20/06/2026 mondialisation.ca  6min #317618

L'Ue rompt le silence: premiers contacts avec le Kremlin depuis 2022

Par  Alexandre Lemoine

L'Union européenne ressent le besoin de renouer le dialogue avec le Kremlin

Le bureau du président du Conseil européen Antonio Costa a établi de "brèves communications diplomatiques" avec le Kremlin. L'information a été rapportée par plusieurs médias européens qui, citant des sources, ont indiqué que "rien de substantiel" n'avait été abordé lors de la conversation téléphonique entre représentants de Bruxelles et de Moscou. Toutefois, le simple fait de cette prise de contact témoigne du fait que l'Union européenne, après avoir renoncé à de tels échanges au début du conflit en Ukraine, a tout de même besoin d'un canal de communication avec la Russie.

Les discussions autour de l'association de l'Europe aux négociations russo-ukrainiennes se sont intensifiées après que Kiev a appelé le mois dernier les dirigeants de l'UE à agir de manière plus proactive.

Un membre de l'administration du président du Conseil européen Antonio Costa a sollicité le Kremlin en vue d'ouvrir un canal de communication,  a déclaré un représentant de l'UE au magazine Politico.

L'établissement d'un contact direct va à l'encontre de la ligne de conduite de longue date de l'UE qui, depuis le début du conflit en Ukraine, s'abstient systématiquement de toute communication directe avec la Russie. Depuis un certain temps, les dirigeants européens évoquent de plus en plus ouvertement la perspective de négociations directes avec Moscou en vue d'un cessez-le-feu.

Le responsable a souligné que ces contacts avaient été brefs et n'avaient pas porté "sur le fond", mais il a ajouté qu'ils reflétaient le fait que l'UE a "des intérêts spécifiques à défendre".

"C'est pourquoi il est important de disposer de canaux diplomatiques établis avec la Russie", a déclaré ce responsable sous couvert d'anonymat en raison de la sensibilité du sujet. L'existence de ces contacts avec Moscou  a été révélée en premier lieu par l'agence Bloomberg.

Bien que ces derniers mois certains dirigeants européens  aient été en contact avec Poutine et bien que trois ambassadeurs (de France, du Royaume-Uni et d'Allemagne) aient rencontré le vice-ministre russe des Affaires étrangères à Moscou début juin, aucun effort concerté ou officiel soutenu par l'Union européenne ou par la majorité des capitales européennes n'a encore été entrepris.

"Costa coordonnait étroitement ses actions avec les dirigeants européens concernant un éventuel dialogue avec la Russie et les questions qui seront abordées lorsque le moment sera venu", a indiqué le responsable. Il a souligné que l'UE n'est pas un "médiateur" entre l'Ukraine et la Russie. Interrogé sur cette tentative de prise de contact, un diplomate européen a déclaré que le Conseil européen "n'a pas de mandat pour cela".

Les appels en faveur de négociations directes ont provoqué un débat parmi les 27 pays membres sur la question de savoir qui devrait représenter l'UE, si tant est que cela soit nécessaire. La Pologne et les pays baltes ont rejeté ces démarches, arguant que des négociations directes risqueraient de réduire la pression exercée sur Moscou, tandis qu'Emmanuel Macron a soutenu l'idée d'un dialogue. Un haut diplomate européen d'un pays du Nord a qualifié cette tentative de contact de "délire".

Lors de la conférence du G7 dans la station thermale française d'Évian-les-Bains, Donald Trump a déclaré qu'après la conclusion par son administration d'un accord-cadre de cessez-le-feu avec l'Iran, Washington s'impliquera de nouveau dans les négociations entre l'Ukraine et la Russie.

Depuis le déclenchement du conflit russo-ukrainien en février 2022, l'Union européenne avait opté pour un gel complet de ses contacts directs avec Moscou. Toutefois, depuis ce printemps, dans un contexte où les États-Unis se sont détournés de leur rôle de médiateur en raison du début des opérations militaires contre l'Iran, les dirigeants européens ont commencé à débattre de la possibilité de négociations directes avec la Russie en vue de mettre fin à la guerre.

Un groupe de pays a même commencé à se former au sein de l'UE, composé notamment du Royaume-Uni, de la France et de l'Allemagne, décidé à prendre en charge le dialogue avec Moscou au nom de l'Europe.

Parallèlement, la question de la désignation d'un représentant spécial pour négocier avec le Kremlin a été soulevée au sein de l'UE. De nombreux noms ont été cités comme candidats potentiels à ce poste, parmi lesquels les présidents finlandais passé et en exercice, Sauli Niinistö et Alexander Stubb, ainsi que l'ancien président de la BCE Mario Draghi. Cependant, les États membres ne sont pas encore parvenus à un consensus sur l'identité de la personne à qui confier cette mission. En outre, plusieurs pays, la Pologne et les États baltes en tête, ont déclaré que de telles négociations étaient superflues, estimant qu'elles risqueraient d'affaiblir la pression sur Moscou.

L'idée n'a pourtant pas été définitivement abandonnée. Lors du sommet du G7 qui s'est achevé le 17 juin en France, la Première ministre italienne Giorgia Meloni a de nouveau  appelé à désigner un représentant unique de l'UE pour traiter les questions liées à la Russie et à l'Ukraine, suggérant que ce rôle ne devrait pas être confié à un représentant d'un grand pays européen. "Il serait très difficile de proposer la candidature d'un représentant de l'un des plus grands pays européens. À mon sens, la proposition d'un tel candidat rendrait plus difficile la conclusion d'un accord, c'est pourquoi je me tournerais vers les puissances de taille moyenne de l'UE", a-t-elle déclaré aux journalistes.

Quant à Antonio Costa, qui en vertu de ses fonctions représente les 27 dirigeants nationaux de l'UE, préside leurs sommets réguliers et incarne, en quelque sorte, l'Europe collective, son initiative visant à jeter des ponts vers le Kremlin n'était pas un projet personnel, ont précisé des diplomates à Bruxelles.

Alexandre Lemoine

La source originale de cet article est  Observateur continental

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