11/06/2026 reseauinternational.net  22min #316713

Comment Cuba va gagner contre Trump

par Maria Poumier

Remercions la résistance iranienne pour ses enseignements

"Depuis plus de 20 ans, on constate que chaque président américain, indépendamment de ses positions idéologiques, finit presque systématiquement en instrument de ses propres guerres. Ce conflit en Iran est en tout cas révélateur : il met en lumière des dynamiques de pouvoir que l'on ne pouvait que pressentir auparavant". ~ Frank Pengam, le 11 mai 2026

Le projet de Trump pour Cuba

Trump est en train d'affamer les Cubains, de mettre en place un "génocide énergétique" sans tirer un missile, et sans mettre en place une invasion terrestre.

Avec la fin de tout apport de pétrole, plus d'électricité, plus de distribution de colis alimentaires de base, plus de services dans les hôpitaux, une inflation galopante sur le marché dit "libre", ce qui veut dire en devises, inaccessibles à la majorité. Et désormais, même les transferts d'argent de l'étranger pour les familles des assiégés affamés se voient boqués par différentes pressions sur les banques. Depuis le 6 juin, les cartes de crédit visa et Master Card ne sont plus en circulation à Cuba, mesure qui va finir de ruiner l'industrie touristique, et priver les Cubains de l'accès à la moindre aide familiale depuis l'Occident. La situation s'aggrave de jour en jour. Au début de l'année, le Mexique avait envoyé des chargements de pétrole et d'aide humanitaire. Mais en vertu des sanctions US, et de l'application extraterritoriale des lois US, le gouvernement mexicain a rapidement dû renoncer à ses efforts de générosité. Puis la Russie a envoyé deux pétroliers. Puis plus rien. Les habitants sont donc condamnés à la mort bien planifiée : d'abord les vieux pauvres (par euthanasie automatique, sans frais d'injections, de corruption de médecins, ou de procédures judiciaires contre les avocats des familles qui chercheraient des coupables d'assassinats de civils), puis les pauvres en général (90% de la population, ne cessent de répéter tous les anticommunistes de la planète, et il se pourrait bien qu'ils aient raison, disons à 80% si l'on considère qu'il y a des gens qui s'en sortent parce qu'ils sont dans le "bizne" (le marché noir), des fonctionnaires d'un rang un peu au-dessus de la moyenne, corrupteurs et/ou corrompus, d'autres, percevant des revenus illégaux à l'étranger, et bien sûr des agents chaudement stipendiés de deux puissances étrangères : les USA et Israël.

On trouvera ici le compte rendu de toutes les mesures prises par Trump depuis le 1er mai pour chasser les entreprises étrangères installées à Cuba :  reseauinternational.net

Depuis la loi d'Amato (de 1996, contre Cuba, la Libye et l'Iran) puis la loi Helms-Burton, certaines entreprises étrangères sont pénalisées et poursuivies par les tribunaux US dès lors qu'elles font des affaires aux États-Unis et à Cuba en même temps. Cela relèverait de la complicité de terrorisme, paraît-il. Maintenant, d'autres sont dans le collimateur et sont pénalisées, grâce à "Narco" Rubio : toute entreprise qui négocie avec le Gaesa, le holding du ministère des Forces armées qui gère la plus grande partie des investissements étrangers à Cuba.

Il s'agissait de sanctions contre une "dictature communiste" mais l'entreprise privée avec des investissement étrangers se développait de façon voyante depuis la fin de l'URSS, cet c'était choquant pour les habitants, car l'entreprise privée pour eux est soumise à une pression fiscale dissuasive et à l'interdiction de dépasser une échelle familiale. La pression pour faire fuir les compagnies aériennes et les opérateurs du tourisme est donc très récente. Globalement, les choses s'arrangeaient, depuis les années Obama, même si le peuple se plaignait de détournements des bénéfices par les agents de l'État, au détriment des services publics et du niveau de vie des plus modestes. Trump veut bêtement anéantir tout ce qu'Obama avait pu construire, il ne voit pas plus loin que MM. Helms, Burton, d'Amato, qui étaient fort contrariés par les nationalisations pratiquées par la Révolution dès 1959.

