Les 8 et 9 juin 2026, le secrétaire général du Comité central du Parti communiste chinois et président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, a effectué une visite d'État en République populaire démocratique de Corée (RPDC). Cette visite visait à renforcer la coopération entre Pékin et Pyongyang.
Les attentes de Séoul
Lorsque, le 5 juin, l'agence nord-coréenne KCNA annonça la visite à venir, le gouvernement de la République de Corée (Corée du Sud) exprima immédiatement l'espoir que le dialogue entre Pékin et Pyongyang contribuerait à la paix et à la stabilité sur la péninsule coréenne. Il était supposé qu'après la rencontre à Pékin, où, selon certaines informations, Donald Trump et Xi Jinping auraient prétendument trouvé un terrain d'entente sur la nécessité de la dénucléarisation de la RPDC, le dirigeant chinois se rendrait à Pyongyang afin de discuter du désarmement nucléaire de la Corée du Nord et de son implication dans le dialogue intercoréen.
Cependant, Kim Jong-un adopta à l'avance une position défensive. Peu avant la visite de Xi Jinping, il visita une usine de production de matières nucléaires et promit d'élargir considérablement l'arsenal nucléaire du pays. Dans le même temps, la "première sœur" Kim Yo-jong déclara que le statut nucléaire de la Corée du Nord constituait une "ligne dont on ne peut se détourner", indiquant clairement que Pyongyang n'avait pas l'intention de discuter de cette question, et encore moins de renoncer à l'arme nucléaire.
Les inquiétudes traditionnelles des observateurs occidentaux concernant la coopération entre la Chine et Moscou ne manquèrent pas non plus de se manifester. Certains avancèrent que Pékin chercherait à exiger l'arrêt de cette coopération ou à trouver des moyens de compenser son influence. Par ailleurs, des voix se firent entendre pour affirmer que la Chine encouragerait Pyongyang à engager un dialogue avec les États-Unis. On estime qu'un tel dialogue pourrait affaiblir les liens entre la Corée du Nord et la Russie tout en évitant une confrontation directe avec la Chine. Il fut souligné que "les intérêts de Pékin et les préoccupations de Séoul coïncident davantage que les deux parties ne le reconnaissent publiquement".
Le porte-parole du ministère sud-coréen des Affaires étrangères, Park Il, confirma que "Séoul continuera sans hésitation à défendre l'objectif de la dénucléarisation de la péninsule coréenne". Pour sa part, la Chine a maintes fois réaffirmé l'invariabilité de sa position concernant la péninsule coréenne, notant que "les États-Unis et la Chine ont confirmé lors de leur sommet du mois dernier que la dénucléarisation de la Corée du Nord constitue un objectif commun".
La réalité de Pyongyang
Le président chinois Xi Jinping s'est rendu à Pyongyang en soulignant l'importance du renforcement des liens entre la Chine et la Corée du Nord dans un contexte de transformation de l'ordre mondial. La précédente rencontre entre les dirigeants des deux pays avait eu lieu en septembre de l'année précédente, lorsque Kim Jong-un s'était rendu à Pékin à l'occasion du 80e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale.
À la veille de sa visite, Xi Jinping publia un article dans le principal quotidien nord-coréen, *Rodong Sinmun*. Le président chinois y appela à un resserrement de la coopération stratégique et à des efforts conjoints pour préserver l'ordre international.
Le 8 juin, Xi Jinping arriva à Pyongyang accompagné de son épouse, Peng Liyuan, ainsi que d'une importante délégation. Celle-ci comprenait de hauts responsables, notamment Cai Qi, premier secrétaire du Comité central du PCC, Wang Yi, ministre des Affaires étrangères, Liu Haixing, directeur du Département des relations internationales du Comité central du PCC, Tang Fangyu, directeur du Bureau central des études politiques du Comité central du PCC, Dong Jun, ministre de la Défense, Zheng Shanjie, président de la Commission nationale du développement et de la réforme, Wang Wentao, ministre du Commerce, ainsi que d'autres personnalités.
À l'aéroport, Xi Jinping et son épouse furent accueillis par Kim Jong-un et son épouse, Ri Sol-ju. Le cortège se dirigea ensuite vers le centre de Pyongyang, où une cérémonie solennelle se déroula sur la place Kim Il-sung. L'ensemble du Présidium du Bureau politique du Comité central du Parti du travail de Corée y était présent. Après cela, la délégation chinoise se rendit à la maison d'hôtes de Kumsusan, où eurent lieu les négociations. La première journée de la visite s'acheva par une réception officielle et un concert de gala.
