15/06/2026 mondialisation.ca  14min #317082

Bait ou l'ère des parasites

Par  Dominique Muselet

 Bait est un film anglais de Mark Jenkin qui traite du conflit entre les véritables producteurs, ceux qui créent de la richesse, ici un artisan pécheur, et les parasites, ceux qui profitent de ce que les producteurs ont créé, construit et développé pour s'enrichir ou se divertir, quitte à tout détruire, avec la bénédiction des traîtres que les prestidigitateurs de la finance ont porté au pouvoir dans les pays occidentaux.

Bait signifie appât. L'appât désigne, bien sûr, ce qui sert à attraper les poissons et les langoustes, mais, dans le film, le mot désigne aussi le village. Le village tout entier constitue, sans le vouloir, sans même peut-être en être conscient, un appât pour les professionnels du tourisme qui cherchent constamment à augmenter le nombre de leurs destinations touristiques pittoresques.

Selon Cl. F. du  Monde, « Bait se fait l'écho d'une lutte des classes sourde, entre ceux qui ont accès aux loisirs et ceux qui triment ». Je serais tentée de dire que CI. F. se fait l'écho de ceux qui ont intérêt à minimiser fortement la violence du traitement infligé non seulement aux pécheurs, mais aussi aux agriculteurs, aux éleveurs, et d'une manière générale à toutes les petites entreprises familiales, coopératives ou autres, que les gouvernements occidentaux s'efforcent de mettre en faillite pour que leurs amis du CAC 40 puissent les racheter à vil prix.

Cl. F. est plus à son aise lorsqu'il/elle parle de la forme : « Par contre Mark Jenkin, ne déroule pas une histoire, il la sculpte, visuellement, et en restitue les éclats, grâce à un travail ciselé de montage (image et son) ». Jenkin mérite, aussi bien que son héros Martin, le qualificatif d'artisan que Laurent Cambon de  Voir-aLire lui octroie, parce qu'il « tourne en 16 ml, noir et blanc à la Bolex, et développe ses bobines à la main », précise Olivia Cooper-Hadjian des  Cahiers du cinéma. Le choix formel du cinéaste : « Format carré, pellicule abîmée, bande-son minimaliste », que critique Jef Costello des  Fiches du cinéma ne nuit pas du tout au fond, contrairement à ce que Costello laisse entendre, il symbolise les vies saccagées, méprisées, brisées par l'absurdité, la cruauté et l'irresponsabilité des politiques de court-terme menées dans l'intérêt d'une caste de parvenus assoiffés d'argent et de sang. Ce parti-pris technique, additionné d'images symboliques qui paraissent parfois accidentelles, donne au film une esthétique inclassable, intemporelle, à l'image du drame intemporel qu'il relate, un drame qui aurait pu être le thème d'une tragédie grecque ou d'une parabole de Jésus si le tourisme de masse avait existé à leur époque.

Il s'agit d'une tragédie car le combat est perdu d'avance pour ceux qui tentent de vivre honnêtement de leur métier, dans le respect des traditions, de l'environnement et de ceux qui les

entourent. Les bourgeois aux manettes qui, protégés par leurs réseaux et les pouvoirs publics, se sont considérablement enrichis, le plus souvent par la spéculation financière, les trafics douteux ou illicites, les prises illégales d'intérêt, les détournements d'argent public, la corruption, l'intimidation et les crimes, sont d'une arrogance, d'une vulgarité et d'un aplomb infinis. Ils croient que tout leur est dû et que tout leur est permis. Il n'y a qu'à voir nos célèbres prédateurs sexuels qui sont tellement habitués à abuser, en totale impunité, de toutes les femmes et de tous les enfants qu'ils veulent, qu'ils ne comprennent pas qu'on vienne tout à coup leur demander des comptes. Les dernier en date sont apparemment toujours libres et toujours aussi pleins de morgue...

Dans le film, un touriste se plaint d'être réveillé de bon matin par un bateau de pêche qui sort du port, et comme il refuse de comprendre que c'est la marée qui dicte les entrées et sorties des pécheurs, Martin lui lance : « Vous allez changer les marées ? » Eh oui, c'est ce que croient ces crétins prétentieux, qu'ils peuvent changer les marées, le climat, les sexes, les organes, les végétaux, les cultures, les gouvernements, les frontières, la mort et la vie, bref tout, absolument tout, pour l'adapter à leur convenance. Et tout ça, parce qu'ils ont de l'argent !