La résistance concrète des Cubains

Mais les Cubains sont les rois de la débrouille et du bricolage : "devant l'impossibilité d'obtenir des pièces détachées pour la centrale électrique de Matanzas à technologie française (Altstom, dont la partie a été rachetée par General Electric et ne peut donc plus faire d'affaires avec Cuba), les Cubains les fabriquent eux-mêmes à partir de livraisons chinoises",  écrit Jean-François Bonaldi. Et il souligne dans le même article ce que la plupart des Français n'ont même pas entendu dire : "la CMA CGM, qui est la troisième plus important compagnie maritime au monde, a décidé depuis le 1er mai de ne plus opérer vers Cuba à cause des menaces de représailles étasuniennes et a bloqué l'envoi de parties et pièces promises pour la centrale de Matanzas. Mélenchon exige que la compagnie tienne sa promesse et presse le gouvernement français de l'y obliger".

Naturellement, face à la pénurie énergétique, Cuba fonce sur l'énergie solaire (avec des panneaux voltaïques chinois, comme en France) ; faute de mieux, la nation est depuis longtemps à l'avant-garde de tout projet écologique de retour aux ressources locales, en médecine, en création de vaccins (contre le covid et certains cancers), en herboristerie, en agriculture bio, en transport en charrettes tirées par des chevaux maigres... même si la population préfèrerait mille fois avoir accès aux vitrines clinquantes de la société de consommation occidentale, c'est humain.

Maintenant, le gouvernement invite les Cubains résidant aux États-Unis à investir à Cuba, on ne les traite plus en traîtres apatrides comme jadis. Mais ils renâclent, ils se méfient... de la suite des évènements.

Et Israël, donc, que fait Israël à Cuba ?

Luis d'Amato était un membre actif du lobby juif américain. Mais il y a une dimension judéo-israélienne de l'industrie touristique à Cuba : celle-ci bénéficie de capitaux européens (principalement espagnols) et attirait jusqu'à l'épisode Covid un tourisme de masse, des pays avoisinants, du Canada, de toute l'Europe, et plus. Cette industrie est en ruine, mais il faut souligner que les capitaux investis le sont souvent par des personnalités bénéficiant de doubles nationalités dans des entreprises officiellement européennes. En 2021, j'estimais qu'il y avait  deux lobbies relativement concurrents à Cuba), les uns exterminateurs (les actuels manipulateurs de Trump), les autres plus accommodants, réalistes, soucieux de profits immédiats. Et en tout état de cause, après des menées israéliennes voyantes pour déstabiliser le gouvernement en 2021, celui-ci avait repris le contrôle du pays. Mais maintenant, par atavisme, même les tenanciers d'hôtels devraient soutenir de toutes leurs forces un changement de régime, même s'ils sont relativement invisibles, et s'ils subissent des pertes en ce moment par la faute de Trump.

Il y a d'ailleurs, comme dans chaque pays d'Amérique latine, des colonies israéliennes, comportant des résidences réservées à... des gens de confiance, disons, aussi discrètes que possible. On peut s'initier aux arcanes des établissements et hôtels juifs et pour juifs à Cuba par exemple ici :  newyorkjewishtravelguide.com. Le site  havanajewishtour.com vous permettra de planifier votre voyage de prospection à condition de montrer patte blanche, bien entendu. C'est l'ambassade du Canada à La Havane qui prête ses locaux à la "section d'intérêts" israéliens. Et il existe une zone franche autour du port de Mariel, on y trouve le premier monument commémoratif de l'Holocauste.

