25/06/2026 ssofidelis.substack.com  7min #318115

Ils nous ont dépouillés, ou la nouvelle version terrifiante du monde à éviter à tout prix

Par  George Tsakraklides, le 20 juin 2026

Nous assistons à la baisse la plus brutale et la plus fulgurante jamais observée vers la pauvreté, alors même que les milliardaires de la tech défilent les uns après les autres dans le podcast "The Diary of The CEO" pour nous expliquer comment l'IA finira "un jour" par nous rendre tous riches - tandis qu'eux-mêmes deviennent des "trillionnaires" bien avant que ce "un jour" n'arrive. J'imagine que "tôt ou tard", dans ce cas, signifie : une fois que beaucoup d'entre nous seront morts, que les autres seront des chômeurs soumis au contrôle de l'État, et que les parasites de la tech seront devenus si ridiculement riches que nous leur serons reconnaissants s'ils daignent, entre deux sniff de tranquillisant pour chevaux, sortir sur le balcon de leur tour de verre pour nous jeter quelques miettes périmées. Des miettes pour lesquelles ils n'ont jamais travaillé : ils se les sont appropriés en injectant les données publiques et personnelles volées dans des applications qui nous ont exploités, des programmes malveillants qui nous ont manipulés, et des agents IA qui nous ont remplacés. Ils ont monétisé des informations accessibles à tous. Ils ont volé nos cerveaux et nous les ont revendus pièce par pièce contre un putain d'abonnement. C'est pire que du vol, et pire que l'esclavage. C'est ce qui arrive quand le capitalisme démolit le tout dernier semblant d'éthique.

Le niveau d'inégalité auquel nous allons être confrontés à cause de l'IA ne peut être comparé qu'aux prémices de la révolution industrielle, lorsque, tout comme aujourd'hui, les nouvelles technologies étaient si impitoyables, si peu contrôlées et si peu réglementées que ceux qui les possédaient devenaient richissimes, tandis que ceux qui les faisaient tourner mouraient au travail, victimes d'accidents professionnels, sans assurance et dans une pauvreté abjecte. Aujourd'hui, alors que les centres de données de l'IA font des rivières de véritables filets d'eau, le filet économique de l'"économie de ruissellement" - ce désert aux eaux rares qui soutenait autrefois un Occident postcolonialiste autrement condamné - s'évapore désormais sous la chaleur avant même d'avoir pu sortir de sa source. Des centaines de millions d'emplois sont remplacés par ChatGPT, une application qui a aspiré tout le savoir des travailleurs au fil des âges et le recrache soi-disant gratuitement, mais au profit financier des entreprises qui économisent des millions sur les nouvelles embauche, tout en continuant à vouloir nous faire payer le prix fort pour leurs nouveaux services basés sur l'IA - des services désormais assurés par ChatGPT à partir de savoirs humains volés. Vous me suivez ? C'est le plus grand braquage en plein jour de tous les temps. On nous a détroussés.

Ainsi, alors qu'une grande partie de l'IA serait "gratuite", le travail qu'elle génère est transformé en produit, monétisé et converti en profit avec des marges scandaleuses que vous préférez ne même pas connaître. Dans ce nouveau monde terrifiant où nous allons bientôt vivre, presque tout pourra être produit gratuitement, vendu avec une marge de près de 100 % par le vendeur, mais facturé à un prix exorbitant à l'utilisateur final. Ce n'est pas de l'automatisation, ni l'aube de "l'ère de l'abondance", comme l'ont baptisée les technoboligarches. C'est le début de la fin de l'illusion de la cohésion sociale, et un passage brutal à une ère d'inégalité d'un niveau que les humains n'ont probablement plus connu depuis les pires moments de l'époque féodale. Et tandis que la production de biens et de services se désolidarise progressivement du marché du travail, elle devient une arme d'extorsion. Car devinez ce qui n'est PAS gratuit : les œufs. La lumière électrique. Mon loyer. Mon existence. Quand ChatGPT me paiera-t-il pour toutes les connaissances qu'il m'a volées ? À moins que nous n'agissions très rapidement contre ce consortium illégal entre l'IA et les parasites technobroligarchiques qui en sont propriétaires, ces technotyrans vont aspirer la société à la paille, la compresser dans une puce électronique et la dévorer.