Le pouvoir corrupteur et avilissant de l'argent

C'est ce que nous montre Jenkin dans son film : le pouvoir corrupteur et avilissant de l'argent. Un couple de riches londoniens a racheté la maison ancestrale, que Martin et son frère ont été obligés de vendre à la mort de leur mère pour payer les droits de succession, afin d'ouvrir une agence touristique dans cet authentique petit village de pécheurs de Cornouailles. La scène où on voit le couple se délecter des langoustes que leur fils, adepte de la chasse sous-marine, a volées dans la nasse que Martin avait installée dans une anfractuosité de la côte, en se félicitant que « pour une fois il ait montré de l'initiative », et la réponse de Martin au forfait sacrilège du jeune homme, dévoilent la profondeur la largeur et la hauteur du fossé éthique qui sépare ces nouveaux riches des habitants ancestraux du village, façonnés par des siècles de dur labeur, de bonheurs et de malheurs partagés.

Non seulement le sort tragique réservé aux travailleurs pauvres, écrasés par un système entièrement dédié au service des riches et des puissants, est entièrement occulté par les politiciens

de tous bords et par les médias, mais même leurs compatriotes plus aisés détournent d'eux le regard... Ils préfèrent se désoler et s'indigner du triste sort des paysans chinois, des Ukrainiens, des Libanais, des Africains... J'ai fait remarquer à une amie qui s'indignait de la misère des paysans chinois que sur franceinfo, le sénateur écologiste  Yannick Jadot avait révélé qu'« un tiers des agriculteurs vivent sous le seuil de pauvreté » et que « deux agriculteurs se suicident par jour ». Elle ne m'a pas crue... Les gens ne me croient pas non plus quand je leur dis que nos institutions, soi-disant démocratiques, ont été détournées par les riches à leur profit exclusif, avec la complicité de nos gouvernements mis en place par Big Finance, et que bien loin de nous vouloir du bien, ces puissants mobilisent tous les moyens de l'Etat non pas contre les criminels, les violeurs et les trafiquants de drogue, mais contre le moindre individu qui ose élever la moindre protestation contre le régime et/ou ses mandataires.

La fin du film m'a rappelé le Minotaure. Le Minotaure est un monstre mythologique mi-homme, mi-taureau, que le roi Minos avait enfermé dans le labyrinthe de Crète. Tous les neuf ans, la cité d'Athènes devait envoyer sept garçons et sept filles en sacrifice pour le nourrir. Eh bien le tourisme de masse est exactement cela, un monstre sanguinaire, à qui, dans le film, le neveu de Martin est offert en sacrifice.

Il n'y avait presque personne à la projection de Bait au Mélies, une salle où les places sont pourtant moitié moins chères que dans le privé. Cela ne m'a pas surprise, une amie qui va voir presque tous les films m'avait confié qu'elle n'irait pas voir celui-là car elle craignait que ce ne soit trop dur... Oui c'est dur la réalité... c'est pour ça qu'on a tant de mal à la voir et qu'on préfère croire aux promesses et aux tours de passe-passe de ceux qui nous dépouillent et nous asservissent.

Didier Raoult à Bistro Libertés

Le célèbre professeur Raoult est un savant français très connu à l'étranger, mais c'est à l'occasion de la fameuse opération d'ingénierie Covid qu'il s'est fait connaître en France, en s'opposant aux manœuvres délétères du régime Macron.

Avec le professeur Perronne, un médecin qui s'est opposé lui aussi aux injections Covid, inutiles et dangereuses, il était l'invité d'honneur de Bistro Libertés du 10 juin dernier, qui était consacrée au dernier scandale pédophile qui a conduit à l'assassinat d'une enfant de 11 ans, à l'hantavirus, la nouvelle opération de Big Pharma pour s'enrichir à nos dépens, et au Covid, lui-même, la meilleure opération boursière de Big Pharma.

Ce fut une émission remarquable. Non par les informations qu'elle nous a apportées mais par la révolte de Didier Raoult contre le carcan médiatique dans lequel on essayait de l'enfermer. C'était d'autant plus intéressant que ses interlocuteurs étaient tous des bloggeurs et des journalistes qui paient parfois chèrement leur opposition au système, et pas du tout des suppôts du système comme les médias de grand chemin. Et pourtant ils se comportaient aussi mal et parfois plus mal que leurs congénères corrompus ou militants pro-système, du haut justement de leur opposition au système.