C'est de 1990 que date la "résurrection" de la communauté juive à Cuba, lorsque Fidel Castro, ami personnel de Rafi Eitan, chef du Mossad pour l'Amérique latine, avait ouvert la porte aux investisseurs israéliens, tout en fixant un péage élevé aux Cubains d'origine juive souhaitant émigrer en Israël (voir de nombreux détails sur l'implantation de Rafi Eitan à Cuba ici  martinoticias.com ;  martinoticias.com). Fidel était ravi de contrecarrer l'alliance automatique entre États-uniens et Israéliens, surtout après l'affaire Jonathan Pollard, condamné à 30 ans de prison aux États-Unis en 1987 pour espionnage au profit d'Israël. En juin 2026, libéré depuis longtemps et traité en héros à Tel-Aviv, Jonathan Pollard a l'intention de devenir  le prochain président israélien, avec pour programme la poursuite du nettoyage ethnique de Gaza et la dévastation de l'Égypte et de la Turquie.

Il y a donc pléthore d'investissements israélites en résidences de tourisme, ou d'installation à long terme dans des environnements protégés des regards et de la surveillance par les forces de la police nationale. Bref, le blocus américain a toujours été à géométrie variable, le business est simplement réservé à quelques-uns, les sanctions servent surtout à faire chanter le gouvernement, à étrangler la population, et à empêcher les entreprises éventuellement concurrentes, européennes ou américaines, de s'implanter dans l'île, pour en privilégier d'autres, dans l'attente du changement de régime attendu.

D'autres investisseurs sont bien présents, en 2025 les Russes ont annoncé des investissements à hauteur d'un milliard de dollars. Et les Chinois, avec 77 entreprises actives, les surpasseraient ; les Brésiliens, le Mexique sont bien implantés, le Canada, en franche rébellion contre les menées trumpistes, est le grand bouclier dont pourrait se prévaloir le gouvernement actuel. L'Espagne de son côté protège ses investisseurs dans son ancien empire, plus que la France, toujours à la merci de Monsieur "en même temps".

Mais pourquoi Trump en veut-il tellement à Cuba ?

C'est une île sans pétrole, sans terres rares, sans industrie nucléaire, jadis premier producteur mondial de tabac, de sucre, toutes ressources maintenant évanouies ou réduites à des quantités très insuffisantes pour générer des profits pouvant servir à nourrir la population. Cuba reste quand même le premier producteur mondial de nickel voir les menées US contre le nickel cubain ici :  reseauinternational.net (nickel et autres : "Alors que le Canada commence à coopérer plus activement avec la Chine". Dans ses premières fanfaronnades, Trump répétait que Cuba faisait partie des États-Unis, ni plus ni moins, depuis que la flotte espagnole avait été battue en 1898 par les Marines, et les Rough Riders de Theodor Roosevelt, celui qui allait bientôt manier le "Big Stick" contre toute l'Amérique latine en tant que président. Tous les historiens savent que les États-Unis ne sont intervenus militairement dans la guerre d'indépendance des Cubains contre leur métropole historique qu'à la dernière minute, à moindres frais, et en occultant la résistance des combattants locaux, diminués parce qu'ils avaient déjà perdu au combat leurs stratèges José Martí et Antonio Maceo en 1895 et 1896. Au demeurant, aucun gouvernement de la nouvelle république cubaine n'avait jamais reconnu une souveraineté US, même si le parti annexionniste était depuis le XIXe siècle très vigoureux, étant globalement le parti des grands propriétaires croyant pouvoir accéder au statut d'État à égalité avec les autres composants de la fédération des États-Unis, le "Norte" géographique et l'unique objet de leur adoration bête et servile.

Cuba était de fait un protectorat, pour les États-Unis, jusqu'en 1959, mais ceux-ci n'avaient jamais envisagé de l'intégrer comme un 51e État à part entière. Porto Rico, l'île voisine, envahie en 1898, et devenu "État associé", est resté privé de tous les droits d'un État états-unien ; alors que la caste annexionniste croyait y avoir droit, l'île a gardé un statut strictement colonial. Rien de tel dans le cas de la "Grande Antille" : de 1902 jusqu'à aujourd'hui, les États-Unis ont toujours été vivement freinés dans leurs tentatives pour faire plier les Cubains, notoirement récalcitrants. Les Cubains sont cultivés, ont été à la tête du combat anti-impérialiste mondial, et Trump a réveillé leur patriotisme.

