11/06/2026 elucid.media  3min #316694

Quand Israël fait de l'écocide une arme de guerre au Proche-Orient

Par  Olivier Pironet

La campagne génocidaire menée par Israël à Gaza s'accompagne d'une dimension souvent méconnue : l'écocide comme stratégie militaire. Utilisée pour anéantir les conditions de vie d'une population à travers la destruction de l'environnement et des terres agricoles, cette stratégie ne se limite pas à la bande palestinienne. En Cisjordanie, mais aussi au Sud-Liban et en Syrie méridionale, Tel-Aviv applique la même méthode. Cette violence à bas bruit, qui contribue à dépeupler des territoires en les rendant inhabitables et incultivables, pourrait relever du crime de guerre au regard du droit international.

Depuis la guerre lancée par Israël contre Gaza après les attaques palestiniennes du 7 octobre 2023, l'enclave connaît une dévastation d'une ampleur inédite. Outre le lourd tribut humain du génocide - près de  75 000 personnes, sur 2,2 millions d'habitants, ont été tuées par l'armée israélienne, sans compter les  10 000 corps ensevelis sous les décombres - et les dégâts matériels ( 80 % du bâti, en particulier, a été rasé ou lourdement endommagé), les écosystèmes, les infrastructures naturelles ainsi que le tissu vivrier de la bande côtière ont été ravagés par les bombardements.

Selon l'ONU, Israël a largué en deux ans plus de  70 000 tonnes d'explosifs sur l'étroit territoire de 365 km², dont des bombes au phosphore blanc qui provoquent de graves brûlures chez les victimes, mais contaminent aussi les sols et la végétation, les rendant stériles pour une longue durée. Ces bombardements ont de plus entraîné une pollution massive de l'atmosphère gazaouie : d'après une  étude récente, ils ont généré au cours des quinze premiers mois du conflit plus de 33 millions de tonnes d'équivalent dioxyde de carbone (CO2), soit à peu près la  même quantité que les émissions cumulées du Costa Rica et de la Slovénie en 2023.

Catastrophe écologique et agricole en Palestine

Le secteur agricole, qui constituait  10 % du PIB de Gaza avant la guerre et faisait vivre 560 000 personnes, n'existe quasiment plus aujourd'hui :  98,5 % des terres agraires, dont 60 % se situent désormais dans la zone de "retrait" israélien marquée par la "ligne jaune", sont devenues incultivables, et près des trois quarts du cheptel gazaoui ont été décimés. Les Israéliens se sont particulièrement acharnés sur les oliveraies. La culture de l'olivier - cet arbre emblématique de l'identité palestinienne -, pilier de l'agriculture locale ( environ la moitié des terres agricoles de Palestine sont recouvertes d'oliviers, qui représentent 80 % de l'ensemble des vergers), a été effacée du paysage gazaoui : selon le Conseil oléicole palestinien, sur 1,1 million d'oliviers recensés dans le territoire côtier avant la guerre,  près de 1 million d'arbres ont été détruits par les troupes de Tel-Aviv.

 elucid.media