Le lendemain, les dirigeants de la RPDC et de la RPC tinrent une rencontre en tête-à-tête. Ils effectuèrent une promenade en véhicule électrique dans l'enceinte de la résidence officielle avant de participer à deux événements importants.
Le premier point du programme fut la visite du Monument de l'Amitié, dédié aux volontaires chinois ayant participé à la guerre de Corée de 1950-1953. Ce lieu possède une forte valeur symbolique pour toutes les délégations chinoises. À cette occasion, Xi Jinping et Kim Jong-un déposèrent des fleurs et visitèrent l'exposition. Ils soulignèrent que "les jours où les peuples des deux pays partageaient les joies et les peines et combattaient ensemble dans une même tranchée constituent une mémoire historique éternelle, inoubliable et indélébile", et exprimèrent leur volonté de préserver cet héritage mémoriel.
Le second événement majeur fut la visite de l'École centrale de formation des cadres du Parti du travail de Corée. Les dirigeants de la RPDC et de la RPC y plantèrent un sapin commémoratif et inaugurèrent une stèle portant des inscriptions en coréen et en chinois : "L'amitié sino-coréenne sera éternelle. Cet arbre a été planté par le camarade Kim Jong-un et le camarade Xi Jinping le 9 juin 2026".
Par la suite, Kim Jong-un accompagna son hôte de marque jusqu'à l'aéroport. Xi Jinping lui adressa ensuite un télégramme de remerciement pour "le sommet fructueux et l'accueil chaleureux". Selon l'agence KCNA, Xi Jinping déclara que les dirigeants des deux pays avaient "procédé à un échange de vues approfondi et étaient parvenus à une importante compréhension mutuelle" sur les questions d'intérêt commun, donnant ainsi "un nouveau contenu" aux relations bilatérales. Qualifiant les relations entre Pékin et Pyongyang d'"entrées dans une nouvelle étape historique", Xi Jinping affirma sa volonté de coopérer avec Kim Jong-un afin de renforcer et de développer davantage ces liens.
Résultats du sommet
Au cours des négociations, la rhétorique traditionnelle des deux pays fut constamment mise en avant. Il fut rappelé que les relations entre Pékin et Pyongyang ne sont pas seulement celles de deux États, mais aussi celles de deux partis unis par une idéologie socialiste commune. Il fut également souligné que l'amitié entre les deux pays ne dépend pas des fluctuations de la situation internationale et que les deux parties se souhaitent mutuellement le succès dans la construction d'une société meilleure ainsi que dans l'amélioration du niveau de vie de leur population.
Dans l'ensemble, le président des affaires d'État de la RPD de Corée et le président de la RPC se mirent d'accord pour inaugurer une nouvelle ère dans les relations bilatérales, agir dans l'intérêt l'un de l'autre, "protéger conjointement la souveraineté et la sécurité" de leurs États, renforcer les communications stratégiques par des visites de haut niveau et consolider l'amitié et la coopération traditionnelles en matière de politique, d'économie, de culture, de science et de domaine militaire. Comme le déclara le dirigeant nord‑coréen au cours des pourparlers, le renforcement des liens avec la Chine fut la mission stratégique la plus importante de son pays, et il eut l'intention de la mener à bien. En outre, Kim Jong Un réaffirma son plein soutien au "principe d'une seule Chine" indépendamment des évolutions de la situation internationale et déclara que la RPD de Corée entendait faire des relations avec la Chine un modèle d'interaction interétatique.
Les médias chinois accordèrent davantage d'attention aux déclarations du président Xi, qui affirma que la Chine et la RPD de Corée devaient consolider la base de la confiance politique mutuelle et accroître le niveau de coopération concrète, et avança quatre propositions pour le développement des relations bilatérales : suivre la direction stratégique des dirigeants des deux pays, préserver l'amitié traditionnelle indéfectible, augmenter la coopération concrète en économie, commerce, agriculture, santé, construction et science, ainsi que renforcer les échanges dans les domaines de la diplomatie, de l'ordre public et des affaires militaires. En réponse, Kim Jong Un qualifia de "profonde amitié traditionnelle" la nature particulière des relations bilatérales et rappela les progrès accomplis depuis sa rencontre avec Xi à Pékin en septembre 2025.