Alors que Raoult tentait vainement d'expliquer ce qu'était une séquence, pourquoi les séquences ne cessaient de se modifier et de produire des variants et pourquoi donc les vaccins, en admettant même qu'ils aient été de qualité, ne servaient à rien (enfin si j'ai bien compris, car c'était difficile à comprendre pour un néophyte), ces journalistes ne pouvaient s'empêcher de l'interrompre pour lui opposer des théories qu'ils avaient puisées ça et là dans leurs recherches plus ou moins approfondies. Même le professeur Perronne prétendait savoir mieux que Raoult de quoi étaient composées ces fameuses séquences et d'où provenait le Covid !...Raoult avait beau leur rétorquer : Vous avez examiné des séquences ? Alors qu'est-ce que vous en savez ? Vous avez des opinions ! Des opinions, ce ne sont pas ces connaissances scientifiques. Et du haut de vos opinions vous croyez en savoir plus que moi qui ai étudié des milliers de séquences !

Il n'y en a qu'un seul qui s'est rendu compte que l'attitude du plateau envers le professeur Raoult était irrespectueuse, arrogante et déplacée, c'est le youtuber Charbel Lakisse. Il a corrigé le tir en disant poliment : « Nous on est ici pour vous poser des questions. On ne prétend pas en savoir plus que vous ! » Mais les autres étaient trop pleins d'eux-mêmes pour l'écouter...

Et le plus marrant, c'était qu'ils étaient fort choqués, tous ces éminents experts, d'être maltraités de la sorte par un de leurs invités. Eric Morillot, le présentateur n'en revenait pas ! Il s'attendait tout de même à un peu plus de reconnaissance de la part de quelqu'un à qui il avait fait l'insigne faveur de l'inviter sur son plateau... Les journalistes, même parfois ceux qui se disent anti-système, font partie aussi de cette classe d'experts autoproclamés qui parlent de tout sans rien savoir comme des perroquets sans cervelle. Il n'y a plus d'information sur les grandes chaînes de TV, seulement des débats où des experts échangent des opinions éculées toutes en faveur du pouvoir en place qui les subventionne et/ou de leur propriétaires milliardaires, en faisant semblant de s'opposer l'un à l'autre pour augmenter l'audimat.

Pour avoir une idée de la déchéance de la classe médiatique, il faut s'arrêter une seconde sur la manière dont les célèbres milliardaires, qui possèdent désormais les médias, ont fait leur fortune.

Les parasites milliardaires

En 1984, Bernard Arnaud, qui n'avait pas un sou mais des contacts dans les hautes sphères, a acquis la Compagnie Boussac Saint-Frères, en règlement judiciaire, avec le concours de l'État, en l'occurrence Fabius, pour 745 millions de francs, celui du Crédit Lyonnais, alors banque publique, pour 400 millions, tout cela additionné d'innombrables subventions et tours de passe-passe. De Boussac, Arnault ne va conserver que les domaines les plus lucratifs, notamment Christian Dior Couture et le magasin Le Bon Marché. Tout l'agent qu'il a gagné devrait nous appartenir puisque c'est nous, le peuple français qui avons financé toute son entreprise. Il n'a été que notre fondé de pouvoir... Sans compter que nous finançons aussi les médias qu'il possède par le biais d'énormes subventions.

Xavier Neil, [photo à droite] qui fait partie du même clan et possède un autre pan de nos médias, a fait sa fortune dans le porno grâce au Minitel à peu près à la même époque, ce qui lui a permis de lancer Free. Un personnage hautement recommandable...

Patrick Drahi, un autre grand patron de presse, est lui aussi parti de zéro. « Il a fait fortune en France, puis à l'étranger, nous explique Wikipedia, grâce à une technique particulière de gestion d'investissements, l'achat à effet de levier, consistant à s'endetter pour acheter une entreprise cible, puis la restructurer pour en majorer ses profits financiers, et rembourser les emprunts contractés par forte ponction sur la trésorerie de ladite entreprise. Dès 2003, il mise tout sur le secteur du câble et détient vite 99 % des réseaux câblés de France. ». Des opérations financières que Wikipedia, qualifie d'« acrobatiques ». Un euphémisme !