Pas plus que le Venezuela, Cuba ne se distingue par la moindre production ou commercialisation à grande échelle de drogue destinée à empoisonner la jeunesse américaine.

Pourrait-il s'agir d'une guerre préventive, comme Trump et Netanyahou le prétendent pour l'Iran, ce pays qui après mille ans d'histoire sans jamais avoir déclenché de guerre de conquête, n'aurait qu'un but, exterminer les Israéliens ? Cuba serait-elle une menace pour l'existence d'Israël ? Combien de fois les Cubains ont-ils tenté d'envahir les États-Unis (ha ha ha) ?  Maurice Lemoine vient de publier un excellent résumé des affaires d'espionnage, et des attentats faussement imputés à Cuba, qui servent de prétexte pour les menaces de jugement contre Raul Castro. Et le Britannique  Eric Ross énumère brillamment les étapes de cette longue guerre contre Cuba.

Combien de tentatives d'invasion ou d'actes terroristes soutenus par les États-Unis, pour dynamiter le gouvernement cubain, à coup d'épizooties et de tentatives d'assassinats de ses dirigeants (700 opérations recensées contre Fidel Castro en personne) ? En fait, comme en Iran, c'est l'espionnage israélien et américain qui menacent le gouvernement cubain, et qui mettent tout en œuvre pour fomenter un changement de régime. Comme en Ukraine au moment du Maidan, comme en Iran en 2025, on le sait maintenant, des snipers s'installent aux abords des rassemblements pouvant tourner à l'émeute, et, en tirant sur les manifestants et sur les forces de l'ordre en même temps, augmentent le niveau de violence, et fabriquent une propagande éhontée sur le mode "le gouvernement tire sur son propre peuple" (voir :  reseauinternational.net).

Une logique sioniste, c'est aussi simple que ça

Jusqu'à quand Trump se laissera-t-il manipuler par les intérêts israéliens ? Après avoir tenté en vain de modérer Netanyahou dans la dévastation de Gaza, de l'Iran et du Liban, n'est-il pas encore échaudé ? Dans la logique d'un Jared Kushner, convoitant n'importe quelle belle côte sous un climat agréable, il faudrait pour pouvoir implanter de beaux hôtels et casinos réservés à une clientèle privilégiée, à La Havane, d'abord nettoyer les lieux de leurs autochtones. Les Cubains n'ont pas été prévenus par Trump de ce qui les attend, si Jared reste aux manettes...

N'oublions pas que le grand financeur de Trump était Sheldon Adelson, le roi des casinos aux US, sa femme ayant pris le relai pour financer le génocide des Palestiniens après sa mort en 2023. Et il y a une longue tradition à Cuba en la matière : c'est Meyer Lansky, (né en Biélorusssie) le cerveau juif de la mafia italienne aux États-Unis, qui était le plus grand propriétaire de l'île avant 1959 ; et c'est seulement après en avoir été expulsé par la révolution de 1959 qu'il avait relocalisé et développé son empire à Las Vegas. Il y a donc des liens consanguins et indiscutables entre le grand banditisme USraélien à Cuba et celui que les Usraéliens veulent instaurer à Gaza. Meyer Lansky est honoré comme un héros à Jérusalem, et il est mort dans son lit à Miami en 1983, où il a son musée. Il avait eu quelques ennuis avec la justice US dans les années 1970, s'était enfui en Israël, puis tout s'était arrangé pour ce grand champion devant l'éternel de la pornographie, de la prostitution, du jeu, du rackett, du crime organisé et du trafic de drogue. D'ailleurs certaines entreprises qui sont obligées de quitter Cuba ces jours-ci se retrouvent à vendre leurs avoirs à des amis de Jared, qui sauront les faire fructifier dès le changement de régime acté.

À la lumière des révélations du dossier Epstein, qui était en affaires avec Trump comme avec tous les grands prédateurs israélites, et pas seulement israéliens ou américains, le puzzle devient d'une simplicité biblique.