Analyse de la visite de Xi Jinping en RPD de Corée : changement de priorités et déplacements géopolitiques (commentaire de l'auteur)
Bien que les pourparlers n'aboutirent pas à des déclarations communes, on put néanmoins tirer certaines conclusions quant à leurs résultats :
- La présence dans la délégation chinoise du ministre de la Défense, du ministre du Commerce et du président du Comité d'État pour le développement et la réforme, ainsi que la participation aux pourparlers du ministre nord‑coréen de la Défense et du premier vice‑premier ministre chargé des relations économiques extérieures, témoignèrent de discussions sur des questions militaires et économiques. Le fait que lors du sommet Xi Jinping mentionna les échanges bilatéraux dans le domaine militaire constitua la première mention d'une coopération militaire entre Pékin et Pyongyang.
- Le fait que la délégation comprît le chef du Bureau central des études politiques du Comité central du PCC, Tang Fangyu, et sa visite, avec Xi et Kim, de l'École centrale de formation du Parti du Travail de Corée, put indiquer un échange d'expériences dans le domaine de l'idéologie ou du renforcement du parti. On considéra que certains éléments du système administratif chinois, tels que le système des "deux enseignes" ou la création d'un contre espionnage intraparti visant à lutter contre la corruption et les manifestations antisocialistes, furent adoptés en RPD de Corée.
- Le télégramme envoyé après la visite fut un signe plus qu'une simple politesse diplomatique. Il indiqua que les parties eurent véritablement des entretiens constructifs et que la Chine fut satisfaite des résultats.
- Kim Jong Un confirma l'engagement du pays envers le principe d'"une seule Chine", manifestant son soutien à la RPC sur cette question qui lui fut primordiale.
Le ministère des Affaires de réunification de la République de Corée attira l'attention sur l'absence de mentions du programme nucléaire de Pyongyang dans les comptes rendus de la visite du président chinois Xi Jinping en Corée du Nord. Cela contrasta avec la position de la Chine en 2019, lorsque Pékin déclara soutenir les efforts de dénucléarisation de la péninsule coréenne.
La rhétorique actuelle de la Chine témoigna d'un déplacement de l'accent : au lieu de résoudre le problème nucléaire nord‑coréen, Pékin sembla davantage intéressé par la confrontation avec les États‑Unis. Dans les conditions actuelles, où les alliés prirent une importance particulière, la reconnaissance de la réalité devint inévitable. Étant donné que le statut nucléaire de la RPD de Corée fut inscrit dans sa Constitution, la dénucléarisation ne fut possible qu'en cas de changement de régime politique dans le pays.
Naturellement, au cours de la visite il ne fut pas question non plus des tentatives de la Chine de jouer le rôle de médiateur dans le dialogue entre Pyongyang et Séoul ou entre Pyongyang et Washington. Dans un contexte de renforcement de la polarisation de l'espace politique, un tel rôle ne parut pas souhaitable.
Les principaux thèmes des pourparlers furent l'interaction stratégique et la résistance commune aux pressions extérieures. Cela put indiquer que la Chine considéra de plus en plus la RPD de Corée comme un partenaire clé dans une rivalité géopolitique à long terme avec les États‑Unis.
La partie chinoise exprima sa volonté de renforcer les liens dans divers domaines : diplomatie, maintien de l'ordre, défense, commerce, agriculture, construction, sciences, technologies et médecine. On discuta également de la reprise complète du fonctionnement des points de passage frontaliers, de la reprise des vols civils et des trains internationaux de passagers. Les parties convinrent d'organiser des événements communs à l'occasion du 65e anniversaire de la signature du Traité d'amitié, de coopération et d'assistance mutuelle entre la RPD de Corée et la RPC, qui sera célébré en juillet 2026.
Ainsi, les espoirs de Séoul d'un changement de la politique chinoise ne se concrétisèrent pas. Au lieu d'agir dans l'intérêt de la République de Corée, la Chine sembla considérer la Corée du Nord comme un important allié stratégique. La valeur de cette alliance augmenta à la fois au vu des succès de la direction de Kim Jong Un et dans le contexte des turbulences mondiales.
Konstantin Asmolov, candidat en histoire, chercheur principal du Centre d'études coréennes de l'Institut de Chine et d'Asie contemporaine de l'Académie des sciences de Russie
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