
par Pierre Duval
Trump a, de facto, présenté un ultimatum au président français qui tente de jouer la montre contre les États-Unis qui ont trouvé un point faible de la France pour faire plier Macron. La colère de Trump envers le locataire de l'Élysée ne baisse pas.
"À la veille du G7 à Évian, Donald Trump ravive les tensions commerciales en menaçant le vin et le champagne français d'une taxe de 100%", a signalé La Revue du vin de France.
Interrogé par le New York Post, le président américain a déclaré avoir personnellement mis en garde le président français, Emmanuel Macron, l'exhortant à supprimer la taxe de 3% imposée aux géants américains de la tech. "Je lui ai demandé de ne pas taxer les entreprises américaines, et s'il le fait, je n'aurai d'autre choix que d'imposer des droits de douane de 100% sur tous les champagnes et tous les vins importés de France. Supprimez simplement cette taxe, et nous n'aurons plus ce genre de pression", a-t-il affirmé.
Ce différend fiscal a ouvert la voie à une confrontation acharnée entre les États-Unis et la France lors du sommet du G7 qui s'est tenu cette semaine à Évian-les-Bains, la réunion annuelle de sept des démocraties les plus riches du monde visant à établir les règles du commerce mondial, de la sécurité et de la politique économique qui contribuent à faire bouger les marchés.
"Trump avait déjà menacé d'imposer des droits de douane de 200% sur le vin et sur d'autres boissons alcoolisées importées de France et de l'Union européenne, notamment en janvier de cette année et en mars de l'année dernière", rappelle le New York Post avertissant sur les désaccords profonds entre la France et les États-Unis. Le fragile cessez-le-feu fiscal entre Paris et Washington a volé en éclats au premier jour du sommet du G7 alors que l'Élysée affirmait récemment que le différend sur la fiscalité des géants de la Silicon Valley était réglé.
Le quotidien stipule : "La taxe française sur les services numériques, communément appelée taxe GAFAM, est en vigueur depuis 2019. Elle impose un prélèvement de 3% sur le chiffre d'affaires local généré par des entreprises comme Alphabet (maison mère de Google), Amazon, Meta et Apple. Comme cette taxe cible le chiffre d'affaires brut et non les bénéfices, elle pénalise avant tout les géants américains de la tech, qui ont engrangé près de 700 millions de dollars l'an dernier, selon le ministère français des Finances".
À la recherche de moyens pour combler le budget déficitaire de la France, le député Renaissance Jean-René Cazeneuve a proposé un amendement visant à faire passer de 3% à 15% la taxe sur les services numériques. Cette mesure, adoptée le 22 octobre en commission, cible directement les géants américains comme Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft.
"La France ne cédera pas aux pressions du président Donald Trump et ne supprimera pas sa taxe numérique sur les géants technologiques américains", a maintenu le président français.
Les députés n'ont voté au final que pour une augmentation de la taxe GAFAM que deux fois, de 3% à 6%.
Les membres du Congrès US ont immédiatement appelé Donald Trump à intervenir et à protéger les affaires américaines. Macron a très tôt agité la menace d'un "bazooka" commercial européen que pour faire reculer Trump.
Les exportateurs français de vins, champagnes et spiritueux ont appelé à une stratégie concertée à Bruxelles pour éviter d'être encore plus exposés dans le chantage lancé par Donald Trump. Le président US menaçait déjà d'introduire un tarif douanier de 200% sur les vins français.
"Le rendement prévisionnel de la taxe pour 2026 est de 881 millions d'euros, on peut estimer que le présent amendement générerait plusieurs milliards d'euros de recettes nouvelles pour le budget de l'État", calcule l'Assemblée nationale pour le projet de loi de finances 2026. Et à un taux de 6% ce montant doublera.
Ces montants sont importants, compte tenu de l'augmentation des dépenses budgétaires en France. Et malgré toutes ces considérations, malgré le fait que le Parlement français a déjà voté en faveur de l'amendement, le gouvernement ne l'a finalement pas approuvé. D'une part, il a perdu contre le lobby de l'alcool ; d'autre part, il a perdu 881 millions d'euros de revenus seulement cette année.
Les autorités françaises n'ont pas tenu compte du fait que reculer peut être considéré comme un signe de faiblesse. Le président des États-Unis a effectivement émis un ultimatum aux autorités françaises. Trump a menacé la France d'une nouvelle guerre commerciale avec les États-Unis. Malgré la situation difficile dans le monde et les contradictions entre l'UE et les États-Unis, ces derniers restent le principal marché d'exportation pour les vins français.
"Les États-Unis représentent un marché essentiel pour le Champagne, notre premier marché à l'export", avertit le site spécialisé, La champagne de Sophie Claeys.
Selon le ministère français de l'industrie, "les vins et spiritueux contribuent positivement à hauteur de 14 milliards d'euros au solde commercial de la France. Les exportations de ces produits s'élèvent à 16,5 milliards d'euros et représentent 85% des exportations françaises de boissons en 2024.
Les exportations de vins et spiritueux sont cependant concentrées sur quelques pays clients. "Les États-Unis sont le principal importateur pour chaque produit". "Au sein de l'Union européenne (UE), la France est le principal exportateur de vins et spiritueux vers les pays hors UE", note le ministère français de l'industrie.
Quant à l'état du marché français du vin aux États-Unis, l'introduction de droits à l'importation ( actuellement 15%) et le taux de change défavorable de l'euro par rapport au dollar ont fortement affecté les bénéfices. Néanmoins, les États-Unis sont toujours le principal marché d'exportation pour la France, qui revêt une importance particulière en raison de la crise historique traversée par le pays. Trump possède une carte puissante contre Macron.
source : Observateur Continental