D'ailleurs en 2014, quand Vivendi décide de lui vendre SFR, « le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, s'inquiète de la situation fiscale de Patrick Drahi ; il déclare sur Europe 1 : « Numericable a une holding au Luxembourg, son entreprise est cotée à la Bourse d'Amsterdam, sa participation personnelle est à Guernesey dans un paradis fiscal de Sa Majesté la reine d'Angleterre, et lui-même est résident suisse ! Il va falloir que M. Drahi rapatrie l'ensemble de ses possessions et biens à Paris, en France. Nous avons des questions fiscales à lui poser ! » (Wikipedia).

On comprend aisément que pour devenir milliardaire en France, il suffit d'être sans scrupule et d'avoir des contacts politiques puissants ainsi que de bons moyens de pression, voire de corruption, et surtout un culot monumental...

TVLla petite chaîne qui produit Bistrot libertés est, elle, au contraire, une chaîne indépendante. Elle est persécutée par le régime d'extrême-centre de Macron, qui a fait fermer son compte bancaire sans préavis, ce qui lui a fait perdre près de 500 000 €, une somme colossale pour un petit media uniquement financé par ses auditeurs. Macron a interdit aux banques de lui consentir des prêts, sans compter la censure, la suppression de ses émissions, la diffamation, etc. qu'elle subit. TVL a d'ailleurs décidé de porter plainte contre ce harcèlement aussi arbitraire qu'illégal.

C'est quand j'ai entendu, dans le film, le couple de l'agence touristique répondre à Martin, qui, pour aller poser ses filets, avait garé sa voiture dans un endroit qui les gênait : « Nous aussi, on gagne notre vie ! » que j'ai repensé à cette émission. Ces professionnels du tourisme gagnent leur vie, certes, mais que c'est sur le dos des villageois et en particulier des pécheurs du village. Sans les pécheurs, sans les maisons de pécheurs, sans la rude beauté d'un village de pécheurs, sans les bateaux de pêche, sans les poissons et les langoustes, sans le pub local, il n'y a aurait pas de tourisme et donc pas d'agence touristique.

Tout comme les touristes, les journalistes, sauf les journalistes d'investigation et les lanceurs d'alerte qui mettent leur vie en danger pour révéler la vérité ou ceux à qui ça ne rapporte pas un sou, sont des parasites, du haut en bas de l'échelle. Ils vivent du travail, des connaissances, des découvertes, du malheur des autres, en colportant, critiquant, cachant, manipulant les informations qu'ils diffusent au gré de leurs intérêts et de ceux de leurs commanditaires. Et pas plus que les touristes, ils ne respectent les vrais producteurs, les vrais artisans, les vrais praticiens, les vrais savants, les vrais professionnels qui ont un savoir irremplaçable transmis de père en fils ou acquis par les études et l'expérience. Ils se croient supérieurs aux autres, parce que, dans cette société décadente, ils sont les porte-paroles d'un pouvoir qui décide ce que le peuple saura ou ne saura pas et quand et comment il le saura.

Hélas, aujourd'hui, dans la société capitaliste occidentale, ce sont ces parasites corrompus, pervers et dépravés qui tiennent le haut du pavé, qui noyautent les institutions, la police, l'armée, la justice, les médias, la culture, et aspirent toute la richesse des pays occidentaux. C'est terrible et insupportable !

La droite et l'extrême-centre, pour nous faire oublier les parasites d'en haut, désignent à notre vindicte les soi-disant parasites d'en bas : les chômeurs, les migrants, les pauvres, les malades, les retraités, les handicapés... Même s'il y a beaucoup d'injustices et de dysfonctionnements dans les aides sociales, une société qui se respecte se doit de s'occuper des plus faibles. Le problème de notre société néo-libérale n'est pas d'aider les pauvres, c'est d'enrichir les riches...

Heureusement, tout a une fin ! Lorsque les parasites seront si nombreux qu'il ne restera plus assez de monde pour les entretenir, lorsque le service de la dette (qui enrichit la banque parasitaire) aura dépassé le budget de la nation, lorsque le régime n'aura plus d'argent ni d'armes pour faire la guerre à droite et à gauche et enrichir Big armement, lorsque les rapports de force internationaux auront sonné le glas du mondialisme, la France retrouvera ses frontières, ses métiers, ses traditions, ses valeurs, le sens du sacré et de la solidarité, et renaîtra de ses cendres.

Dominique Muselet

Montreuil, le 14 juin 2026

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

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