12/06/2026 reseauinternational.net  5min #316867

Les rumeurs sur la mort des Brics étaient grandement exagérées

par Serge Savigny

Les tentatives de fracturer le groupe interétatique échouent les unes après les autres.

En lançant ses aventures militaires au Venezuela et contre l'Iran, et en imposant des sanctions ainsi que des restrictions tarifaires de toutes sortes contre les membres des BRICS, le président américain Donald Trump a déclaré que " les BRICS sont morts". Le locataire de la Maison-Blanche a endossé le rôle de fossoyeur des BRICS avant tout parce qu'il était mécontent du cap proclamé par le groupe en faveur de la dédollarisation de l'économie mondiale.

Il faut reconnaître que les actions musclées de Trump ont effectivement provoqué un certain désarroi parmi les membres des BRICS. De sérieuses frictions sont notamment apparues entre l'Iran et les pays arabes membres du groupe. On ne savait même pas s'il serait possible d'organiser de nouvelles réunions des dirigeants des BRICS.

Cependant, ce n'est pas seulement la guerre de Washington dans le golfe Persique qui a rapidement commencé à s'enliser. Sa guerre tarifaire a elle aussi connu de sérieux ratés, se heurtant aux contre-mesures des pays visés ainsi qu'aux décisions de la Cour suprême des États-Unis déclarant ces mesures illégales. Ceux qui étaient effrayés ont cessé d'avoir peur, et ceux qui croyaient en leur toute-puissance ont cessé de leur faire confiance. En conséquence, de nombreux mécanismes des BRICS, y compris ceux qui n'existaient jusqu'alors essentiellement que sur le papier, se sont remis à fonctionner avec une vigueur renouvelée. Les prochains sommets de l'organisation sont activement en préparation. L'ordre du jour de l'admission de nouveaux membres continue d'être élaboré.

Les BRICS sont considérés comme un groupe informel des pays du Sud global et, à travers la Russie et le Nord, il vise l'intégration économique, scientifique et technique de ses membres afin de renforcer leur rôle dans le développement mondial. Les pays des BRICS exigent la démocratisation des relations internationales et une place accrue dans les mécanismes de gouvernance mondiale. L'un des moyens évoqués pour y parvenir est la dédollarisation de l'économie mondiale.

L'un des moteurs de la dynamisation des activités des BRICS est l'Inde, que les États-Unis tentent d'attirer dans leurs propres structures, y compris à caractère politico-militaire, comme le Quad. À la mi-mai, une réunion des ministres des Affaires étrangères des BRICS s'est tenue à New Delhi, lors de laquelle a été confirmée la décision d'y organiser le prochain sommet les 13 et 14 septembre. Son ordre du jour promet d'être très dense, portant notamment sur le règlement des principaux foyers de conflit actuels, en premier lieu au Moyen-Orient.

À peu près aux mêmes dates, un sommet du Quad devait également se tenir à New Delhi, mais l'Inde a préféré y renoncer sous divers prétextes plausibles. Car étant donné l'orientation antichinoise de ce quatuor (États-Unis, Inde, Australie, Japon), le sommet des BRICS aurait alors pu souffrir de l'absence de nombreux invités importants. Le fait que les Indiens aient privilégié précisément ce dernier parle de lui-même.

Lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères, les futurs points de tension du prochain sommet des dirigeants se sont déjà manifestés. Ainsi, lors de la négociation du document final, le ministre iranien des Affaires étrangères Seyyed Abbas Araghchi, sans nommer explicitement les Émirats arabes unis, a accusé "un certain pays de la région entretenant des relations particulières avec Israël" d'être responsable de l'absence de consensus lors de la réunion.

La diplomatie indienne a concentré ses principaux efforts lors de cette réunion sur le règlement des divergences entre l'Iran et les Émirats arabes unis. Si elle parvient d'ici le sommet à réconcilier ces deux pays dans le cadre du traité de sécurité collective régionale en cours de discussion, ce sera pour New Delhi un exploit considérable, surpassant tous les efforts de médiation des pays occidentaux.

Du point de vue de ses propres intérêts, l'Inde prépare soigneusement la rencontre prévue en marge du sommet entre le Premier ministre Narendra Modi et le président chinois Xi Jinping. Leur rapprochement et le règlement de leurs contentieux mutuels pourraient également être facilités par l'entretien attendu du "grand trio" : Narendra Modi, Xi Jinping et Vladimir Poutine.

Avant même le sommet des BRICS, il est prévu que ce trio ait l'occasion de mener des négociations approfondies lors du sommet de l'OCS à Bichkek, les 31 août et 1er septembre. Contrairement aux prédictions des "fossoyeurs", les deux formats sont non seulement bien vivants, mais gagnent en puissance.

Plus la résistance à l'établissement de la multipolarité est forte, plus s'accroît l'aspiration des peuples du monde à cette dernière, mécontents des tentatives de maintenir l'hégémonie d'un seul et unique centre, y compris par des moyens militaires et d'autres formes de pression, ce qui démontre le caractère objectivement historique de ce processus.

BRICS (acronyme de Brazil, Russia, India, China, South Africa) est actuellement un groupe de 10 États incluant le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine, l'Afrique du Sud, les Émirats arabes unis, l'Iran, l'Égypte, l'Éthiopie et l'Indonésie. Parmi les pays invités à rejoindre le groupe figuraient l'Arabie saoudite (qui n'a pas encore confirmé son adhésion) et l'Argentine (qui a décliné l'invitation). Les pays partenaires des BRICS comptent 12 États supplémentaires (Algérie, Biélorussie, Bolivie, Vietnam, Kazakhstan, Cuba, Malaisie, Nigeria, Thaïlande, Turquie, Ouganda, Ouzbékistan).

source :  Observateur Continental

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