
Par Nate Bear, le 15 juin 2026
Cette année restera dans les annales comme celle où la puissance américaine, sous toutes ses formes, s'est effondrée brutalement.
Si la Coupe du monde constitue à bien des égards une distraction à l'égard de la guerre, des massacres et du génocide perpétrés par l'empire et ses mandataires, elle marque une nouvelle rupture dans le soft power, composante essentielle du mythe de l'empire américain bienveillant.
Les quatre derniers pays hôtes de la Coupe du monde - l'Afrique du Sud, le Brésil, la Russie et le Qatar - ont exploité cet événement pour renforcer leur stratégie d'influence en déployant tous leurs talents pour présenter au monde une image d'ouverture et de convivialité. La Russie avait supprimé toutes les obligations de visa pour les supporters souhaitant entrer dans le pays, offert le transport ferroviaire longue distance entre les villes hôtes et mis gratuitement à disposition tous les transports en commun locaux, des bus au métro.
Les États-Unis, en revanche, ont sauté sur l'occasion pour montrer leurs crocs impérialistes et capitalistes.
Ils ont imposé des interdictions de voyager aux citoyens de quatre pays participant au tournoi, refusé l'entrée à des supporters et à des groupes de supporters en provenance de pays du monde entier, refusé des visas à certains joueurs et interdit l'entrée à des arbitres. Au lieu de redorer leur blason comme l'ont fait les précédents pays hôtes, les États-Unis ont préféré afficher leur impérialisme. Au lieu de tirer parti de la Coupe du monde pour contrer les discours critiques sur leur image, les États-Unis ont réaffirmé : "Oui, c'est exactement ce que nous sommes".
Sur le plan capitaliste, ils se sont empressés de mettre en avant une autre tradition américaine très prisée : l'arnaque. New Jersey Transit, par exemple, a augmenté le prix d'un billet aller-retour de Penn Station, à Manhattan, au MetLife Stadium, dans le New Jersey, le faisant passer de 12,90 $ à 100 $. La Massachusetts Transportation Bay Authority a quant à elle fixé le prix des billets aller-retour de Boston au Gillette Stadium à 80 $, alors qu'il est habituellement à 20 $ les jours de match. D'autres villes ont mis en place des hausses de prix similaires.
Tous les préjugés sur la cupidité américaine sont confirmés.
Cette rupture du soft power américain lors de la Coupe du monde a été exposée aux yeux du monde entier, et le tout merveilleusement auto-infligé. Les dirigeants américains sont capitalistes et impérialistes jusqu'au trognon. Et je ne parle pas seulement de Trump, Hegseth et de la clique MAGA. Entendez-vous les Démocrates se plaindre des interdictions d'entrée ou du prix des voyages ? Non. Dans certains cas, ce sont même les villes démocrates qui s'enrichissent aux dépens des autres. Mamdani, fort heureusement, s'est élevé en voix critique isolée. Cependant, New York, sous la direction de Bill de Blasio et de Kathy Hochul, n'offre toujours pas de transport gratuit pour les supporters en visite, ni vers le MetLife Stadium, ni dans la ville.
La Coupe du monde a parfaitement incarné l'esprit mercantile états-unien.
L'ego, l'arrogance et l'orgueil, alimentés par les idéologies capitaliste et impérialiste, ont convergé pour créer exactement le genre d'expérience attendu.
Le mépris américain pour la diplomatie, son incapacité à se départir de ses idéologies ne serait-ce que temporairement afin de redorer son image, repose sur le mythe d'une puissance américaine hégémonique. Les dirigeants américains, dopés au militarisme et au nationalisme, obsédés par l'esthétique des stars de films d'action, se moquent éperdument de la stratégie d'influence car ils estiment que la puissance militaire est l'unique clé de domination du monde.
Mais cette idée fausse s'effondre en temps réel.
Selon les informations, les États-Unis et l'Iran devraient signer un accord de paix cette semaine, ce qui, quel qu'en soit le contenu, scellera une défaite historique et définitive pour les États-Unis.
Les États-Unis et Israël ont ouvertement attaqué l'Iran pour provoquer un changement de régime et mettre fin à la République islamique. Ils ont échoué. Peu importe la manière dont cet accord sera présenté par Trump et les médias traditionnels, cette réalité est indéniable. La réouverture du détroit d'Ormuz rétablit simplement le statu quo antérieur à l'attaque. Mais la signature de cet accord est tout sauf un retour au statu quo. L'Iran s'est montré dissuasif, a résisté à deux puissances nucléaires, a dicté sa conduite à Israël au Liban, et la République islamique s'est maintenue. De plus, l'Iran est désormais susceptible d'obtenir un allègement des sanctions et le déblocage de milliards de dollars, tout en conservant sa capacité d'enrichir de l'uranium. Grâce au système de péage en vigueur, l'Iran a pu démontrer sa domination stratégique sur l'empire, tout en conservant sa capacité à exporter son propre pétrole et son gaz. Le pays a également infligé des milliards de dollars de dommages matériels aux installations militaires américaines, des destructions jusqu'à la dernière série d'attaques la semaine dernière, et a contraint les militaires américains à abandonner leurs bases à travers le Moyen-Orient.
Je n'ai pas de patience pour les critiques mesquines émises par les anti-impérialistes sur l'accord que l'Iran s'apprête à signer. Nous sommes témoins d'une victoire anti-impérialiste indéniable et sans précédent.
Aucun président américain, à court ou moyen terme, ne voudra réitérer la mésaventure de Trump en Iran, si bien que le pays est sans doute à l'abri d'une nouvelle attaque impérialiste pour un certain temps. Il peut ainsi mettre cette période à profit pour fabriquer des milliers de missiles et de drones supplémentaires dont l'efficacité a été largement démontrée.
Israël, comme toujours, reste la grande inconnue, mais l'État hébreu ne peut agir seul contre l'Iran. S'il défie ses parrains et relance la guerre, il sombrera dans une crise aux conséquences potentiellement fatales pour la colonie en pleine déliquescence.
À bien des égards, l'empire 2026 ne ressemble pas à que ce que Donald Trump a toujours promis : incapacité à composer avec un monde multipolaire, refus de reconnaître les limites de la puissance américaine et rejet des vertus de la stratégie d'influence. Ces pathologies se sont muées en une grave crise pour l'empire, une crise saluée par quiconque prône la fin de cet empire.
En 1980, l'historien William Appleman Williams a écrit un livre sur l'impérialisme américain intitulé Empire as a Way of Life. Tout en reconnaissant que l'empire ne disparaît pas du jour au lendemain, il a appelé les Américains à imaginer une issue à leur mode de vie impérial.
Malgré la débâcle de la Coupe du monde et l'accord avec l'Iran, l'empire américain n'a pas encore pris fin. Les empires s'effondrent progressivement et pas du jour au lendemain, comme le savent bien les dirigeants iraniens. Mais les États-Unis ont récemment subi de graves revers. Même s'il ne faut pas s'attendre à la fin de la violence impériale - les empires moribonds étant enclins à la démesure - ces derniers mois laissent entrevoir la fin de l'empire américain en tant que modèle sociétal.
Et pour reprendre Williams, il revient désormais aux Américains d'imaginer ce qui suivra.
Traduit par Spirit of Free Speech
¡Do Not Panic!
American Power Is Collapsing
This will be looked back on as the year in which American power, hard and soft, entered into accelerated collapse...