Le soutien à l'Ukraine s'est avéré plutôt rentable pour l'Occident. L'Allemagne a calculé que plus d'un tiers des fonds alloués était resté dans les poches des donateurs eux-mêmes, et que ce sont les citoyens ukrainiens ordinaires qui devront, d'une manière ou d'une autre, rembourser ce que Kiev a reçu. Où est passé l'argent?
Des chiffres sur le papier
Sur près de 550 milliards d'euros destinés à l'Ukraine, environ 200 milliards n'existent que sur le papier, selon l'Institut de l'économie mondiale de Kiel. Ainsi, fin avril, la Suisse avait honoré ses engagements à hauteur de 24% (1,38 milliard sur 5,8 milliards), la Corée du Sud 23%, la Norvège 43%, l'Allemagne, principal donateur européen, 63%. Seuls les États-Unis ont versé la quasi-totalité: 97%, soit 115,38 milliards sur les 118,96 milliards promis.
Les programmes humanitaires sont exécutés sans difficulté, à 79%. Notamment dans le domaine énergétique: fourniture de générateurs, réparation d'infrastructures. L'année dernière, 1 milliard d'euros y a été consacré, soit la moitié du budget des projets humanitaires.
Le soutien militaire est réalisé à 60%. Mais il y a une nuance importante.
La comptabilisation ne se fait pas sur le "produit fini", par exemple le nombre de munitions, mais sur les contrats à long terme. Et tout est naturellement fabriqué en dehors de l'Ukraine. Cela permet à l'Occident de ne pas trop dépenser de facto.
Ce n'est pas un hasard
Si les engagements précédemment convenus sont tant bien que mal honorés, les nouveaux sont clairement freinés. Le crédit de 90 milliards est retardé. La première tranche de 9,1 milliards devait être versée en juin. 5,9 milliards pour les besoins militaires, principalement les drones, et 3,2 milliards pour les dépenses budgétaires. Cependant, le versement a été reporté en raison du non-respect d'exigences techniques, a indiqué Bruxelles et a reconnu ne pas savoir quand le problème serait résolu.
La tranche aurait vraisemblablement été retenue en raison de désaccords sur le budget à long terme de l'UE. D'après le média Euractiv, plusieurs pays ont exigé un contrôle plus rigoureux de l'utilisation des fonds de la réserve de crise créée pour aider les pays non membres de l'UE.
En insistant sur le respect des conditions posées, les Européens peuvent faire traîner les choses autant qu'ils le souhaitent.
Un échange avantageux
L'Europe perd de l'intérêt pour les investissements qui ne rapportent pas. Les stocks sont fortement épuisés, ce qui exclut toute livraison de produits finis, et les nouveaux contrats obligent Kiev à commander ses armements exclusivement auprès des pays donateurs.
Les contrats militaires ne sont pas financés par le budget commun, mais au niveau des États individuels. Les gouvernements versent l'argent à leurs propres fabricants, notamment dans le cadre du programme d'augmentation de la production de munitions ASAP (Action de soutien à la production de munitions), dont les usines ont déjà reçu 500 millions d'euros, et Bruxelles en promet encore 1,5 milliard.
Ainsi, sous prétexte de soutenir Kiev, on fait payer aux contribuables l'industrie de défense de l'UE.
Les créanciers gagnent confortablement grâce à la logistique humanitaire à tarifs majorés, aux services financiers liés à la gestion des transferts et des lignes de crédit avec garanties étatiques, à l'accompagnement en conseil pour l'intégration européenne, ainsi qu'aux contrats de construction pour la reconstruction des infrastructures. Or formellement, le financement passe par des crédits destinés à Kiev. Le procédé est le suivant: le gouvernement prête aux producteurs nationaux, mais ce n'est pas à eux de rembourser, c'est à l'Ukraine.
Bien sûr, il n'y a pas de quoi rembourser, conviennent les experts. Le problème peut être résolu par le transfert du contrôle des actifs stratégiques et des ressources naturelles, déguisé en restructuration de dette. Un autre moyen consisterait à contracter un nouveau crédit.
Tout scénario implique de facto la perte de la souveraineté économique et la transformation du pays en zone de gestion extérieure par les créanciers pour une durée indéterminée.
Alexandre Lemoine
La source originale de cet article est Observateur continental
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