant la guerre contre la Russie. De cette façon, comme déjà advenu pendant la Guerre Froide, Washington est en train de réussir, avec la complicité des élites de pouvoir européennes, à casser l'Europe avec un nouveau "rideau de fer" en la transformant en première ligne de la confrontation nucléaire avec la Russie, au plus grand profit des États-Unis qui peuvent ainsi accroître leur influence sur les alliés européens.
Manlio Dinucci
Résumé de la revue de presse internationale Grandangolo Pangea de vendredi 5 juin 2026 à 21h30 sur la tv italienne Byoblu
Traduit de l'italien par Marie-Ange Patrizio
VIDÉO (en italien) :
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Manlio Dinucci est géographe et journaliste, ex-directeur exécutif pour l'Italie de l'International Physicians for the prevention of Nuclear War, association qui a reçu le Prix Nobel de la Paix en 1985. Porte-parole du Comitato no Guerra no Nato (Italie) et chercheur associé du Centre de recherche sur la Mondialisation (Canada). Prix international de journalisme 2019 pour Analyse géostratégique du Club de Periodistas de México. Son dernier livre traduit en français : " Guerre nucléaire. Le jour d'avant", Éditions Delga, 2021.
La source originale de cet article est byoblu.com
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