Le jeudi 21 mai, la justice turque a invalidé l'élection ayant sélectionné le chef du principal parti d'opposition à Recep Tayyip Erdogan, le président turc. Il a ensuite été expulsé de force des locaux de son parti par les forces de l'ordre. Beaucoup, en Turquie comme à l'étranger, y voient une tentative d'Erdogan de neutraliser l'opposition en vue de la prochaine élection présidentielle.
La décision du 21 mai de la Cour d'appel d'Ankara est venue mettre la pagaille dans le paysage politique turc. Invalidant les résultats des 38e et 39e conventions du Parti républicain du peuple (CHP), qui ont eu lieu en 2023 et 2025, la cour a ordonné la destitution du chef du parti, Özgur Özel, désigné à l'issue de ces deux scrutins, et son remplacement par son prédécesseur, Kemal Kiliçdaroglu.
Les cadres du CHP ont considéré cette décision comme une provocation et ont refusé tout net d'obtempérer ; à la suite de quoi, le 24 mai, la police turque est directement intervenue au siège du CHP pour en déloger Özgur Özel de force, ne parvenant à le faire sortir des locaux qu'après avoir saturé l'édifice de gaz lacrymogène. Depuis lors, Kemal Kiliçdaroglu est théoriquement redevenu le leader du CHP ; mais outre sa relative impopularité, notamment depuis son échec face à Erdogan lors de l'élection présidentielle de 2023, le fait qu'il se retrouve propulsé à son poste par une décision de justice - une première dans l'histoire de la Turquie - au mépris des résultats de deux primaires internes rendra extrêmement difficile son retour à la tête du parti. Özgur Özel a d'ores et déjà annoncé qu'il n'accepterait pas cette situation et exigé la tenue d'un congrès extraordinaire du parti dans les plus brefs délais.
La profonde défiance de la base électorale et des cadres du CHP devant cette situation se comprend sans peine, vu d'Europe. Recep Tayyip Erdogan a dominé le paysage politique du pays à partir de son arrivée au poste de Premier ministre en 2003, et plus encore depuis 2014 et le début de son premier mandat à la présidence de la République. Depuis lors, il est indéniable que la Turquie a expérimenté une érosion démocratique considérable.