Mais alors que les gens ordinaires partout dans le monde admettent peut-être enfin que nous vivons la fin des temps, même certains "collapsitariens" se font des illusions : ils s'attendent à un crash du système qui ne viendra jamais. Ils attendent l'élément déclencheur qui mettra le feu aux poudres, mais selon le scénario le plus probable, nous serons tous trop endoctrinés dans ce goulag géant pour prendre la peine de sortir du vortex Instagram. Je déteste devoir vous dire cela, mais bien que le climat soit au bord de la catastrophe, le système mondial ne s'effondre pas : il est en train d'être remplacé par une dystopie à peine vivable. En réalité, la transition s'opère en douceur : le système passe d'un modèle où chacun d'entre nous était autrefois un acteur à celui où nous devenons la proie d'un nouveau prédateur : cette monstruosité hybride entre la technobrocratie et l'IA rappelle l'alliance entre les premiers industriels et leurs machines d'usine. "Tu n'es qu'un rouage", disaient-ils autrefois. Aujourd'hui, nous ne pouvons même plus prétendre à cela. Nous sommes le lubrifiant entre les rouages.

Au moins, les choses sont désormais plus claires. Ce système capitaliste, qui pendant des décennies s'est présenté comme une structure de soutien social génératrice de prospérité, nous avoue aujourd'hui sans vergogne qu'il n'a toujours été qu'un parasite. Le masque est tombé, et même votre retraite de baby-boomer ne vous sauvera pas cette fois, car le parasite a cessé depuis longtemps de distribuer des aides. Sa nouvelle stratégie consiste à dissoudre totalement les couches sociales et à nous priver de tout pouvoir, alors que nous devenons des versions de nous-mêmes privées d'emploi et sans le sou, vivant dans des cabines fournies par le gouvernement avec une connexion Wi-Fi gratuite financée par la pub. Dans ce nouveau camp de concentration, les derniers vestiges de notre liberté individuelle seront intégralement éradiqués, un peu comme la dernière goutte d'eau qui fait sauter les câbles en cuivre des centres de données.

Aussi surprenant que tout cela puisse paraître pour certains d'entre nous, on savait depuis longtemps que le capitalisme allait mener au fascisme et aux excès, et que les mannequins blondes en bikini des affiches publicitaires finiraient par se débarrasser de leur belle peau impeccable, se transformeraient en vipères venimeuses et ramperaient hors de leurs panneaux publicitaires au bord des autoroutes pour tous nous dévorer. Marx avait prédit que, dans les phases finales du capitalisme, le système commencerait à dévorer les structures de la société, avant de s'autodétruire. Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est que "le système" ne serait plus administré par des humains, mais par des algorithmes autonomes non biologiques optimisant la monétisation de la mort de chaque chose, ainsi que la transition d'une espèce fondée sur l'ADN vers une irréalité post-biologique. Il y a trois ans, j'ai baptisé " nécrocapitalisme" l'autorité de "gestion du changement" tirant profit des dernières heures de la civilisation et de la nature - ravi de découvrir que ce terme existait déjà, inventé par quelqu'un d'autre bien avant moi.

Alors que le nécrocapitalisme monétise agressivement les derniers vestiges de nos ressources, de notre sang, notre sueur et nos larmes, la compassion se retrouve réduite à un gaz volatil. Elle s'est déjà échappée dans l'espace. Jamais dans l'histoire de l'humanité la compassion n'a été à ce point inexistante, car jamais nous n'avons été autant déconnectés de notre humanité. Les familles empruntent de l'argent pour se nourrir, les étudiants se préparent à des métiers désormais remplacés par l'IA, et pendant ce temps, des nations entières sont victimes de génocide tandis que le reste d'entre nous préfère se perdre dans l'écran de son téléphone pour oublier les factures qui s'accumulent, les patrons abusifs et cette réalité morne et misérable qui ne fait tout simplement pas le poids face à la vision idéalisée de TikTok. Nous subissons un génocide mental infligé par un système qui nous impose une ligne jaune de la taille d'un écran de smartphone. Dans cette dystopie, nous sommes complètement seuls, et souhaitons qu'on nous fiche la paix. Surchargés par nos problèmes réels et imaginaires, notre vie n'offre tout simplement plus d'espace pour quelqu'un d'autre, ni même pour une communauté.

C'EST CE QU'ILS ONT TOUJOURS VOULU. L'assimilation à l'algorithme est désormais complète. Préparez-vous à la prochaine étape : l'élimination.

Nous devons prendre conscience que NOUS sommes le système. Le système est ce que NOUS en faisons, ce que NOUS avons accepté qu'il devienne. Je ne propose pas l'espoir. Je ne suggère que la seule issue : réveillez-vous, bordel. Il ne s'agit pas de coups de gueule, d'exagération ou de poésie dystopique. Je tente plutôt d'exposer les répercussions de ce phénomène sur tous les plans, de notre niveau de vie à la démocratie, en passant par les libertés individuelles. L'algorithmocratie EST là.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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