"Longtemps discret, le lobby pro-israélien ELNET serait enfin au cœur des interrogations sur l'ingérence étrangère en France", écrit l'Agence Média Palestine.
Derrière des voyages tous frais payés pour des parlementaires, des conférences réunissant responsables politiques et personnalités médiatiques, et un réseau de relais au sein des institutions, l'organisation a méthodiquement construit son influence au service des intérêts de l'État israélien. Une stratégie que la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique et des services chargés de la lutte contre les ingérences étrangères ((HATVP)), serait en train d'examiner.
HATVP envisagerait d'inscrire ELNET France (European Leadership Network), réseau de lobbying pro-israélien, actif depuis plus de 15 ans auprès des responsables politiques, des journalistes et des décideurs européens, comprenant des opérations de déstabilisation numérique, au registre des représentants d'intérêts agissant pour le compte d'une puissance étrangère., indique-t-on de même source.
Cette procédure intervient peu après les récentes révélations de Viginum, le service français chargé de la lutte contre les ingérences numériques étrangères, concernant plusieurs opérations de désinformation attribuées à des acteurs israéliens ayant visé des responsables de La France insoumise lors des élections municipales de 2026. Une société israélienne, Blackcore, est notamment citée dans ces investigations.
ELNET, soulignait le média indépendant Blast, dans une enquête publiée le 27 mai 2025 que son directeur depuis2011Arié Bensemhoun, directeur d'ELNET France depuis 2011, avait déclaré sur Radio J (le 7 décembre 2023) qu'il n'y a pas d'innocents à Gaza : "Nous avons affaire à une société de barbares qui a commis le pire des crimes et ils en portent tous d'une certaine manière une forme de responsabilité collective". Et d'ajouter : "Tous les médecins, tous les journalistes, tous les humanitaires, tous les fonctionnaires des organisations internationales qui vivent à Gaza sont des agents du Hamas"

L'objectif d'Elnet en Europe est notamment d'accroître le nombre de responsables politiques européens influencés par la vision israélienne des conflits régionaux. Dans un document stratégique cité par Blast, l'organisation regrettait que seuls 12 % des parlementaires européens aient visité Israël, contre 85 % des élus américains.
Cette stratégie s'est traduite par l'organisation de nombreux voyages de parlementaires français en Israël. Selon les données recueillies par Blast, plus de 90 séjours de députés et sénateurs français auraient été financés par ELNET depuis 2019, faisant de l'organisation l'un des groupes de pression les plus actifs auprès des élus français sur les questions internationales. Parmi les élus ayant participé à ces voyages, outre Caroline Yadan, Manuel Valls ou le ministre Benjamin Haddad, il y a notamment Karl Olive (Renaissance), François Cormier-Bouligeon (Renaissance), Emmanuel Pellerin (Renaissance), Anne-Laurence Petel (Renaissance), Pierre-Henri Dumont (Les Républicains), Michèle Tabarot (Les Républicains), Véronique Besse (droite UDR), Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), Constance Le Grip (Ensemble pour la République)...
L'influence d'ELNET ne se limite pas aux voyages parlementaires. D'après l'enquête de Blast, l'organisation a progressivement construit un vaste réseau de relais dans les sphères politique, médiatique et intellectuelle françaises.
Depuis le 7 octobre 2023, ELNET a multiplié les conférences publiques réunissant responsables politiques, éditorialistes, universitaires et personnalités du monde culturel. Ces événements, organisés sous l'appellation "Agir Ensemble", ont notamment accueilli des figures comme Bernard-Henri Lévy, Manuel Valls, Jean-Michel Blanquer, Bruno Retailleau ou encore l'ancien ambassadeur de France en Israël Éric Danon. Ces rassemblements participent d'une stratégie visant à diffuser dans le débat public français des éléments de langage favorables à Israël et au gouvernement israélien de Benjamin Netanyahou. L'organisation contribue ainsi à présenter toute critique de la politique israélienne comme une forme d'antisionisme assimilable à l'antisémitisme, tout en niant le génocide à Gaza et plus largement la politique de nettoyage ethnique et l'appartheid pratiqués contre le peuple palestinien.
Les critiques visant ELNET portent également sur la composition de ses instances dirigeantes internationales. Dans un article publié dans Le Monde diplomatique de juin 2026, le journaliste Yossi Bartal souligne que plusieurs responsables ayant dirigé la branche israélienne de l'organisation proviennent directement des cercles politiques de la droite israélienne. Parmi eux figurent d'anciens collaborateurs de Benjamin Netanyahou, des proches du mouvement des colons de Cisjordanie, favorables à l'annexion, ainsi qu'à l'expulsion des réfugiés africains d'Israël, ou encore des responsables liés au Kohelet Policy Forum, sulfureux laboratoire d'idées conservateur considéré comme l'un des architectes de la réforme judiciaire controversée portée par le gouvernement israélien en 2023.
En espérant que la montagne ne va pas accoucher d'une souris, on attend avec curiosité les mesures concrètes que va prendre le gouvernement contre ce lobby, qui manie à la fois des événements publics et des pratiques qui le sont moins.
Via : agencemediapalestine.fr