Comment faire du logement social à peu de frais

En 1959, dès qu'il prend le pouvoir, avec un immense soutien populaire, sur un programme nationaliste inspiré de celui de Mossadegh, renversé par la CIA en 1953, Fidel Castro décrète la confiscation de la grande propriété, urbaine et rurale, puis il redistribue les grands hôtels, appartements et maisons de ville, en location au profit de l'État, à de nouveaux fonctionnaires, mais aussi, massivement, à une population pauvre qui afflue des campagnes ou des périphéries. Cette mesure radicale de type bolchevique lui assure le soutien d'une base populaire, qui encore aujourd'hui, n'a aucune envie de "rendre" ses logements sociaux, jadis pris à des capitalistes étrangers, impérialistes et exploiteurs ; on les comprend.

Dès 1962, le gouvernement américain décrétait les premières sanctions qui concourent à l'embargo régulièrement aggravé en dehors de l'épisode de la présidence d'Obama, jusqu'à l'étrangement total actuel. De façon automatique et infaillible, Israël vote à l'ONU la reconduction des sanctions. Autrefois validé par certains pays latino-américains ou européens craignant une "contagion communiste" mettant en danger leur propre caste capitaliste, ces sanctions ne sont plus validées que par I' entité sioniste et quelques îlots, à tour de rôle, Marshall ou Palau, des micro "États associés" fiscalement paradisiaques. Normal, la majorité des biens confisqués appartenaient à Meyer Lansky.

Ce que réclamait Trump dès qu'il a annoncé qu'après le Venezuela il s'en prendrait à Cuba, c'était la restitution des propriétés confisquées à des citoyens américains en 1959, assorti d'un rançonnement jusqu'à faire rendre gorge au gouvernement. Quelque chose qui ressemblerait aux "réparations" pour les descendants des juifs malmenés en Europe, que les musées de l'Holocauste et autres fondations collectent avec force menaces et chantages auprès de chaque instance nationale en position de faiblesse, mais en pire. Ainsi, les vautours du style Paul Singer pourront enfin racheter la "dette" de Cuba, et ruiner le pays en se constituant de nouveaux empires fonciers, à l'image de ce qui est advenu pour l'Argentine à partir de l'an 2000, le fonds monétaire international servant de couverture pour une vaste opération de rapine. L'Argentine proclame avoir toujours refusé des transactions d'échange sur le mode "dette contre territoire". Mais avec Javier Milei au pouvoir, c'est pratiquement chose faite en Patagonie, même si l'artifice juridique est un peu plus sophistiqué. A Cuba, calculent les conseillers de Trump, il serait facile d'acheter toutes les ressources de l'île, sous prétexte de dettes d'État. A tout hasard, les avoirs du président Díaz Canel lui sont déjà "bloqués".

Cuba est donc un enjeu ancien pour ce que certains appellent globalement la "mafia khazare" ou l'epsteinistan, dans une perspective qui ne dépasse pas l'horizon de la confiscation mafieuse.  Thierry Meyssan a établi que Trump n'avait aucune culture politique avant de décider de s'emparer de la présidence des États-Unis, il croyait n'avoir aucun besoin de se renseigner par lui-même sur la question palestinienne, ni sur l'histoire de la nation iranienne. Son ignorance crasse et sa suffisance constituent certainement un paramètre décisif, pour l'avenir de Cuba aussi.

Et maintenant, quelles opérations militaires ?

La défaite de Trump et de Netanyahou en Iran nous permet maintenant d'envisager sérieusement leur défaite à Cuba. Déjà les Cubains ont revendiqué fièrement la présence de 4 implantations militaires chinoises, pouvant servir à espionner les États-Unis, et une flotte russe a débarqué en fanfare en juin 2024 à Cuba, comportant un sous-marin nucléaire. Mais il n'y a pas d'opérations d'espionnage en cours, de l'avis de la CIA. Raúl Castro se prépare à remettre à l'honneur l'embrigadement et l'entraînement de la population au maniement des armes, mais il n'est plus question, pour le moment, de débarquement de marines ou de bombardements d'installations militaires sur l'île. D'anciens spécialistes de la CIA ont mis Trump en garde, la population ne recevrait pas les Américains comme des sauveurs, bien au contraire. Et ils sont mobilisés, voir  reseauinternational.net.

