10/06/2026 linvestigateurafricain.tg  4min #316662

Afrique de l'Ouest : L'offensive diplomatique du président Romuald Wadagni, le pari de la réconciliation et de la sécurité

Komla YAWO

Le nouveau président du Bénin, Romuald Wadagni, est en train de redessiner à pas de géant la carte diplomatique de l'Afrique de l'Ouest. Moins d'un mois après son investiture, le chef de l'État béninois a engagé une vaste dynamique de décrispation régionale à travers deux tournées stratégiques successives. Sa dernière visite éclair, effectuée ce mardi 9 juin 2026 au Mali et au Sénégal, marque un tournant décisif. En allant à la rencontre des régimes de  l'Alliance des États du Sahel (AES) et des nouveaux leaders de la sous-région, Cotonou fait le pari du pragmatisme économique et de la coordination sécuritaire pour briser les lignes de fracture qui divisent le bloc ouest-africain.

De Cotonou à Bamako, Wadagni veut briser la glace avec la confédération de l'AES

Le point d'orgue de cette deuxième étape a sans doute été  l'escale de Bamako, où Romuald Wadagni a été accueilli avec tous les honneurs par le président de la transition malienne, le général d'armée Assimi Goïta. Cette rencontre hautement symbolique intervient dans un contexte régional profondément marqué par les divisions, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ayant acté leur rupture avec la Cedeao.

Le tête-à-tête entre les deux dirigeants au palais présidentiel a permis de jeter les bases d'une normalisation indispensable. Soucieux de "donner un souffle nouveau" et un nouvel élan à leur partenariat, les deux présidents se sont engagés à relancer les mécanismes de concertation bilatérale, notamment à travers la planification de la deuxième session de la Grande Commission mixte de coopération Bénin-Mali. Au-delà du protocole, l'invitation officielle lancée par Romuald Wadagni à Assimi Goïta pour une future visite de travail au Bénin, invitation formellement acceptée, scelle le retour d'un dialogue direct et fraternel entre les deux nations.

Le pivot sécuritaire et économique; les axes d'une ambition commune

L'analyse de ce périple ouest-africain révèle deux moteurs essentiels qui guident la nouvelle diplomatie béninoise c'est à dire l'urgence d'une union sacrée contre le terrorisme et la continuité de l'intégration monétaire et commerciale.

Face à l'expansion des menaces transnationales, le Bénin et les États du Sahel partagent désormais un destin sécuritaire commun. À Bamako, comme lors de ses passages précédents à Niamey et Ouagadougou, Romuald Wadagni a mis la lutte antijihadiste au centre des priorités. Les deux chefs d'État ont réaffirmé la nécessité d'une coordination renforcée sur le terrain, tout en proclamant leur attachement strict aux principes de souveraineté, d'intégrité territoriale et de non-ingérence. Pour le Bénin, s'assurer de la confiance et de la collaboration opérationnelle des armées de l'AES est une clé majeure pour protéger ses frontières septentrionales.


Les présidents Diomaye du Sénégal et Wadagni du Bénin

Si la géopolitique divise, l'économie rassemble. La présidence béninoise a opportunément rappelé que ces déplacements s'inscrivent dans une démarche de consolidation de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). En partageant une même monnaie et une même banque centrale avec le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Sénégal et la Côte d'Ivoire, le Bénin utilise le levier de l'intégration financière pour maintenir des ponts solides. Les discussions ont ainsi mis l'accent sur la relance des échanges économiques, commerciaux et culturels, prouvant que les circuits marchands demeurent le meilleur ciment de la solidarité sous-régionale.

Une stratégie globale et des perspectives d'avenir

Cette deuxième tournée, qui a également conduit le président béninois au Sénégal auprès de Bassirou Diomaye Faye et en Guinée-Bissau, parachève une première phase magistrale. En l'espace de quelques jours, Romuald Wadagni aura réussi à visiter la quasi-totalité des acteurs majeurs de la sous-région, du géant nigérian aux transitions sahéliennes, en passant par le Togo et la Côte d'Ivoire.


Wadagni chez son homologue bissau-guinéen, le Général Horta Inta-A Na Man

L'intérêt de cette approche globale est évident. Le Bénin refuse de s'enfermer dans un camp et se positionne comme un facilitateur, un trait d'union entre la Cedeao et l'AES. En obtenant la reconnaissance et les félicitations de vive voix des dirigeants du Sahel, le nouveau pouvoir béninois s'achète une précieuse légitimité régionale. Alors que d'autres étapes sont d'ores et déjà en vue, ce périple fondateur démontre que la recherche de solutions endogènes, basées sur la sécurité et le codéveloppement, reste la seule voie viable pour garantir la stabilité durable de l'Afrique de l'Ouest.

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