
Par Richard Falk, EuroMed Monitor
Euro-Med Monitor sous le feu des critiques pour son travail exemplaire de documentation des crimes contre l'humanité en Palestine occupée.
Je m'appelle Richard Falk. Je suis professeur de droit international retraité de l'Université de Princeton. Je m'exprime ici en ma qualité de président du Conseil d'Administration d' Euro-Med Human Rights Monitor, organisation de la société civile dont le siège se trouve à Genève, qui rend compte de la situation des droits humains dans toute la région du Moyen Orient et d'Afrique du Nord, accordant une attention particulière à la violation des droits humains du peuple palestinien.
Je suis particulièrement fier d'être associé à Euro-Med en raison de l'engagement courageux dont elle fait preuve dans son travail d'observation sur le terrain et de dénonciation des violations des droits humains depuis sa fondation en 2011 par son actuel dirigeant charismatique Ramy Abdu qui en assure la présidence depuis sa création.
Dans tous les contacts que j'ai eu avec Ramy Abdu j'ai pu admirer tout ce que cette initiative de la société civile a pu réaliser avec un si petit budget, dépendant fortement pour la collecte de preuves et la documentation des accusations, sur des bénévoles non rémunérés de la région, principalement des jeunes engagés dans la promotion des droits humains.
Ce qui m'émeut et m'impressionne chez Euro-Med c'est le travail indispensable accompli au cours des 15 années de son existence dans les conditions les plus difficiles.
Je fais cette déclaration maintenant pour répondre aux attaques diffamatoires qui s'intensifient contre Euro-Med accusée de partialité et de liens avec le Hamas par le gouvernement israélien, les médias pro-Israël, et les fanatiques sionistes des pays occidentaux, notamment les États-Unis.
Ces attaques dont l'objectif est de discréditer Euro-Med incluent des diatribes médiatiques féroces et des menaces de violence à l'encontre de membres du personnel, qui ont contraint l'organisation à détourner son attention de ses priorités fondamentales cruciales pour prendre des mesures de prudence afin d'assurer la protection de son personnel.
Il faut voir cette attaque d'Euro-Med pour ce qu'elle est, à savoir une partie intégrante d'une campagne plus large de représailles à l'encontre de ceux qui disent la vérité.
Cette récente escalade d'attaques diffamatoires contre Euro-Med et sa direction a été motivée par la publication le 11 mai 2026 d'une chronique d'opinion de Nicholas Kristof, chroniqueur régulier du New York Times, lauréat de plusieurs prix.
Cet article soigneusement argumenté et étayé s'appuyait explicitement sur Euro-Med pour corroborer sa confirmation de formes graves de violences sexuelles perpétrées par du personnel carcéral israélien et des soldats de l'IDF dans leurs interactions avec des civils palestiniens et en particulier avec des détenus, dont des femmes et des enfants.
Il n'était pas rare que des médias influents, des ONG, et des militants se réfèrent aux rapports d'Euro-Med réputée pour la fiabilité de ses informations. Dans ce cas précis, la renommée de M. Kristof d'éminent journaliste jouait un rôle/ avait du poids, d'autant plus que le NYT jouissait d'une longue réputation de média d'information pro-israélien qui pratiquait l'auto-censure concernant les exactions les plus compromettantes commises par Israël qui bafouait ses responsabilités juridiques et morales envers le peuple palestinien.
Par conséquent, lorsque même le NYT a pris au sérieux des assertions aussi graves, il n'était guère facile de les réfuter ou de les écarter.
En fait, que M. Kristof se réfère au travail de documentation d'Euro-Med sur les violences sexuelles commises contre les Palestiniens aurait dû augmenter la crédibilité d'Euro-Med et démontrer son efficacité au lieu de servir de tremplin à une campagne de diffamation caractéristique du comportement d'Israël à chaque fois que l'état est accusé de manière convaincante.
Israël recourt à la pratique de mise en doute de la crédibilité du messager afin de passer sous silence le sujet lui-même, notamment lorsque sa véracité ne fait aucun doute.
