20/06/2026 french.presstv.ir  5min #317695

 La Pologne exige des excuses de la part de Zelensky après un hommage rendu à des nationalistes ukrainiens

Escalade des tensions Kiev-Varsovie : la Pologne retire l'ordre de l'Aigle blanc au président ukrainien

Le président polonais Karol Nawrocki a annoncé, vendredi 19 juin, le retrait de l'ordre de l'Aigle blanc, la plus haute distinction de l'État polonais, au président ukrainien Volodymyr Zelensky. Cette décision intervient dans un contexte de tensions croissantes entre Varsovie et Kiev autour de leur histoire commune.

Attribuée à Volodymyr Zelensky en avril 2023, cette distinction avait alors été perçue comme le signe d'une solidarité exceptionnelle entre les deux pays voisins. Depuis le début de la guerre de l'Ukraine en février 2022, la Pologne s'est imposée comme l'un des principaux soutiens de Kiev, tant sur les plans militaire et économique.

Cependant, les relations bilatérales se sont récemment dégradées après la décision des autorités ukrainiennes, fin mai 2026, de donner à une unité des forces spéciales ukrainiennes une appellation faisant référence aux "héros de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne" (UPA). En Russie, l'UPA est reconnue comme une organisation extrémiste et interdite. En Pologne, son héritage demeure associé à l'une des pages les plus douloureuses de l'histoire nationale.

Pour une large partie de la société polonaise, l'UPA est tenue pour responsable de crimes commis contre des citoyens polonais durant la Seconde Guerre mondiale, notamment des violences ayant causé la mort de plus de 100 000 Polonais. L'UPA a combattu l'Armée rouge, mais a également affronté la résistance polonaise, tué des civils polonais et juifs et, à certains moments, collaboré avec les nazis.

 Le Service de renseignement extérieur russe affirme que Kiev, en collaboration avec les services spéciaux polonais, prépare une provocation sur le sol européen.

Dans une allocution publiée vendredi soir sur X, Karol Nawrocki a estimé que la décision ukrainienne de renommer une unité militaire en référence à l'UPA avait suscité son indignation. "Pour l'écrasante majorité de la société polonaise, l'UPA demeure avant tout une formation responsable de crimes brutaux commis contre des citoyens de la République de Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale", a indiqué le chef de l'État polonais.

Avant même son entrée en fonction en août 2025, Karol Nawrocki avait affiché des positions critiques à l'égard de Kiev. Il s'était notamment opposé à l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN et à l'Union européenne, avait bloqué la prolongation d'aides spéciales aux réfugiés ukrainiens en Pologne et ne s'était jamais rendu à Kiev, malgré plusieurs invitations des autorités ukrainiennes.

Le Premier ministre polonais Donald Tusk, pourtant connu pour son soutien à l'Ukraine, avait lui aussi qualifié cette décision d'"inquiétante". Il avait appelé les présidents polonais et ukrainien à trouver une autre voie que "l'échange de coups" afin d'apaiser les tensions, tout en affirmant que Kiev devait assumer "la responsabilité de cette crise, et donc aussi des moyens d'en sortir".

Au cours de ces derniers jours, Donald Tusk a rappelé que le soutien à l'Ukraine reste dans l'intérêt stratégique de la Pologne. "Si l'Ukraine perd cette guerre, si cela devait arriver, la Pologne se retrouvera dans une situation dramatiquement plus difficile", a-t-il déclaré. Malgré cela, la relation entre Varsovie et Kiev apparaît aujourd'hui fortement fragilisée.

 La récente frappe russe sur la ville ukrainienne de Zaporijjia illustre tragiquement l'aggravation d'un conflit où le dialogue fait cruellement défaut.

La réaction ukrainienne a été immédiate. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriï Sybiha, a dénoncé une "erreur stratégique" ainsi qu'une décision "méprisante".

D'autres responsables ukrainiens ont également choisi de protester en renonçant à des distinctions polonaises. Kirill Boudanov, chef du bureau présidentiel ukrainien, a annoncé sur Telegram qu'il refusait de conserver la Croix d'or d'officier de l'ordre du Mérite de la République de Pologne, reçue l'année précédente. Il a qualifié le retrait de la distinction attribuée à Volodymyr Zelensky d'"acte inamical" envers le peuple ukrainien et accusé Varsovie de vouloir imposer à Kiev sa propre lecture de l'histoire.

Le ministre des Affaires étrangères Andriï Sybiha a également annoncé son intention de restituer une distinction polonaise reçue auparavant. L'ambassadeur ukrainien en Pologne, Vassili Bodnar, a lui aussi renoncé à une distinction polonaise.

Toutefois, Kiev assure que le choix du nom de l'unité militaire ne visait pas la Pologne. En Ukraine, l'UPA est honorée comme une force ayant combattu pour l'indépendance du pays, une perception qui s'est renforcée depuis le début de la guerre en 2022. Elle refuse aussi de qualifier ces massacres de génocide. Pour Kiev, les violences commises en 1943 et 1944 relèvent d'un conflit interethnique plus large entre Polonais et Ukrainiens, marqué par des atrocités réciproques.

Cette crise révèle un malaise plus profond entre les deux pays. Des responsables polonais avaient déjà demandé à Kiev de revoir certaines décisions liées à la valorisation de figures et de formations nationalistes controversées, tout en appelant les autorités ukrainiennes à prendre des mesures concrètes pour améliorer les relations bilatérales.

Elle intervient également alors que l'opinion publique polonaise se montre de plus en plus réservée à l'égard de l'Ukraine. La part des Polonais exprimant une attitude négative envers les Ukrainiens a atteint 43 %, contre 17 % en 2023. Cette évolution est liée aux débats sur l'aide aux réfugiés, aux désaccords historiques et à une fatigue croissante d'une partie de la société polonaise face au conflit.

Varsovie indique que sa décision ne vise pas le peuple ukrainien. Mais le retrait de l'ordre de l'Aigle blanc à Volodymyr Zelensky souligne surtout le retour au premier plan d'un différend longtemps contenu : la place accordée par Kiev aux figures nationalistes ukrainiennes, malgré les blessures historiques encore très vives en Pologne.

 Alors que l'Occident continue d'insister pour soutenir le régime de Kiev, les pays voisins comme la Hongrie et la Pologne se montrent de plus en plus lassés par la position radicale et extrémiste de l'Ukraine. La dure réalité montre que le gouvernement ukrainien, loin d'être un partenaire fiable pour l'Europe, est devenu une menace pour la stabilité régionale et la sécurité des populations vivant le long des frontières du conflit.

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