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À un moment où le FMI s'apprête à reprendre les discussions avec le gouvernement, le débat se poursuit dans la société civile et dans la presse sénégalaises quant à la restructuration de la dette. Le gouvernement a soldé par avance des coupons sur ses obligations, un geste interprété comme un signal adressé aux investisseurs par la presse.
Le Sénégal accueille une mission technique du Fonds monétaire international (FMI) du 15 au 19 juin afin de reprendre les discussions avec le gouvernement en vue d'un nouveau programme de financement, alors que le pays traverse une crise budgétaire sur fond de débat animé autour d'une éventuelle restructuration de sa dette. Contrairement aux attentes de certains observateurs, la presse locale ne s'attend pas à l'annonce rapide d'un nouveau programme, estimant que les réunions entre le gouvernement et l'institution financière visent surtout à préparer les grandes lignes d'un éventuel accord. Parmi les pistes évoquées figure notamment un emprunt de 754 millions de dollars via des montages financiers complexes appelés "total return swaps".
La dette publique du Sénégal s'élève à près de 119 % du PIB, selon les estimations les plus récentes pour 2024, voire davantage si l'on intègre les dettes des entreprises publiques.
Le gouvernement sénégalais a soldé par anticipation 58 milliards de francs CFA (plus de 102 millions de dollars), une décision interprétée comme un signal de bonne foi et de solvabilité adressé au FMI et aux investisseurs. Selon plusieurs observateurs, la capacité du Sénégal à honorer ses engagements futurs repose sur trois facteurs clés, mais fragiles : les recettes pétrolières et gazières, notamment issues des projets Sangomar et Greater Tortue Ahmeyim, l'optimisation des ressources fiscales internes et les appuis financiers multilatéraux.
La restructuration de la dette en question
Toutefois, ces flux demeureraient insuffisants pour absorber le "mur de la dette" attendu entre 2026 et 2028, d'où la nécessité, selon de nombreux analystes, de parvenir à un accord avec le FMI afin d'éviter une crise financière. La politique d'austérité traditionnellement associée aux programmes du Fonds reste cependant mal perçue par une partie de l'opinion publique en raison de son coût social et politique. L'enjeu pour les autorités sénégalaises consiste donc à concilier les attentes de la population, la confiance des investisseurs et la mise en œuvre des réformes économiques, souligne la presse sénégalaise.
La perspective d'une restructuration de la dette suscite de vives réserves au sein de la société civile sénégalaise. Dans une analyse, le site d'information PressAfrik estime que cette solution, souvent présentée comme simple, ne l'est pas en réalité. Si elle peut soulager les finances publiques à court terme, elle risque également d'entraîner des conséquences lourdes, telles qu'une perte de confiance des investisseurs, une hausse du coût futur du crédit, une dégradation de l'image financière du pays et une dépendance accrue à l'égard des bailleurs internationaux.
Selon cette même source, la restructuration n'est pas un projet économique en soi, mais un outil de gestion de crise utilisé lorsqu'aucune autre alternative n'est disponible.
Une partie de la dette serait "odieuse", selon Ousmane Sonko
Dans un entretien accordé à RFI le 15 juin, l'ancien Premier ministre Ousmane Sonko est revenu sur sa position concernant la dette sénégalaise. Il a expliqué s'être opposé, lorsqu'il était au pouvoir, à ce qu'il a qualifié de "restructuration sauvage", estimant que le Sénégal n'était pas en situation de défaut et continuait à honorer ses engagements.
Évoquant des indicateurs économiques et des perspectives de croissance qu'il juge "relativement corrects", il a néanmoins critiqué l'attitude du FMI, qui aurait, selon lui, "d'autres préoccupations que celle d'encadrer et d'aider un pays qui est dans cette situation dont nous ne sommes pas responsables". Il s'est également dit opposé à toute solution qui n'irait pas "dans le sens de l'intérêt du Sénégal" ou qui sacrifierait les réformes structurelles au profit d'objectifs de court terme.
Interrogé sur son utilisation du terme "dette odieuse" - qui désigne une dette contractée sans tenir compte de l'intérêt de la population - Ousmane Sonko a indiqué ne pas disposer des leviers institutionnels nécessaires pour engager une procédure visant à établir juridiquement cette qualification.
"Quand je parlais à certaines occasions, je parlais en tant que chef de parti politique qui donne son opinion", a-t-il déclaré, ajoutant que "les pouvoirs du Premier ministre sont extrêmement limités" au Sénégal.
Selon lui, une partie de la dette pourrait néanmoins être considérée comme odieuse, notamment parce qu'elle n'aurait pas été soumise à l'approbation de l'Assemblée nationale. "Elle n'avait été approuvée ni par le peuple directement, ni par le peuple indirectement", a-t-il affirmé, exprimant l'espoir que les autorités actuelles examinent la possibilité de négocier l'annulation d'une partie de cette dette.