23/06/2026 linvestigateurafricain.tg  4min #317989

Corridor Cotonou-Niamey : La levée du blocus suspendue à la transparence militaire exigée par la junte

Komla YAWO

Le feuilleton diplomatique qui paralyse le corridor Bénin-Niger depuis près de trois ans entre dans une phase décisive. Au terme de deux jours de concertations intenses à Cotonou, une étape majeure a été franchie. Emmenée par le  général de division Mohamed Toumba, ministre d'État nigérien chargé de l'Intérieur et de la Sécurité, une importante délégation de Niamey a validé avec la partie béninoise les conclusions du comité conjoint d'experts.

Sur le papier, les avancées sont significatives : accords de principe sur l'exonération des taxes de transit, révision des charges logistiques, règlement des contentieux juridiques et interdiction de mise en consommation de certaines marchandises. Si le ministre béninois de l'Industrie et du Commerce, Oleshegun Adjadi Bakari, a salué la restauration d'un "climat de confiance", la réouverture effective de la frontière reste suspendue à la validation politique de trois conditions militaires "non négociables" imposées par Niamey.

Corridor Cotonou-Niamey, le dégel économique face au mur des garanties sécuritaires

Ce rapprochement concrétise la dynamique amorcée le 2 juin dernier à Niamey lors de la rencontre entre le nouveau président béninois,  Romuald Wadagni, et le chef de l'État nigérien, le général Abdourahamane Tiani. Pour les opérateurs économiques des deux nations, l'enjeu est vital tant le blocus hérité du coup d'État de juillet 2023 a asphyxié le Port autonome de Cotonou et fait grimper le coût de la vie pour les populations.

Pourtant, malgré le consensus trouvé sur les flux marchands, le général Toumba a été on ne peut plus clair. "Nous avons verrouillé la priorité sécuritaire". Pour le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) au pouvoir à Niamey, la normalisation économique ne pourra se matérialiser sans l'obtention de gages géopolitiques formels de la part de Cotonou.

Cette méfiance persistante se traduit par trois exigences fermes brandies par la junte nigérienne comme préalables à toute levée des barrières. La première est la signature d'un accord de défense et de sécurité bilatéral formel, scellant un principe de non-agression mutuel et le renoncement officiel des deux pays à servir de base arrière à toute action d'ingérence ou de déstabilisation armée.

La deuxième condition impose le renforcement structurel du partage de renseignements via la création d'une cellule conjointe en temps réel pour traquer le terrorisme et le grand banditisme transfrontalier. Enfin, Niamey exige une transparence totale sur les dispositifs militaires et la présence de forces étrangères sur le sol béninois, en particulier dans les régions septentrionales jouxtant le Niger.

Lever le blocus sous l'œil vigilant de la junte : le prix de la confiance

Ces exigences mettent en lumière la doctrine de souveraineté absolue développée par le régime militaire nigérien depuis sa rupture avec les partenaires occidentaux traditionnels. En réclamant un droit de regard sur les alliances militaires du Bénin et la présence de contingents étrangers à ses portes, Niamey cherche à neutraliser définitivement ce qu'elle percevait jusqu'ici comme une menace d'encerclement stratégique. Les autorités nigériennes veulent s'assurer qu'aucune force internationale ne pourra utiliser le territoire béninois pour mener des opérations subversives contre leur transition.

Le destin de cet accord repose désormais entre les mains des deux chefs d'État pour la ratification politique finale. Si le Bénin accepte d'ouvrir ses bases à la transparence et de formaliser ce pacte de non-agression, la commission mixte bilatérale pourra être relancée, ouvrant la voie à une visite de réciprocité historique du général Abdourahamane Tiani à Cotonou. Dans le cas contraire, le corridor restera suspendu dans cet entre-deux diplomatique, rappelant que dans le Sahel contemporain, les impératifs de sécurité militaire supplantent désormais la rationalité économique des échanges.

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