07/06/2026 reseauinternational.net  5min #316318

La dernière proposition tarifaire révèle que les États-Unis sont pris au piège d'un dilemme qu'ils ont eux-mêmes créé

par Chine Daily

La dernière offensive tarifaire de l'administration américaine visant 60 économies, dont la Chine, a été accueillie dans le monde entier par une réaction inhabituelle : un haussement d'épaules collectif.

Cela s'explique par le fait que Washington signale depuis des mois qu'il a besoin d'une alternative légale aux droits de douane généralisés invalidés par la Cour suprême américaine plus tôt cette année.

Les droits de douane temporaires imposés par la Maison-Blanche à l'échelle mondiale - suite aux enquêtes menées en vertu de l'article 301 après la déclaration d'illégalité des précédents droits de douane - arrivent à échéance le mois prochain. Toute interruption dans la perception de ces droits de douane aurait des conséquences politiques désastreuses, alors que le déficit budgétaire américain demeure élevé et que les élections de mi-mandat approchent.

L'administration américaine a donc tout intérêt à maintenir le système de droits de douane en vigueur. Les recettes douanières, qui dépassaient 31 milliards de dollars par mois à leur apogée l'automne dernier, ont déjà considérablement diminué.

Il en résulte un curieux mélange de continuité et de repli.

Comparativement aux menaces de droits de douane qui ont fait la une des journaux l'an dernier, les nouveaux taux sont plus bas. La plupart des grandes économies sont soumises à une surtaxe de 10% ou de 12,5%, au lieu des sanctions beaucoup plus lourdes envisagées initialement. L'administration américaine a également élargi les exemptions à une vaste gamme de produits agricoles, d'intrants industriels et de produits que les États-Unis ne peuvent pas fabriquer localement ou en quantités suffisantes.

Les réalités économiques finissent toujours par rattraper le temps perdu. Malgré tous les discours sur la réindustrialisation, la réalité économique impose des contraintes. L'inflation demeure un fardeau persistant pour les ménages américains. Les prix à la consommation continuent de peser sur le moral de l'opinion publique. Les industriels et les agriculteurs ont maintes fois alerté sur le fait que les droits de douane sur les intrants importés augmentent les coûts de production. La situation est encore compliquée par le regain d'instabilité au Moyen-Orient.

L'administration américaine se trouve donc confrontée à un exercice d'équilibriste délicat. D'une part, elle souhaite préserver les barrières tarifaires qui protègent certains secteurs industriels nationaux. D'autre part, elle ne peut ignorer les conséquences politiques de la hausse des prix. Même le récent avertissement de la Réserve fédérale quant à la poursuite de la réduction de son bilan souligne les inquiétudes inflationnistes persistantes.

Dans ce contexte, les allégations infondées de "travail forcé" formulées par le Bureau du représentant américain au commerce ne sont qu'un prétexte "politiquement correct" pour que les droits de douane proposés soient débattus au Congrès le mois prochain.

La porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, a réaffirmé que la Chine s'oppose à toute forme de mesure tarifaire unilatérale. Les droits de douane et les guerres commerciales ne profitent à personne, et les différends économiques doivent être résolus par le dialogue et la consultation, dans le respect mutuel et sur la base de l'égalité et de l'intérêt commun.

Elle a également rejeté à juste titre les allégations de "travail forcé" en Chine et critiqué les tentatives d'instrumentaliser cette question à des fins de manipulation politique.

L'Union européenne, le Canada et de nombreux autres partenaires commerciaux des États-Unis ont exprimé leur opposition et leurs inquiétudes quant au fond et à la justification de la hausse des droits de douane. Cependant, leurs réactions ont été mesurées plutôt qu'alarmantes, ce qui témoigne d'une prise de conscience croissante des limites que Washington est lui-même amené à franchir.

Les négociations commerciales interminables ont appris une leçon importante à certains partenaires commerciaux des États-Unis : les menaces de droits de douane relèvent souvent autant de la politique intérieure que de l'économie internationale. Les dernières propositions révèlent une administration américaine qui peine à concilier ambitions stratégiques et réalités économiques.

Le problème de fond pour Washington est que les droits de douane ont progressivement cessé de fonctionner comme des instruments économiques classiques fondés sur le droit du marché. Ils sont devenus des instruments politiques difficiles à calibrer. Une augmentation trop brutale des droits de douane alimente l'inflation intérieure, les contestations judiciaires et l'opposition des entreprises. Une application sélective, en revanche, en diminue le pouvoir de coercition. Les exemptions se multiplient, les contradictions s'accumulent et la crédibilité s'érode.

Les relations économiques durables ne peuvent se fonder sur la coercition. Qu'il s'agisse d'accès aux marchés, de chaînes d'approvisionnement ou de normes du travail, le progrès repose en définitive non pas sur des barrières tarifaires, mais sur une concurrence loyale, des négociations franches et une coopération mutuellement avantageuse.

source :  China Daily via  China Beyond the Wall

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