Les réactions internationales seraient catastrophiques, l'ONU, la Corée du Nord, l'Iran et l'Afrique du Sud donneraient certainement de la voix, même si les menaces de représailles d'autres pays s'exprimaient à bas bruit dans un premier temps. Et nombre de pays sont déjà tentés d'appliquer des mesures de rétorsion contre le dollar, pour se protéger, mais aussi, éventuellement, par solidarité, ce qui devient envisageable avec l'essor du yuan comme monnaie internationale bienvenue, supplantant déjà le dollar pour le commerce des hydrocarbures.

Le président Xi Jinping a sommé Trump de revenir au droit international et à la logique humanitaire. Il a mentionné les droits de Cuba, mais aussi d'Haïti, pays où les interventions armées des US n'ont jamais cessé ; associer les deux Antilles dont toute la richesse avait été bâtie sur le trafic négrier est un message puissant en direction de l'Afrique et des Afrodescendants du monde entier. Le président Poutine a fait des déclarations répétées dans le même sens, en y ajoutant la longue tradition d'échanges solidaires entre l'URSS et les gouvernements cubains depuis 1959, et le principe, reconnu par l'ONU aux lendemains de la Seconde guerre mondiale, du droit des peuples à l'autodétermination, et à se gouverner sans ingérences étrangères. L'anticolonialisme fervent, la logique humaniste, égalitaire, chargée de spiritualité, de la grande époque soviétique, tout cela est de retour.

Rien de cela ne saurait suffire à dissuader Trump d'affamer les Cubains à mort, à défaut de pouvoir étaler ses gadgets militaires. Mais jamais il n'obtiendra l'assentiment des peuples, ni des gouvernements latinoaméricains (de plus en plus israélisés, selon les résultats des élections récentes, certes, mais cela sera provisoire), ni des gouvernements européens, ni de bien d'autres. Je pense en particulier au Mexique, au Brésil, à l'Espagne, à l'Afrique du Sud, qui s'est si noblement distinguée en lançant les tribunaux internationaux aux trousses de Netanyahou, bref tous ceux qui peuvent faire un barrage médiatique audible.

Et après ?

Aux US mêmes, il y a une forte proportion de Cubains exilés, ou réfugiés économiques, comme on dit, en tout cas recrutés régulièrement depuis 60 ans par les US pour constituer une armée d'anticommunistes ne leur coûtant pas cher, qui sont horrifiés par le cynisme, la cruauté, la rapacité, la maladie mentale de Trump, de "Narco" Rubio et de Netanyahou. Ils mettent tout en œuvre pour faire parvenir de l'aide à leurs familles, et ne souhaitent nullement une invasion sanglante de Cuba, ni une guerre civile, ni un changement de régime qui en finirait avec les garanties de protection sociale existant encore. Pour faire barrage à Trump, et faire barrage aussi à Rubio (celui qui voulait se faire passer pour un rescapé du supposé holocauste castriste mais qui a été démasqué, car ses parents avaient quitté l'île avant la révolution, victimes des exactions du dictateur Batista, celui-là même qui avait pris la fuite le 1er janvier 1959), ces Cubano-américains peuvent basculer du côté démocrate et se ranger sous la bannière humanitaire.