Ces accusations de violences sexuelles, aussi choquantes fussent-elles, n'ont pas surpris les observateurs attentifs du comportement d'Israël dans les Territoires Palestiniens Occupés.
Ce qui, en revanche, est surprenant c'est que le NYT ait finalement rompu son silence habituel sur les atrocités israéliennes, silence maintenu si longtemps alors même que les preuves de violation systématique et manifeste des principes des droits humains étaient irréfutables.
Cette tendance israélienne à commettre des agressions sexuelles au lendemain de l'attaque de Gaza le 7 octobre a atteint des proportions extrêmes et est devenue tristement célèbre.
Cette évolution constituait un thème majeur du rapport détaillé de mars 2025 de la Commission d'enquête sur les Territoires Palestiniens Occupés mise en place par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies.
En plus de la description de cas de violations des droits humains il s'y trouvait le constat extrêmement accablant selon lequel "la violence sexuelle et sexiste" était devenue pour Israël une "méthode de guerre". Il a été reconnu que des preuves convaincantes corroborant que c'était là une pratique explicitement adoptée par le gouvernement israélien faisaient défaut.
Les Israéliens veulent parachever leur génocide à Gaza
Cependant, la Commission était convaincue que ce comportement était implicitement soutenu par les autorités israéliennes, qui ont réagi aux abus même les plus extrêmes en accordant l'impunité gouvernementale aux coupables quelle que soit la gravité des crimes internationaux commis.
Il est d'une importance capitale de soutenir l'intégrité d'Euro-Med et d'autres organisations objectives de défense des droits humains et de ne pas permettre que la propagande d'état et de groupes extrémistes de soutien à Israël paralyse ou diffame les efforts courageux consentis pour dénoncer les violations des droits humains.
Il faut voir cette attaque d'Euro-Med comme partie intégrante d'une campagne punitive plus vaste visant ceux qui disent la vérité (par opposition à l'impunité accordée aux criminels) et qui mettent en danger non seulement leur réputation mais aussi leur vie en consacrant leurs efforts à la diffusion de vérités gênantes.
Les sanctions prises par les EU à l'encontre de la Rapporteuse spéciale sur les violations israélienne des droits humains en Palestine occupée, Francesca Albanese, constitue une attaque similaire honteuse contre une personne d'un courage exceptionnel qui défend la vérité, et devrait être vue comme ne faisant qu'un avec les attaques virulentes contre Ramy Abdo et Euro-Med.
Les voix de la conscience mondiale doivent accepter ce précepte ancestral selon lequel lorsque la vérité prévaut la justice est rendue, la dignité humaine et la décence morale sont préservées, et agir en conséquence.
De même, lorsque la vérité est étouffée, et les preuves d'atrocités filtrées ou passées sous silence, le mal prospère.
Auteur : EuroMed Monitor

* L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme [EuroMed Monitor] est une organisation indépendante à but non lucratif dirigée par des jeunes qui défend les droits humains de toutes les personnes à travers l'Europe et la région MENA, en particulier celles qui vivent sous occupation, en proie à la guerre ou à des troubles politiques et/ou ont été déplacés en raison de persécutions ou de conflits armés. Le site internet, comptes Facebook et Instagram.
28 mai 2026 - Euro-Med Monitor - Traduction: Chronique de Palestine - MJB

* Richard Falk est professeur émérite, détenteur de la chaire Albert G Milbank de droit international à l'université de Princeton et chercheur à Orfalea Center of Global Studies.Il a aussi été rapporteur spécial des Nations Unies pour les droits de l'homme palestiniens. Pour consulter son blog et son compte Twitter
* L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme [EuroMed Monitor] est une organisation indépendante à but non lucratif dirigée par des jeunes qui défend les droits humains de toutes les personnes à travers l'Europe et la région MENA, en particulier celles qui vivent sous occupation, en proie à la guerre ou à des troubles politiques et/ou ont été déplacés en raison de persécutions ou de conflits armés. Le site internet, comptes Facebook et Instagram.