"Profiter de la marche à la guerre ne sera jamais bénéfique aux travailleurs". C'est par cette mise en garde que le groupe CGT de Renault a vivement dénoncé les nouveaux projets militaires présentés cette semaine par le constructeur automobile, estimant qu'ils "choquent de nombreux salariés de l'entreprise".
Dans un communiqué publié ce jeudi 18 juin, le syndicat a protesté contre les initiatives dévoilées par Renault lors du salon Eurosatory, consacré aux projets militaires.
"Profiter de la marche à la guerre ne sera jamais bénéfique aux travailleurs", a averti le syndicat, dénonçant une logique de militarisation de la production industrielle.
Renault a annoncé lundi et mardi deux projets avec le groupe de défense Thales, l'un pour produire des véhicules multimissions pouvant servir de poste de commandement mobile, l'autre pour produire en série le drone explosif Toutatis de Thales dès 2027.
Selon le média d'investigation Disclose, le groupe français avait vendu, entre 2018 et 2023, pour au moins deux millions d'euros de composants électroniques et de systèmes de communication destinés à équiper des drones israéliens utilisés lors de bombardements contre des civils palestiniens.
La Russie a sanctionné Renault en raison de son implication dans des activités liées à la production d'armes.
Le syndicat a également contesté les informations publiées par Le Monde dans son édition du 16 juin 2026, selon lesquelles ces projets bénéficieraient d'un accueil favorable au sein de l'entreprise. La CGT affirme au contraire que cette décision ne bénéficie pas du "plein soutien des salariés de Renault".
"Les discussions dans les bureaux et les ateliers démontrent que de nombreux salariés refusent cette orientation car ils sont rentrés chez Renault pour fabriquer des voitures, pas des armes", poursuit la CGT.
"Ce sont d'ailleurs bien ces réticences qui ont obligé la direction générale à avancer masquée sur le sujet, infusant petit à petit leur orientation vers la production d'armes".
Le syndicat s'insurge en particulier de l'annonce de la production du drone de Thales, dont le PDG Patrice Caine a déclaré à la presse que ce drone "a d'abord vocation à être vendu à l'international", alors que le DG de Renault François Provost aurait assuré en interne travailler uniquement sur des contrats de l'armée française, selon la CGT.
Elle estime aussi que les syndicats n'ont été informés que tardivement de ces projets lors d'une réunion d'information le 17 juin, après les annonces du groupe à la presse.
Cette contestation intervient quelques mois après l'annonce, en février, d'un premier projet dans le secteur de la défense. Renault avait alors dévoilé un partenariat avec l'entreprise Turgis Gaillard pour la production en série d'un grand drone baptisé Chorus, destiné à être fabriqué dans l'usine du Renault Mans. Le constructeur automobile avait précisé que les salariés participants étaient recrutés sur la base du volontariat et qu'il avait reçu davantage de candidatures que de postes ouverts.