Que manque-t-il pour que Cuba gagne la bataille contre les génocideurs en chef ? Trump lui-même, à son habitude, avait fait une gaffe monumentale : il avait déclaré publiquement être en passe de faire assassiner Raul Castro, le petit frère adoptif de Fidel Castro, et âgé à ce jour de 95 ans. Ou à défaut, dit-il maintenant, de lui faire un procès. Pas de chance, Raul Castro a repris du service, en tant que général, et Hernando Calvo Ospina rappelle en détail sa trajectoire militaire brillante ici :  legrandsoir.info. C'est l'armée cubaine, aguerrie, qui assure la stabilité du pouvoir à Cuba depuis 60 ans... Raul avait pris les armes à 18 ans dans le maquis révolutionnaire. Puis il a incarné l'analyse marxiste et la formation rigoureuse des communistes cubains, actifs comme tels depuis 1925, dans la matrice soviétique, puis ralliés à la révolution castriste triomphante, et freinant dans une grande mesure les embardées hasardeuses de la politique économique de Fidel, catastrophique certes, tout le monde en convient. Ministre de l'armée, Raul a longtemps incarné la sévérité, la poigne, la répression. Mais c'est aussi celui qui était venu à bout de la sédition dans l'armée de la part de ceux qui avaient essayé de tirer profit de trafics divers, à l'époque du général Ochoa. Et c'est Raúl Castro qui est à la tête de la résistance, dans le gouvernement cubain actuel. Les soldats cubains sont redoutables. Ce sont eux qui assuraient la garde rapprochée du président vénézuélien. Ils ne se sont pas rendus, ils sont morts au combat, en protégeant le président Maduro.

Là où Trump ne pourrait pas imposer d'offensive militaire, parce qu'il n'a pas pu dépasser le cadre démocratique, et ne peut donc absolument pas museler son opposition, Cuba a les moyens de déployer une défense exemplaire.

D'ores et déjà, et cela depuis la Révolution de 1959, Cuba sait jouer magistralement des atouts des faibles, dans leur guerre asymétrique : diviser ses ennemis, brandir sa supériorité spirituelle et morale, et son très grand art de la contre-propagande. Son endurance hors norme lui permettra de tenir jusqu'à ce que Trump soit obligé de quitter la présidence, et si dans le gouvernement de Miguel Díaz Canel certains sont en train de négocier avec les Américains, c'est dans cette perspective, celle de la victoire prochaine des opposants à Trump.

La patience, la docilité apparente, l'art du sabotage par la lenteur, la duplicité, la clandestinité, les fraternités et loyautés secrètes, communautaires et ou individuelles, ce sont les armes des esclaves : Cuba était au XIXe siècle à l'avant-garde du combat abolitionniste ; les descendants d'esclaves et leurs alliés n'ont rien perdu de leur mémoire politique africaine, même si l'emphase des intellectuels persuadés d'incarner la raison veut occulter le génie proprement nègre. Dès 1959, la classe politique révolutionnaire avait su mettre en mouvement les arts de la résistance des damnés de la terre, et c'est pour cela qu'elle s'est maintenue jusqu'à ce jour.

Ce qui manque, pour que Cuba ne soit pas seulement une nouvelle Numance tenant tête, jusqu'à la mort, aux vulgaires assassins qui l'assiègent, c'est notre soutien à nous, les braves gens de plus en plus anticapitalistes et souverainistes d'Europe, qui pouvons peser. Gaza, Téhéran, Beyrouth, La Havane, même combat. Grâce aux dossiers Epstein, nous savons que les grandes autorités derrière le culte et l'industrie de l'Holocauste sont les mêmes qui organisent toutes les campagnes de propagande et de racket musclé pour diffamer les gouvernements rétifs à la soumission : ce sont de misérables gangsters consommateurs d'enfants et trafiquants d'humains en général.

Et notre victoire ne sera pas simplement éclatante au plan des idées, des valeurs, des sentiments qui font de nous des humains honorables. Elle est parfaitement possible sur le terrain. Cuba reste la "clé du golfe" (du Mexique, comme elle l'est depuis les temps préhispaniques), dans ses nouvelles dimensions planétaires. Après le détroit d'Ormuz, les entrées du Canal de Panama peuvent devenir des enjeux, la Chine n'a nulle envie de se laisser chasser de l'Amérique latine, après avoir beaucoup investi, précisément, à Panama, non plus que l'Iran.

Et la Russie ? Voilà ce qu'on savait en 2020 et 2024 :

 Des navires de guerre russes équipés de missiles Zircon et Caliber sont envoyés de manière inattendue vers une base navale à Cuba
 La Russie est prête à transférer des missiles nucléaires et une défense aérienne de pointe à Cuba

 Maria Poumier

source :  Entre la plume et l'enclume

 reseauinternational.net